À chaque fois que je rencontre une personne et que cette dernière apprend ma transidentité, j’ai le droit aux mêmes interrogations. Même auprès de mes proches, je me rends compte que la transition de genre est un mystère… Plongée dans le changement d’identité et ses différentes étapes.
Pas une mais des transitions
D’abord, une transition de genre est un terme qui englobe en réalité plusieurs “transitions”. On parle ici de transition sociale, administrative et médicale.
La transition sociale désigne le coming out auprès de ses proches. Cela implique souvent un changement de prénom et de pronom d’usage. Avec le temps, cette transition peut être élargie à des cercles sociaux plus importants, à l’école, au travail.
Cette transition peut être difficile pour la personne transgenre et ses proches. Pour ses proches, car il est normal d’avoir du mal à appliquer un nouveau prénom et pronom pour une personne. Mais aussi pour la personne transgenre car elle se fera forcément mégenrer de nombreuses fois, ce qui crée de la dysphorie de genre (malaise et inconfort.) . La façon la plus délicate face à une personne dont le genre ne vous semble pas très clair est de lui demander ses pronoms.
Un lexique particulier
Arrêtons nous d’ailleurs quelques secondes pour un point lexique : Un homme trans est une personne assigné femme à la naissance qui se reconnait plutôt dans le genre masculin, et vice versa. Ensuite, le terme “transsexuel” est à proscrire. Ce terme était utilisé à une époque ou la transidentité était une maladie. Et puis, on parle bien de changer de genre et pas de sexe !
Transition administrative
Il est aussi possible de changer de prénom à l’état civil pour une personne trans. Pour ce faire, il suffit de constituer un dossier auprès de la mairie. L’administration demande toujours une justification pour un changement de prénom, la transidentité en est une. Cependant, il est nécessaire d’ajouter des « preuves » dans le dossier. Cela peut être une attestation de votre gynécologue attestant que vous effectuez une transition médicale. Cela peut aussi être un témoignage de proches, de collègues démontrant votre transition sociale, votre nouveau prénom étant bien votre nom d’usage.
Pour ce qui est de la mention “sexe” de votre état civil, la démarche est plus laborieuse. Cette fois-ci, le dossier doit passer devant un tribunal. La démarche est donc encore plus longue et fastidieuse. Bon nombre d’associations réclament d’ailleurs le fait que cela soit possible directement en mairie.
C’était d’ailleurs une des lignes du programme du Nouveau Front Populaire lors des législatives de 2024. Cette mesure avait été brandie et montrée du doigt par Emmanuel Macron afin d’effrayer des personnes ne comprenant les tenants et aboutissants de la mesure. “Ils veulent que vous puissiez changer de sexe en mairie” sous-entendant le fait que cette mesure permettrait des opérations de réassignation du genre. En étudiant le dossier, on se rend bien compte que cette mesure n’est en rien ridicule.
Transition médicale
Il est important de préciser qu’une personne trans n’a pas à faire de transition médicale afin d’être « valide ». Il ne s’agit que d’une étape désirable pour beaucoup d’entre eux, car elle permet une réappropriation de leur corps et réduire la dysphorie de genre. Cependant, certains choisissent de ne pas transitionner médicalement car ils ou elles n’en ressentent pas le besoin.
C’est aussi une étape que beaucoup fantasment, pensant que la transition n’est qu’une suite d’opérations chirurgicales. Ces dernières existent mais sont effectuées plus tard, et surtout bien plus rarement.
La première étape dans un parcours de transition médicale n’est donc pas la chirurgie mais l’HRT (hormonal replacement therapy) ou THS (Traitement Hormonal Subsitutif) en français. Cette étape a pour but de réduire le taux d’hormones féminines / masculines (oestrogène et testostérone) et de les remplacer par des hormones masculines / féminines.
Pour les femmes trans, la prise d’oestrogène a pour effet une baisse de la masse musculaire, une redéfinition de la répartition des graisses, réduction de la pilosité, la croissance d’une poitrine et la baisse des érections et de la production de spermatozoides.
Pour les hommes trans, la prise de testostérone entraîne une augmentation de la pilosité, un gain de masse musculaire, la redéfinition de la répartition des graisses, l’arrêt des règles et la mue de la voix.
Les personnes trans ingèrent ces hormones soit grâce à un gel, par des pastilles ou par injection. Il est également possible d’utiliser des bloqueurs d’hormones dans le parcours. Dans ce cas, ils passent par injection. Le traitement va durer toute la vie de la personne.
Accès au traitement
Mais accéder à ce traitement n’est pas une partie de plaisir. Pour les mineurs, elle est impossible sans l’accord des parents.
Ensuite, l’ordonnance peut être délivrée par des endocrinologues, ou des gynécologues. Cependant, certains praticiens peuvent réclamer une attestation psychiatrique attestant que vous souffrez de dysphorie de genre. Elle n’est pourtant pas obligatoire, et d’autres praticiens trans-friendly ne la réclament pas. Aussi, certains praticiens transphobes peuvent tout simplement refuser de délivrer une première ordonnance. Cela rend l’accès au traitement très difficile. Il est alors conseillé pour les personnes trans de consulter les associations autour de vous, afin que l’on vous conseille de bons praticiens (sur Clermont-Ferrand, il existe notamment Queer Auvergne, l’OST, SOS Homophobie ou bien d’autres). Cependant, le faible nombre de praticiens safe entraîne une saturation pour ces même médecins, qui peuvent ne plus être en capacité d’accueillir de nouveaux patients pour un suivi médical.
