La masturbation féminine et ses tabous

Vendredi 12 mars, à 16h, le collectif Femmes de Mars, hébergé par Lieu'Topie, a organisé un cercle de parole autour de la masturbation. Cette réunion, qui eu lieu dans un appartement de Clermont-Ferrand, était réservé aux femmes pour discuter et analyser les tabous autour de la masturbation féminine.

Cet atelier d’échange s’est déroulé dans le cadre de la 3ème édition de la Semaine Étudiante de l’Égalité. Cet événement, organisé par le collectif Femmes de Mars, célèbre le 8 mars, journée internationale des luttes pour les droits des femmes. Animé par Charline, bénévole du collectif, et par Elodie Vincent, intimologue sur Vichy et Clermont-Ferrand, cet atelier a permis aux femmes présentes de libérer leur parole sur ce sujet tabou qu’est la masturbation.

Charline débute la conversation en expliquant le but de la démarche. « Pourquoi cette thématique ? Parce quand les femme commencent à se masturber, elles n’en parlent à personne. » Le but est donc de partager leurs doutes et de voir que leurs expériences personnelles peuvent être communes. « En parler peut être un vrai soulagement parce qu’on comprend enfin qu’on n’est pas toute seule ! » poursuit Charline. Un tour de table pour se présenter et parler de son expérience personnelle commence.

Blocage : La difficulté des femmes à prendre du plaisir seules.

Rapidement, un problème partagé par quatre femmes sur les sept présentes est mis sur la table : le blocage pour prendre du plaisir seule, mais aussi en couple.
« Je n’arrive pas à me mettre dans le mood quand je suis seule, je m’ennuie, je n’arrive pas du tout à me détendre » commence Manon. « Moi aussi je m’ennuyais toute seule, je n’ai d’ailleurs jamais eu d’orgasme seule ou avec quelqu’un » enchaîne Marion, une autre participante. « Même si je n’arrive pas à l’orgasme, ça va mieux car les pages Instagram qui en parlent ont eu un vrai impact pour moi. Pour enlever le tabou, me renseigner, savoir comment me connaître. Mais je me demande si ce blocage vient du fait qu’on a peur de lâcher prise, si c’est quelque part une honte pour nous de prendre du plaisir seule. On m’a toujours donné une mauvaise image de ça donc je ne sais pas si ça joue » explique-t-elle, essayant de décortiquer les mécanismes qui la bloquent.

Un conditionnement

Charline explique alors que l’éducation joue beaucoup sur ce conditionnement : « Il y a beaucoup de familles qui n’en parlent pas à leurs filles. Alors que pour les hommes, ce n’est pas tabou. Dans un dictionnaire pour les filles que j’ai retrouvé et qui datait du début des années 2 000, il y avait écrit que la masturbation était un secret à bien garder pour soi ». Dans la discussion, ce modèle d’éducation se confirme. « On a pas de tabou dans ma famille, mais je constate que ma mère et ma grand-mère m’ont appris à donner du plaisir aux hommes et non pas à moi-même » expose Manon. « Alors que je sais que ma mère prend du plaisir seule. Mais elle me l’a dit bien plus tard, alors que j’avais déjà commencé depuis longtemps ma sexualité avec les hommes. Pourquoi ? » poursuit-elle.

Elodie Vincent, intimologue, explique qu’il est d’autant plus enrichissant d’apprendre à se connaître d’abord seule, pour ensuite se plaire dans les relations avec autrui. « On ne peut pas faire de la sexualité à deux si on ne se connait pas soi ». Charline ajoute qu’elle-même a pu se découvrir d’abord avant d’avoir son premier copain : « Ça m’a permis de le guider et je suis contente d’avoir pu avoir cette expérience au préalable. Je pense que ça a facilité beaucoup de choses. » Elodie poursuit aussi sur le fait qu’il faut arrêter de se mettre dans des cases. « Les femmes clitoridiennes, pas clitoridiennes, ça n’existe pas. On a toutes un clitoris et c’est lui qui donne du plaisir, que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur.« 

Comment briser le blocage ?

D’après Elodie Vincent, pour se sentir en phase avec soi-même, il faut prendre son temps. « Pour les hommes, ça peut être plus mécanique. Pour les femmes, ça peut prendre plus de temps de se sentir à l’aise. Parfois on a besoin d’un bain, d’une lumière faible, de musique, de bougies… Plein de choses peuvent aider, à chacune de trouver ce qui marche chez elle ». L’intimologue conseille par exemple les livres érotiques, dont certains peuvent être connectés avec leur sex-toys selon les chapitres ! Marion conseille aussi au groupe les films érotiques d’Erika Lust ou encore d’Anoushka Garin, des réalisatrices de pornos féministes. « Ce sont des scènes qui vont être beaucoup plus lentes, bienveillantes envers toutes les communautés sexuelles. C’est vraiment axé autour du plaisir de tous. Ça change la démarche » décrit-elle.

Mais Elodie conseille surtout de tester de nouvelles zones, sensations, expériences. Le plaisir se trouve donc parfois là où on ne l’attends pas ! « Il faut toucher et sentir autrement pour revenir à quelque chose de plus naturel. » commence l’intimologue qui explique que les femmes ont en plus des zones érogènes assez larges. « Les huiles que j’ai ramenées par exemple, lorsqu’on souffle dessus, où que vous la mettiez sur votre corps, procure une sensation de chaleur. C’est très agréable au niveau du toucher mais aussi de l’odeur qui peuvent éveiller des sensibilités. Et c’est pareil pour les hommes que je suis, je leur donne des exercices pour découvrir de nouvelles sensations » explique-t-elle. L’ASMR (Autonomous sensory meridian response) peut par exemple provoquer de nouvelles sensations.

L’intimologue termine aussi sur le fait que les femmes ont un cycle hormonal bien défini. « Si vous connaissez votre cycle, vous verrez qu’à certaines périodes du mois, vous serez plus dans le « mood » qu’à d’autres. C’est normal. Donc choisissez aussi peut être votre moment pour tester tout ça. En fonction de votre cycle et vous y arriverez peut-être mieux. » Une participante confirme alors avec humour : « C’est vrai que juste avant mes règles, j’ai envie de faire du sale alors que là, je ne suis plus DU TOUT dans cette optique. » Les rires fusent, chacune se reconnaissant dans cette dernière déclaration.

Toutes les astuces !

La conclusion de ce cercle de parole est simple. Il faut du temps pour apprendre à se connaître et surtout, il ne faut pas avoir peur des multiples découvertes possibles. Pour continuer à approfondir vos connaissances à la conquête du plaisir féminin, voici quelques adresses :

  • L’intimologue présente bien sûr : Elodie Vincent : http://www.intimement-vous.fr/
  • Lydie Gérard, gynécologue sur le Puy-De-Dôme et conseillée par le cercle de parole
  • Adèle André de l’Arc, gynécologue et sage-femme sur Clermont-Ferrand, apparemment très à l’écoute.
  • Le site GynAndCo qui répertorie tous les gynécologues féministes et bienveillantes : https://gynandco.wordpress.com/
  • Le livre « La verge et le vibro » de Maïa Mazaurette, décrit comme le dictionnaire des éternels apprentis sexuels
    Soft Paris, magasin parisien pour la lingerie, les huiles à sensation chaude, les sex-toys etc. dont les vendeuses seraient très qualifiées et à l’écoute pour toutes vos questions : https://www.softparis.com/fr/
  • Les œufs de Yoni pour rééduquer votre périnée.

    *Tous les prénoms, sauf celui de l’intimologue et de la bénévole du collectif, ont été modifiés pour respecter l’intimité de toutes.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.