Agressée à 16 ans, Magalie dénonce le silence des adultes

C'était il y a plus de 20 ans, Magalie était agressée sexuellement au collège et subissait du harcèlement. Aujourd'hui, elle a décidé de raconter son calvaire afin d'alerter sur la responsabilité des adultes.

Magalie est arrivée à Bourg en Bresse, à l’âge de 10 ans, en 1998. En CM2. Sa famille a dû fuir Lyon, car sa grande sœur, plongée dans la drogue, est en danger. « Nous avons refait notre vie pour elle. » Explique celle qui, à l’époque, est triste et inquiète pour sa famille. « Je n’ai pas tout compris, mais j’ai vu ma mère tellement pleurer et j’avais peur que ma sœur meure. » Ses parents se disputent beaucoup. Son père, pelleteur grutier, sa mère nourrice, ne peuvent plus rester dans ce quartier, où les dealers frappent à leur porte sans arrêt. « Ma mère voulait la placer, mon père était dans le déni. Ca devenait insupportable. »

Alors, nouvelle vie à Bourg en Bresse, où le père retrouve un boulot et la mère devient auxiliaire de vie dans un EHPAD. « Un nouveau départ » Exprime Magalie. Mais très vite, la petite fille est confrontée au regard des autres. « J’arrivais de Lyon, en plein milieu de l’année. Je n’ai pas réussi à me faire accepter. » Mais, elle se fait quelques copines et les grandes vacances arrivent vite.

Le jour de la rentrée au collège, elle remarque un garçon, d’un an plus vieux, qui, appuyé contre le distributeur, la regarde bizarrement. Elle ne le sait pas encore, mais elle vient de croiser celui qui sera son agresseur, quelques années plus tard. « Je me souviens de son regard qui m’avait mise très mal à l’aise. Ce garçon me faisait vraiment peur. »

Son collège, elle ne le vit pas si bien. Elle a la réputation d’être une fille facile. Pourtant, elle ne rencontre son premier vrai amoureux, qu’en 4ème. Elle l’aime si fort qu’elle fait l’amour pour la première fois avec lui. « Mais, bizarrement, tout le collège va le savoir très vite. » Puis, ils se séparent, il l’a trompée.

Un mois après, elle finit à 16 h. « Avec ma meilleure amie, nous sommes allées nous caler au McDO, juste à côté du collège. Il faisait froid dehors. » 3 garçons débarquent dont celui dont elle appréhende le regard. Appelons-le M. « Ils viennent vers nous , et M. s’approche de moi, me tient l’épaule. Je ne suis pas à l’aise. J’ai refusé ses avances quelques temps plus tôt. » Les deux filles se lèvent et retournent vers le collège. Les 3 garçons les suivent. « Les 2 autres garçons vont emmener ma copine plus loin. M. va me bloquer contre la porte d’une maison, m’embrasser et mettre la main sous mon T-Shirt. Il me tripote, j’essaie de me débattre, mais je ne peux rien faire. » Puis, il s’arrête, retourne avec ses copains. Magalie retrouve son amie, éloignée par les 2 autres camarades. « J’ai eu le sentiment que ce garçon m’avait chassée pendant des années et que là, il avait réussi à s’approcher de sa proie. »

Quelques jours plus tard, « le 2 avril 2004, précisément », veille de vacances, Magalie rentre d’une sortie scolaire. « Nous étions allés visiter le tribunal. Sacrée ironie de l’histoire. » Elle attend son amie devant le collège, un peu à l’écart. Il est 17H. 3 garçons s’approchent, dont M. et son frère, âgé de 18 ans. « Ils m’ont bloquée dans un coin. Et ça a duré une heure. » Elle doit masturber le grand frère qui finit par éjaculer par terre. Ils la déshabillent, elle est en culotte devant le collège. Certains élèves s’approchent et rient. Puis, ils l’emmènent au gymnase. « Ils m’ont touchée, embrassée, j’ai dû masturber une deuxième fois. Mais bizarrement mon cerveau est parti, je voyais la scène de l’extérieur. » La cloche sonne. Les garçons se rhabillent, et lui lancent « Prévois des capotes pour demain. »

