Réinventer l’amour hétéronormé avec Lucie Petitprez

Mercredi 9 avril, Lucie Petitprez a donné sa conférence gesticulée "Comment sauver l'amour" , au bar associatif La Base. Dans celle-ci, l’artiste Lilloise remet en cause la norme des relations hétérosexuelles, et propose des alternatives.

La conférence s’ouvre, et Lucie Petitprez est dans son lit. Nous la voyons dans ses relations antérieures, malheureuses. “Quand j’étais en couple, j’ai eu l’impression d’être dépendante, jalouse. J’ai eu l’impression d’être le médecin de mon partenaire. J’ai eu l’impression de n’être qu’un corps sexualisé. J’ai eu l’impression d’une inégalité des charges à la maison, mais aussi dans l’entretien du couple.” Elle finit par se questionner : “Pourquoi quand je suis célibataire, je suis une femme forte et indépendante, mais quand je suis en couple, je suis dépendante et triste ?”

Lors de sa conférence gesticulée « Comment sauver l’amour ? », Lucie Petitprez réinvente l’amour. À l’aide d’arguments, schémas et d’humour, elle analyse ses expériences personnelles, qu’elle joue lors de petites saynettes. Elle entend proposer de meilleures alternatives aux relations hétéros-normées.

Des relations trop codifiées

Lors d’une des premières petites scénettes, Lucie Petitprez se rend chez son psy. Alors, elle se rend compte qu’elle a un trouble de l’attachement. Ce trouble s’incarne chez elle en un fort attachement émotionnel, qui lui demande une proximité extrême avec son partenaire.

Cependant, selon l’artiste lilloise, sa situation n’est pas isolée. Ce genre de trouble s’incarne dans beaucoup de femmes à cause de notre construction sociale très genrée. Lucie Petitprez n’oublie pas de remettre en perspective la notion de genre, assez ridicule lorsque l’on prend du recul. Finalement, le genre, c’est un ensemble de code que l’on utilise comme indice sur ce que l’on a entre les jambes ! » Lance Lucie Petitprez : « Donc quand on est une femme, on aime le vin fruité, et on sait pleurer. Quand on est un homme, on aime le steak et on ne doit pas pleurer en public. »

Et cette société, avec une construction aussi genrée, a bien sûr des conséquences sur les relations hétéro-normées, où l’homme et la femme ont leur rôle défini. Cela va jusqu’à la façon dont les deux genres voient les relations : « Pour un homme, la femme est comme un objet, une bague qu’il met au doigt et qu’il montre à ses amis. Alors que les femmes, elles, ne cherchent que la validation des hommes » Explique-t-elle « Moi-même quand je rentrais dans une pièce, je regardais tous les hommes, pas parce que je les trouvais beaux, mais juste car je voulais savoir s’ils me validaient !”

“Mon projet politique, c’est l’Amour”

En plus de tout cela, Lucie Petitprez considère que l’amour va bien au-delà du couple. “En grec, il existe 8 mots pour désigner l’amour !” Prend-elle en exemple. En effet, nous ne portons pas d’amour uniquement pour notre conjoint.e, mais aussi à nos familles, nos amis, et même avec des personnes avec qui on ne fait que coucher ! Nous n’aimons simplement pas tout le monde de la même façon. Ainsi, il serait, selon Lucie Petitprez, dommage de ne se limiter qu’à une seule personne.

« Mon projet politique, c’est l’Amour, avec un grand A ! » Car pour Lucie Petitprez, les enjeux de l’amour sont politiques. « C’est tellement difficile d’entretenir une relation. Ça l’est encore plus d’en entretenir plusieurs ! Nous devrions moins travailler et donner plus de temps à l’amour. » De plus, tout dans notre société est pensé pour fonctionner pour des couples : « Des couples payent moins d’impôt ensemble, par exemple ! Et puis quand je vais à l’hôtel seule, pourquoi je paye une chambre au même prix que si nous étions deux ? »

Enfin, vers la fin de sa conférence l’artiste donne une liste de consignes aux hommes, qui permettraient une société et des relations plus égalitaires : “Je m’adresse maintenant aux hommes cis de la salle ! Vous devez apprendre à prendre soin de vous, à accueillir vos émotions, à observer, écouter et retenir, à parler de votre intimité, à comprendre les rapports de domination et comprendre la charge mentale émotionnelle et sexuelle. Une fois fait, on aura déjà beaucoup avancé !”

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1 réflexion sur “Réinventer l’amour hétéronormé avec Lucie Petitprez”

  1. C’est largement dépassé ces a aprioris sur la fonction de l’homme dans le couple. Ce qui est étonnant, c’est de les développer comme si rien n’avait changé ! Je ne connais pas le profil décrit par l’artiste car je ne l’ai pas rencontré dans la réalité. J’en connais un qui travaille dans un milieu d’hommes, qui va à la chasse et qui porte le plus grand soin à ses enfants et petits enfants. Ces préjugés ont été importants à dénoncer pour plus d’égalité mais qui a dit que même dans les années 60, il n’y avait pas d’égalité dans les couples ? Cela fait 40 ans au moins que les pères sont des personnes ayant des compétences en matière d’éducation des enfants. Par contre ces discours ont un grand défaut, c’est de dire à l’homme ce qu’il doit faire, comment le faire. Dans la vie du couple, les rôles sont changeants, variables et rien n’est plus figé car la norme exige de la souplesse et des comportements variés. Plus que les combats féministes, ce sont sans doute l’éducation reçue à partir des années 50 qui a permis cette transformation sociale des rôles et des places. Au cours de ces décennies, les garçons faisaient du ménage, aller aux courses, apprenaient les taches domestiques. La transmission a eu lieu sans faire beaucoup de bruit mais les résultats sont là.

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