Au Raymond Bar, une banderole de soutien aux victimes de Sainte-Soline confisquée par la police

Mardi dernier, trois policiers ont exigé le retrait d’une banderole accrochée au balcon du Raymond Bar. Le drap blanc y avait été installé après l’épisode de Sainte-Soline. La veille, une vague d’arrestations a eu lieu contre des militants des Soulèvements de la Terre un peu partout en France.

Mardi 6 juin. Le temps est clément et les français sont dans la rue contre la réforme des retraites. Ils sont moins nombreux que d’habitude mais quel que soit le chiffre de la participation, à Clermont, les manifs se font toujours dans la joie, pacifiquement. La journée avait-elle été trop calme ou d’autres raisons se cachent derrière l’intervention des forces de l’ordre ?

Au Raymond Bar, lieu culturel alternatif et autogéré situé derrière la gare, pas grand monde. La fin d’après-midi laisse la place au début de soirée. Trois policiers s’arrêtent. Ils fixent la banderole qui flotte dans les airs, accrochée aux fenêtres du bâtiment. On y lit « St-Soline, l’État a du sang sur les mains ». Elle a été accrochée juste après la forte répression policière essuyée par les très nombreux militants écologistes sur place pour dénoncer le projet de méga-bassine qui s’y prépare.

« Les policiers ont commencé à nous prendre en photo », explique une personne membre d’une des associations du Raymond Bar. Les trois présents décident alors de rentrer à l’intérieur. La police reste là. Un des occupants va à leur rencontre : « Il y a un souci ? », demande ce dernier. « On verra s’il y’a un souci », répond un des agents. Puis les forces de l’ordre exigent le retrait de la banderole ainsi que d’une pancarte représentant le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin les yeux crevés par des tirs de LBD.

Les agents préviennent : si la banderole n’est pas retirée, ils viendront avec du renfort. Ils relèvent l’identité d’un des membres de l’association avant de finalement confisquer la banderole et la pancarte et de repartir avec.

Une nouvelle banderole a tout de suite été placée sur le balcon du Raymond :

« On est un lieu alternatif donc à chaque fois qu’il se passe un truc, on pointe le Raymond. », explique un des membres du lieu. «Tout est lié dans les systèmes de domination, des riches sur les pauvres, des humains sur la nature… La police et donc l’État derrière, l’agro-industrie, ils se sentent menacés par les mouvements sociaux. Montrer son soutien à Sainte-Soline c’est aussi montrer son soutien aux mouvements sociaux donc ça ne m’étonne pas vraiment. », réagit une membre de Bassines Non Merci !, collectif qui a effectué une action de sensibilisation contre les méga-bassines dans la nuit du 5 au 6 juin sur le territoire.

« On sait qu’on va avoir à faire à de plus en plus de répression »

Dans la nuit du 5 au 6 juin, les militants et militantes du collectif Bassines Non Merci ! du Puy-de-Dôme (BNM 63) ont participé à une opération d’affichage dans divers lieux du département pour attirer l’attention des citoyens et des élus sur les projets de méga-bassines en cours dans le secteur de Billom. « On était plusieurs un peu partout dans le Puy-de-Dôme, à Sauxillanges, à Billom ou à Clermont. L’objectif, c’était de se rendre visibles et de se faire connaître mais surtout, de parler des projets du côté de Billom. », indique la militante.

Dans un communiqué, le collectif déclare : « Les méga-bassines sont des ouvrages destinés à stocker de l’eau pour l’irrigation de cultures, principalement du maïs. L’eau pompée dans les nappes phréatique ou dans les cours d’eau est stockée dans d’immenses cratères au fond recouvert de bâches plastiques pouvant contenir chacun plus d’un million de m3 d’eau. De nombreux.euses scientifiques alertent sur l’impact des méga-bassines sur les milieux naturels et les ressources en eau. Le pompage de plusieurs millions de m3 compromet le rechargement des nappes phréatiques dont le niveau ne cesse de baisser par ailleurs du fait d’une diminution du débit des cours d’eau, du dérèglement climatique et des pompages existants. L’eau soustraite au milieux naturels n’est plus disponible pour le renouvellement des écosystèmes, entraînant ainsi leur appauvrissement et, à terme, une aggravation des sécheresses. En outre, 20 à 40 % de l’eau stockée dans les méga-bassines est perdue par évaporation. Il est également intéressant de noter que seulement 5 % des agriculteurs et agricultrices du territoire sont concerné.e.s par l’utilisation de ces méga-bassines, principalement des acteurs.rices de l’agroindustrie intensive. ».

Sur le territoire, les deux méga-bassines en projet sur les communes de Saint-Georges-sur-Allier (18 ha soit 7 fois la place de Jaude pour une capacité de 1 250 000 m3) et Bouzel (15 ha pour une capacité de 1 050 000 m3) sont parmi les plus grandes de France. « Ces gigantesques ouvrages sont en effet destinés à 36 agriculteurs (sur 5700 exploitations agricoles dans le département) pour la plupart en contrat avec la multinationale Limagrain, une partie des bénéficiaires siégeant au conseil d’administration de la coopérative. Les habitant.e.s des territoires concernés n’ont pas été informé.e.s et aucune solution alternative n’a été étudiée ni même envisagée. » prévient Bassines Non Merci ! 63.

« On sait qu’avec ce genre d’actions, on va avoir à faire à de plus en plus de répressions. Mais on sait qu’on n’a pas le choix non plus. », confesse la militante qui apporte, au nom de son collectif, son soutien aux Soulèvements de la Terre dont de nombreux membres ont été arrêtés lundi dernier.

Perquisitions et arrestations

La semaine dernière, un peu partout, des rassemblements ont eu lieu pour soutenir les militants des Soulèvements de la Terre arrêtés ou perquisitionnés plus tôt dans la semaine. Une vague d’une quinzaine de perquisitions et d’arrestations liées à l’association écologiste a eu lieu lundi 5 juin au matin dans plus de 10 communes du pays (Marseille, Montreuil, Dijon, Lyon, Toulouse, Bayonne et deux communes du Tarn-et-Garonne). L’opération serait survenue dans le cadre d’une enquête pour « association de malfaiteurs » et « dégradation en bande organisée » en lien avec l’action collective de désarmement de l’usine du cimentier Lafarge de Bouc Bel Air par 200 militants le 10 décembre de l’année dernière. Ces derniers avaient vandalisé plusieurs machines causant pour quatre millions d’euros de dégâts. C’est sous la sous-direction antiterroriste de la Direction centrale de la police judiciaire (SDAT) qu’a été menée l’opération lundi. Quatorze activistes ont été placés en garde à vue. Plusieurs actions prévues par Les Soulèvements de la Terre auront lieu ces prochains mois. Une chose est sûre, l’été sera chaud.

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2 réflexions sur “Au Raymond Bar, une banderole de soutien aux victimes de Sainte-Soline confisquée par la police”

  1. Bonjour,
    Merci pour votre article. Un complément d’information sur ce qui se passe vers billom devrait être trouvable sur https://100joursdezbeul.fr/ pour ceux qui sont curieux.
    Par contre, je n’arrive plus à trouver le fait divers qui en parle de la banderole sur le site de la montagne, quelqu’un a un lien vers une copie ? C’était pour croiser les informations… Peut-être que les « journalistes » de ce grand quotidien d’information régional préparent une enquête de fond, ou qu’ils vérifient ce que la police leur a raconté avant de le publier très vite sans rien vérifier.
    Cordialement,
    Fanfan63

  2. Ping : Khrys’presso du lundi 19 juin 2023 – Framablog

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