Magalie rentre à toute allure. Elle a honte, des gens la regardent, elle croient les voir rire. Elle se demande si ce n’est pas de sa faute. Heureusement, ce sont deux semaines de vacances qui arrivent. Elle ne veut plus retourner au collège. La jeune fille n’arrive pas à en parler à ses parents. Puis, le jour de la rentrée arrive. Tout le monde se moque d’elle comme celle qui se fait « choper devant tout le monde. » Elle part voir le CPE, mais ne parvient pas à tout dire. C’est au proviseur après quelques heures de cours, qu’elle va tout déballer. Il lui conseille d’aller à l’infirmerie et de toute écrire sur un papier. Ce qu’elle fait avant de retourner en cours. « En SVT, je m’en souviens parfaitement. »

A la sortie de l’heure, elle est convoquée par la proviseur. Dans le couloir, elle aperçoit sa mère. « J’ai eu tellement peur. Mais elle m’a rassurée tout de suite en me disant qu’on partait porter plainte. »

Au commissariat, le lieutenant l’assaille de questions : »Tu étais habillée comment ? » Ce jour-là, elle portait un pull avec un nounours dessus. « Ah mais tu avais déjà couché à ton âge. » Lui assène-t-il comme une gifle.

Quelques jours plus tard, la police débarque au collège, tout le monde est au courant. Magalie est exclue pour sa sécurité, l’un des deux mineurs a le droit de rester en cours. « Quand j’allais au collège récupérer mes cours, des élèves m’insultaient. » Un conseil de discipline a lieu pour mettre en place les mesures d’éloignement. « Je voyais que les adultes ne me croyaient pas. » La soeur d’un des mineurs demande même une cigarette à la mère de Magalie.

Une sortie scolaire est organisée où elle demande à aller. Sur les murs du collège elle voit des inscriptions « Magalie, la pute. » La jeune adolescente s’effondre. « Pourquoi aucun adulte n’a nettoyé ces inscriptions ? »

Alors, une longue agonie s’installe. Magalie ne peut pas retourner au collège. Elle devient anorexique, prend 5 douches par jour. Elle est sujette à de nombreuses crises d’angoisse. Elle refuse de sortir, a peur des insultes. Peur de recroiser ses agresseurs. Elle est prise en charge par l’AVEMA, association d’aides aux victimes. Elle sera mise du haut de ses 16 ans, sous anxiolytiques et anti-dépresseurs. Elle suit une thérapie. Puis, elle monte son dossier avec une avocate. « Sa fille était dans le collège et faisait partie des élèves qui me soutenaient. » L’été de Magalie est horrible, elle part à Marseille dans sa famille et passe son temps à se faire vomir. « Je ne voulais plus de ce corps qui avait attiré ces hommes. » A la rentrée, elle rentre en 3eme professionnelle dans un autre collège. Mais elle croise certains de son ancien collège qui lui remettent sa réputation sur le dos. Magalie abandonne et tombe dans la phobie scolaire. Elle ne retournera jamais à l’école.

Un an plus tard, les procès condamnent les 3 agresseurs qui ont reconnu les faits. Le grand frère majeur, prend 8 mois de prison avec sursis. Les mineurs, jugés à huis clos prendront 4 mois de sursis et doivent effectuer des Travaux d’Intérêt Généraux « Les éducateurs ont été à charge expliquant que les jeunes ne se rendaient pas compte du mal qu’ils avaient fait et qu’ils n’avaient aucun remords. » Magalie reçoit des Indemnités, qu’elle dépense le plus vite possible : « Je ne voulais pas de cet argent, j’avais l’impression d’avoir été payée pour ce que j’avais été obligée de leur faire. C’était comme être une prostituée. »

Mais ces condamnations n’ont pas suffi. Elle a dû réaliser une dizaine de mains courantes pour insultes et même pour avoir été poursuivie dans la rue. Heureusement, elle rencontre son amoureux, elle part vivre avec lui. Tout va mieux. Enfin.

