La salle du bar au style métropolitain se remplit doucement. Le groupe de luminaires se reflète sur l’immense miroir et éclaire les tableaux au mur. Max et Bastien, 2 amis, sont installés dans un coin et discutent avant le début de la rencontre. Le premier, tout juste arrivé à La France Insoumise, vient ici pour développer sa culture politique. Son ami, soutien depuis 2017 du parti, est très inquiet de la montée de l’extrême-droite en France. « Je viens ce soir pour m’informer et en faire une occasion de lire le livre » s’exclame-t-il.
Le brouhaha ambiant s’installe. La salle est pleine à craquer d’une cinquantaine de personnes donc certaines restent debout. Le silence se fait. Et les présentations commencent pour cet évènement soutenu par le Collectif de Lutte contre les extrême-droites (CLED). Marianne Maximi est députée insoumise du Puy-de-Dôme tandis que Fanny Gallot est historienne et maître de conférence à Paris.
L’explosion des discours racistes, sexistes et transphobes
« Je m’attache à décrypter les discours, montrer la désinformation portée par l’extrême-droite concernant le féminisme et les luttes LGBT+ » démarre Fanny. C’est sur ce thème qu’elle utilise ses recherches dans le livre « Extrême-droite : la résistible ascension » produit par l’institut La Boétie paru en septembre dernier. Ce qu’elle qualifie de « panique morale qui se développe partout » se focalise notamment sur l’émergence d’un nouveau féminisme de droite.
Ces discours fémonationalistes viennent, selon l’universitaire, d’une « mécanique de backlash » due à la médiatisation du procès Pelicot ou de la lutte contre la culture du viol. Ainsi, se développent des propos visant les hommes racisés musulmans ou demandant la libération des femmes de ces mêmes origines. « Ceci mène à des politiques publiques pour stigmatiser certaines populations comme la loi sur le harcèlement de rue » souligne Fanny.
En parallèle, la chercheuse dénonce « une offensive transphobe de l’extrême-droite portée notamment par Marguerite Stern ». Ce sont alors de nombreuses fausses informations qui circulent partout critiquant une propagande wokiste auprès des enfants particulièrement aux Etats-Unis.
Des idées qui gagnent du terrain
Un constat partagé par Marianne Maximi, députée depuis 2022, qui a vu l’essor pris en politique par le Rassemblement National. « En 2022, ils étaient 89 et maintenant ils sont 126 députés à siéger sans compter leur allié, Eric Ciotti » explique-t-elle. De plus, elle rajoute : « En 2022, ils ont mis de belles cravates mais leurs idées restent les mêmes ».
Malgré une victoire de la gauche dans le département aux dernières législatives, la députée s’alarme « des scores inquiétants dans certaines circonscriptions ». Un constat qu’elle établit après les évènements de Pont-du-Château sur le projet d’hébergement pour mineurs non-accompagnés. Elle rajoute l’air inquiète : « L’essor de Clermont Non Conforme et la présence de l’extrême-droite au sein de la Brigade Arverne du Clermont Foot montre que le racisme s’adapte ».
Cette évolution, Marianne la retrouve à l’Assemblée Nationale. En effet, « l’extrême-droite adopte une politique néolibérale bien loin du soutien aux classes populaires affiché pendant leur campagne. Il y a une vraie différence entre le discours et les actes » s’indigne l’élue.
Par ailleurs, Fanny et Marianne sont unanimes, « la macronie est le paillaisson de l’extrême-droite » selon la députée.
Le rôle essentiel de l’information et de l’éducation
Face à ce constat, l’ambiance de la pièce est au sérieux malgré quelques boutades. Une dame s’exclame : « ça fait 20 ans que je tracte pour la Palestine, c’est la première fois que j’entends que le génocide, c’est pas si mal ». Ce à quoi surenchérit, un autre, l’air morose : « l’extrême-droite a gagné, même sur le terrain des médias ».
Pour Fanny, c’est tout l’intérêt du terme « Résistible » de l’ouvrage qui redonne de l’espoir. Selon elle, « il n’y a pas de solution miracle mais ce qu’on fait là est super important. L’extrême-droite tourne toujours autour de la jeunesse, de l’éducation et il faut lutter contre la désinformation ». Elle rajoute, pleine d’espoir : « il s’agit de ne pas paniquer, la panique est de leur côté ».
Marianne hoche la tête et poursuit, l’air déterminé : « on a besoin de s’organiser, faire de la politique, aller dans les clubs de supporters pour éviter que les racistes nous représentent ». D’après elle, « on ne doit jamais lâcher sur le fond et il y a des combats sur lesquels on ne peut pas céder ! Je suis fière de mon combat pour Gaza, un combat contre Netanyahu, contre l’extrême-droite et qui est justement un combat contre l’antisémitisme ». « Sur Auchan à Clermont, ce n’est pas la faute du quartier mais bien d’un patron très riche. Pourquoi les gens sont divisés ? Parce que le système économique est fracturé et créé des tensions » rajoute-t-elle.

Une rencontre enrichissante
Après ce temps d’échange, l’heure est aux dédicaces pour Fanny Gallot. Plusieurs personnes sortent prendre l’air, un verre à la main. Loïc, membre de l’Union Etudiante, s’indigne de la présence d’affiches d’extrême-droite sur Jean-Marie Le Pen près de la fac. Il dénonce « une action de La Cocarde Etudiante avec des textes tels que Le Pen Merci sur le visage du défunt ». « Une mort qui fait plaisir mais qui ne doit pas cacher que ce n’est pas le cas de ses idées » déplore-t-il. Un avis partagé par Etienne et Mayke qui dénoncent des hommages politiques problématiques. Mais c’est avec un grand sourire qu’ils s’exclament en choeur : « Cheh ».
Concernant le livre thématique de la rencontre, les 2 camarades le considèrent comme essentiel. « Un texte global que l’on peut commencer un peu partout avec notre sujet préféré » pour Mayke. Un avis contrebalancé par Yann, très informé sur l’extrême-droite, qui « ne le trouve pas si accessible car issu des milieux universitaires ».
Après les dédicaces, Fanny est installée sur une longue table. Elle confie : « Ce livre est le fruit du travail de militants et de spécialistes travaillant ensemble au sein de l’Institut La Boétie ». Cependant, son engagement allié à son travail d’historienne lui valent de nombreuses attaques difficiles à gérer. Elle se défend « en adoptant une méthodologie objective d’historienne » et en arguant que « la neutralité n’existe pas en réalité ».
La salle se vide doucement alors que Fanny, le sourire aux lèvres, se prépare à animer une discussion à 20h sur l’histoire féministe des contestations populaires.