Elles et ils viennent de l’école d’architecture, de fac de lettres, de sciences voire même de lycée privé de la ville. Dans une petite salle du 5eme étage de l’université Gergovia, 5 ou 6 représentant.e.s du syndicat nous racontent sa génèse : « La FSE est née de la scission de l’UNEF. Nous étions nombreuses et nombreux à critiquer les Violences Sexistes et sexuelles et la bureaucratie au sein de l’UNEF. » En 2019, 21 sections se créent en France. A Clermont-Ferrand, il faut attendre octobre 2024. « On s’est rencontrés et mobilisés autour du combat pour la libération de Georges Abdallah. »
L’année dernière, sur le campus clermontois, on parlait plutôt du « CAS » qui s’est fédéré il y a à peu près 6 mois, et est devenue la FSE qui ne s’arrête plus et réalise de nombreuses manifestations comme dernièrement une friperie pour la Palestine. « Nous avons récolté plus de 950 euros qui ont été envoyés là-bas. »
Parmi la soixantaine de militant.e.s, beaucoup se sont rencontré.e.s lors des mobilisations « Bloquons tout » de la rentrée. Des jeunes en colère qui sont descendus parfois pour la première fois dans la rue. « Le syndicat nous a réunis. »
Et pour la FSE, pas question de n’être présent que pour les élections. « Nous sommes sur le campus, présents, toute l’année. Notre but est de défendre les intérêts des étudiants. Nous pensons que l’enseignement supérieur est au service de la bourgeoisie. Nous luttons contre la précarité. »
Même si politiquement, la FSE se revendique très a gauche, elle ne veut pas, pour autant, devenir un appareil pour ses sympathisants. « On aide tout le monde sans distinction. »
Malgré tout, certaines filières et étudiants sont plus victimes que d’autres. « On a ouvert l’enseignement supérieur aux classes populaires, dans les années 60. Mais, aujourd’hui, on se rend bien compte que certaines filières sont priorisées. On assiste à la fermeture de licences par manque de rentabilité. »
Pour adhérer à la FSE, pas de pré-requis « sauf à nuire à l’un ou l’une d’entre nous. Mais on s’adresse beaucoup aux étudiants non politisés. D’ailleurs, parfois, certains, grâce à nos discours ou manifestations adoptent un intérêt à la lutte ou au moins une prise de conscience. »

Car le but n’est pas d’élever le niveau de conscience qu’aux convaincus. « Nous sommes indépendants de tout parti politique. Nous ne sommes pas proches de la France Insoumise, et même en désaccord sur certaines questions. Malgré tout, nous avons de bons rapports avec l’Union Etudiante, très proche du parti mélenchoniste. Mais, nous sommes apartisans. »
La FSE aimerait beaucoup avoir un local pour se faire connaître davantage. « On obtient la confiance des étudiants en récoltant les problèmes. Notre but est de massifier, de montrer l’importance d’un syndicat à toutes et tous. »
Alors, la FSE s’empare de sujets tels que l’insalubrité dans les résidences du Crous. « On a pu constater des problèmes de chauffage, de propreté au sein des résidences universitaires. Et on nous empêche de faire du porte à porte pour récolter les témoignages. » S’indignent les jeunes syndicalistes avant de poursuivre : « Nous redoutons les conséquences sur la santé des étudiant.e.s car certains n’ont pas de chauffage, d’autres rencontrent des problèmes d’eau chaude. 37 se sont plaints de présence de nuisibles comme des punaises de lit, par exemple. Nous réclamons des solutions pérennes et efficaces dans les plus brefs délais.
Le sort des étudiants étrangers est un autre champ de bataille. « Ils subissent des pressions avec notamment des retards dans l’envoi des récépissés, qui les empêchent de pouvoir faire des stages ou obtenir des emplois, des alternances. »
Un contexte national s’ajoute aux réalités locales : « Les APL sont menacés, l’accès aux bourses de plus en plus complexe. Le gouvernement n’est pas en faveur de la jeunesse. »

Pour le syndicat, être étudiant aujourd’hui signifie devoir se mobiliser. « Car rien n’est réellement acquis. » Alors, les jeunes organisent des soirées crêpes, des soirées jeux de société. « On n’est pas que dans la politisation… »
Et pendant les vacances, certains étudiants resteront seuls le 24 décembre dans leur chambre universitaire. « Notre rôle est de les accompagner aussi. Souvent ce sont des étudiants dont la famille est à l’étranger, ou très précarisés. Nous estimons qu’il faut être à leurs côtés pendant les vacances aussi. »
En période de partiels, sur les réseaux sociaux, le syndicat rappelle les droits aux examens. « Tout le monde ne connaît pas parfaitement comment ça fonctionne surtout en première année. »
Autre problématique à laquelle s’attaque la FSE : la prise en compte du handicap des étudiants. « On y voit aussi là une grosse discrimination. »
Ainsi, la FSE qui gonfle ses rangs chaque jour a décidé de mener un syndicalisme d’action envers toutes et tous les étudiants. « Les conditions de vie se dégradent, les jeunes vivent une période instable et de remise en question. Sans compter que la société est anxiogène avec la fascisation des idées. »
Ainsi, pour ces jeunes syndicalistes, « lutter est une source de guérison. » Car certains aiment à le rappeler : « Quand tu agis, que tu aides, que tu cherches à améliorer les choses, que tu te mets en mouvement, tu es sorti de ta chambre, et tu as cessé de ruminer. » En plus, à plusieurs. En groupe. Entre ami.e.s.
LA FSE ne sait pas si elle sera présente aux élections universitaires de 2026. « On doit en parler ensemble. On préfère pour l’instant se concentrer sur les actions de terrain. » Conclut l’un d’entre eux avant de remettre les chaises à leur place et rendre les clefs de la salle prêtée pour l’interview.
Dans les couloirs de la fac, les jeunes regardent les affiches : « Elle a l’air bien cette conférence, ça pourrait être cool d’y aller. On n’a rien Jeudi soir en plus. » S’exclame l’une des syndicalistes, alors qu’un autre se presse : « Bon, je retourne en cours, en période de partiels, c’est pas simple. »
Dehors, le soleil brille en ce mois de décembre doux. Sur le mur de l’université, un drap signé de lettre rouges pour rappeler la lutte à chaque passant. Comme le souvenir qu’étudier est un droit dont chacune et chacun d’entre nous devrait bénéficier. Mais même en France, cela reste un défi.
1 réflexion sur “« Réussir sa scolarité, c’est aussi défendre ses droits. »”
Chouette ! Un article sur la section clermontoise du syndicat qui a fait applaudir les attaques et viols du Hamas le 7 octobre. Peut-être que lire Fredy Perlman ferait du bien à tous ces braves gens.