De l’autre côté, l’avantage des traitements hormonaux est qu’ils peuvent être remboursés ! Il faut, en revanche, disposer d’une ALD (Affection longue durée). Ce genre de dispositif existe notamment pour les personnes souffrant de maladie chronique. Il est nécessaire d’en faire la demande à la CPAM, en passant par son médecin généraliste, par exemple. L’obtention d’une ALD peut aussi faciliter et rembourser certaines opérations.
Opérations chirurgicales pour les femmes trans
Maintenant vient la question qui crée le plus de fantasmes autour des personnes transgenres. « Est-ce que l’on a fait des opérations ? » / « Est-ce qu’on veut en faire ? » Tout d’abord, il est très déconseillé de poser ce genre de questions aux personnes trans. Ces questions sont tout simplement trop intimes. Elles desservent également la cause. Par exemple, demander à une femme trans si elle a encore un pénis est très réducteur. Cela sous-entend qu’une femme est réduite à ce qu’elle a entre les jambes, ce n’est pas le cas.
Mais alors, quelles opérations existent pour les personnes transgenres ?
Pour les hommes trans d’abord, il est possible d’effectuer une mammectomie. Cette opération correspond à l’ablation de la glande mammaire et de sa graisse. Cela permet une diminution très importante de la poitrine, pour ainsi donner une apparence plus masculine au torse. C’est cette opération qui crée des cicatrices chez les hommes trans, qui ne disparaissent qu’entre 9 et 18 mois après l’opération.
Dans le public, il est possible de faire cette opération sans rien débourser grâce à l’ALD. Cependant, les délais d’attente sont très longs, entre 6 mois et 2 ans. Beaucoup d’hommes trans passent donc par le privé, où ils devront attendre entre 2 et 6 mois. Dans ce cas, l’opération et tous les soins post-opération vont coûter entre 1200 et 3500€ en moyenne, dépendant des praticiens et de la prise en charge de votre mutuelle.
Opérations chirurgicales pour les femmes trans
Quant aux femmes trans, elles peuvent avoir recours à une augmentation mammaire. Comme on l’a vu, le traitement hormonal permet déjà l’apparition de seins chez la femme transgenre. Une augmentation mammaire peut alors être effectuée simplement par choix d’une poitrine plus importante, comme une femme cis. Il existe aussi un moyen d’être remboursé pour une augmentation mammaire, mais uniquement dans le cas où cette opération est justifiée (grâce à l’ALD). Par exemple, si la poitrine présente une asymétrie certaine, ou si la forme des seins est tubéreuse. (Les opérations pour ce genre de cas peuvent aussi être remboursées pour une femme cis).
Une femme trans peut aussi avoir recours à une féminisation du visage (souvent raccourcie en FFS pour Facial Femization surgery). Ce terme englobe un grand nombre de chirurgies, (dont certaines déjà très courantes en chirurgie esthétique), afin de donner des attributs plus « féminins » au visage. On parle ici de rhinoplastie, de lifting des sourcils, du front, de remodelage des pommettes et encore bien d’autres choses. Ce genre d’opération n’est pas remboursée.
Enfin, ce n’est pas une opération, mais les femmes transgenres peuvent aussi avoir recours à l’épilation laser pour la pilosité faciale, ou du torse. Certains praticiens font des dépassements d’honoraires et d’autres non, tout dépend d’où est-ce que l’on effectue les séances. Il est préférable de demander conseil auprès de son gynécologue ou endocrinologue.
Les opérations de réassignement de genre
Et enfin, nous allons traiter de la question la plus gênante pour les personnes trans qu’il faut arrêter de demander systématiquement. Oui, les personnes transgenres peuvent en effet avoir recours à des opérations de réassignement de genre.
Avant la création d’un appareil génital, des opérations existent pour “enlever” l’ancien. Pour les hommes trans, l’hystérectomie, l’ovariectomie et la vaginectomie qui consistent en l’ablation de l’utérus, des ovaires et des muqueuses vaginales. Pour les femmes trans, il y a l’orchidectomie qui correspond à l’ablation des testicules.
En conséquence de ces opérations, le corps ne crée plus d’hormones par lui-même, ce qui demande une réorganisation sur le dosage de l’HRT. Cela peut présenter un risque, puisque l’on devient dépendant des hormones que l’on prend, étant donné que nous n’en produisons plus par nous-mêmes. Alors, on peut craindre ce genre d’opération en tant que personne trans.
Après cela, il est possible pour les hommes trans de faire une phalloplastie qui crée donc un pénis à partir du clitoris et d’une partie de l’avant-bras. Et pour les femmes trans, elles peuvent réaliser une vaginoplastie, à partir du pénis. Grâce à l’utilisation du clitoris et du pénis dans l’opération, l’organe peut ressentir du plaisir sexuel.
Toutes ces opérations sont remboursables.
Mais encore une fois, il est important de répéter que toutes ces opérations ne sont en aucun cas obligatoires et beaucoup de personnes trans s’en passent.
Chacun fait son propre choix, le genre est très loin de correspondre à ce que l’on a entre les jambes.
Pour plus d’informations sur les transitions de genre, les sites WikiTrans et Fransgenre sont de très bonnes sources !