Magalie se trouve de nouveau belle. Elle s’habille bien. Va chez le coiffeur. La vie reprend. Puis, un jour, alors qu’elle se promène, une voiture s’arrête à sa hauteur. De la vitre sort la tête de l’agresseur. « Tu es grave belle, toi. » Lui lance-t-il. Magalie se tétanise. Lui ne l’a pas reconnue. « Là, ça m’a fait vraiment bizarre qu’il ne reconnaisse pas la fille qu’il a agressée quelques années plus tôt. » La voiture redémarre, et son calvaire recommence. « J’ai pris énormément de poids, je ne voulais plus plaire à personne. » Avec son amoureux, elle déménage à Lyon. Mais elle sombre dans la dépression, fait une tentative de suicide et se fait soigner en Hôpital Psychiatrique.

« Un jour, mon fiancé me demande où je veux aller vivre, je dis Clermont-Ferrand, car j’avais vu que dans cette ville, des filles en jupe ne se faisait pas embêter en plein centre. » C’était en 2021.

En ce mois de mars 2026, Magalie est dans son appartement qu’elle partage avec son amoureux devenu son mari. Elle se bat toujours contre la dépression. « Je me sens en colère, j’éprouve de la haine. Il y a Magalie et Magbarre, comme Gainsbourg. Je peux être prise de pulsions très violentes. Je mange beaucoup, et je ne m’habille plus comme je veux. Il faut surtout pas que je sois séduisante. Moi, j’ai pris perpétuité. J’y pense toutes les semaines. »

Ce qui a le plus détruit Magalie, n’est peut-être pas l’agression en elle-même. « Le plus dur a été le harcèlement et surtout le fait de ne pas être protégée par les adultes. Pendant mon agression quand ils m’ont mise en culotte devant tout le monde, je me suis mise à crier, un enseignant m’a demandé de me taire, par la fenêtre. »

Magalie a d’ailleurs déposé plainte contre le collège. Le proviseur a été muté. « Ce n’est pas suffisant. Moi, je vis l’enfer. » La jeune femme a refusé d’avoir des enfants. « J’ai trop peur d’avoir une fille et qu’il lui arrive la même chose. Et si c’est un garçon et qu’il agresse quelqu’un…Non, je ne veux pas d’enfant. »

Depuis, sa vie est un calvaire, elle ne peut pas sortir seule, ou seulement sur des routes qu’elle connaît par cœur. Elle a refusé de passer le permis de peur d’avoir envie de retrouver les agresseurs et les écraser. Elle s’interdit de savoir ce qu’ils sont devenus. « Si j’apprends qu’ils ont eu des filles par exemple... » Souffle-t-elle sans pouvoir terminer la phrase.

Magalie a une habitude depuis, elle regarde les chaussures des gens. « Pendant mon agression, j’ai baissé la tête, je peux te détailler leurs chaussures. Mon cerveau a focalisé sur leurs baskets pendant qu’ils me détruisaient. »

Puis, elle a dit à sa psy qu’elle avait envie de raconter son histoire. De l’ébruiter, même 20 ans plus tard. Elle a sorti touts les papiers de justice et d’avocats. Et elle a appelé Mediacoop. « Parce que ça existe encore, parce qu’il faut dénoncer, parce que la justice peut être décevante. Parce qu’il est temps que des adultes prennent leurs responsabilités. »

Parce que, c’était il y a 20 ans. Et que Magalie continue de regarder les chaussures à nos pieds.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

1 réflexion sur “Agressée à 16 ans, Magalie dénonce le silence des adultes”

  1. Bonjour.
    Je suis la tante de Magalie .
    J’ignorai jusqu’à cette lecture son histoire qui me fait pleurer.
    Elle sait que mon combat depuis des dizaines d’années sont de protéger les enfants et les vulnérables.
    Je comprends mieux son choix de vie maintenant que je sais.
    Je suis de tout cœur avec elle dans ce combat et si je peux l’aider ,se sera avec plaisir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

nos derniers articles
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.