Ce midi, mercredi 11 décembre, une assemblée de grévistes clermontois s’est réunie pour écouter le discours d’Édouard Philippe et préparer la suite de la lutte. Attendu au tournant, le premier ministre a quand même réussi à choquer l’auditoire. Des actions sont prévues à La Pardieu demain, toute la matinée.
« Tout le monde est sorti, il ne restait plus que le recteur et les élus ! Ils se sont retrouvés bien cons ! » Il est midi ; sur le parvis de la Maison du peuple de Clermont-Ferrand, les grévistes fument une dernière cigarette dans la bonne humeur en commentant le rassemblement du matin. S’ils n’ont pas soulevé les foules devant le rectorat, les syndicalistes de l’éducation nationale se félicitent tout de même de la très large unité qui a été construite pour boycotter le conseil académique du jour. Une délégation de militant Solidaires arrive justement à ce moment-là, improvisant quelques slogans pour l’unité syndicale ; quelques rires plus tard, tout le monde est à l’intérieur pour écouter ce qu’à à nous raconter notre cher premier ministre. Chacun prend sa place devant un écran en tissu où se projette le direct de Franceinfo ; après de longues minutes d’attente, le discours vient enfin.
« Monsieur le président, mesdames les ministres, monsieur le haut-commissaire… » « Et nous ?! » s’écrie quelqu’un, moqueur. Mais la bonne humeur disparaît brutalement. Abasourdis, les syndicalistes semblent avoir heurté un mur de parpaings en entendant le premier ministre revendiquer « l’esprit du conseil national de la résistance ». Les rires nerveux se multiplient alors qu’Édouard Philippe tente, en première partie d’allocution, d’enrober sa réforme antisociale dans un champ lexical de gauche. C’en est trop lorsque le premier ministre évoque l’indexation sur les salaires « qui augmentent plus vite que l’inflation » ; la salle éclate d’un rire amer. « Putain, mais ils ont pas honte ! » Outrés, les syndicalistes ne tiennent plus en place, commentent entre eux le discours qui multiplie les contre-sens. Le silence se refait un instant lorsqu’est évoquée la « mise en place de dispositifs très protecteurs » ; encore raté, le ministre ne dit rien de plus sur la question. L’agacement prend le dessus chaque fois qu’une profession est pointée du doigt, la colère est tangible quand Édouard Philippe accuse la grève d’handicaper les plus précaires.
Le discours s’achève sous les huées ; immédiatement, chacun se penche vers son voisin pour demander son avis sur tel ou tel passage, vérifier qu’il ne s’agit pas là d’une blague de mauvais goût. Passée l’aberration, le micro est branché et une assemblée commence. « Sa loi est tellement bonne qu’il veut en priver ceux qui sont nés avant 1975 », résume un représentant de l’union syndicale Solidaires en guise d’ouverture au débat. Mais ce n’est pas si sûr, comme le fait remarquer un autre militant : si les jeunes ne cotisent plus pour les « anciennes » caisses de retraite à partir de 2022, combien de temps faudra-t-il pour que celles-ci se vident totalement, forçant les retraités à intégrer le système à points ? Et le reste des « annonces » ne valent pas mieux ; en 45 minutes d’allocution, quasiment aucune information nouvelle et fiable n’aura été donnée.
Le débat retourne donc à l’organisation de la lutte : une nouvelle journée d’action est appelée demain, et il faut la préparer au plus vite. Les militants font remonter les nouvelles de leurs assemblées générales et les impressions recueillies auprès des collègues, des propositions sont faites. Après une petite heure de débat, les militants marquent une pause pour casser la croûte, pendant laquelle les directions syndicales présentes se mettent d’accord pour formuler une nouvelle proposition d’action. Un consensus est trouvé avec l’assemblée : tous les grévistes sont appelés à se réunir La Pardieu à partir de 9 h 30, pour des actions de soutien auprès de plusieurs secteurs mobilisés dans la zone. La matinée se terminera par un pique-nique devant le siège départemental du Médef.