« Nous ne voulons pas de la loi Ripost »

Nous avons rencontré, à l'occasion de leur congrès qui se déroule à Super Besse, la CGT Douanes, l'un des plus vieux syndicats de la fonction publique

Manuela Dona a les tongs aux pieds, malgré la grisaille auvergnate. Pour cette normande, Secrétaire Générale du syndicat CGT Douanes, le rendez-vous de cette semaine a un enjeu fort. Elle nous accueille au CCAS. « Pour nous c’est important de faire tourner les structures sociales. » Explique celle qui raconte aussi que son syndicat est né d’amicales. « Nous appartenions au corps militaire, et le syndicalisme y était interdit. A partir de 1906, le douanes se sont structurées en amicales, jusqu’à l’autorisation syndicale de 1920. »

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Les douanes sont sous la tutelle de Bercy et du ministre du budget. « Nous sommes avant tout une administration fiscale. »

Pourtant, aujourd’hui, la loi Ripost bâtie par le ministère de l’intérieur met à mal la profession. « Cette législation tend à répondre à un manque d’attractivité subi par la gendarmerie et la police auxquelles on aimerait donner des missions supplémentaires et valoriser l’implantation territoriale quitte à amoindrir le territoire des douanes. »

Mais Manuela s’agace contre ce fait : « Nous ne faisons pas du maintien de l’ordre, nous. On contrôle les marchandises. » L’amalgame vient souvent du fait que police, gendarmerie et douane portent l’uniforme et une arme. « C’est notre seul point commun. » Revendique Manuela qui ne veut pas pour autant mettre les 3 institutions en concurrence. « On travaille main dans la main. Notre service de renseignement dans les airs et mers est exclusif. 75 % des saisies de stupéfiants proviennent de nos services. » Les douanes en revanche, n’interviennent pas dans les quartiers.

Mais pour la CGT, les douanes vivent une ineptie. « Nous avons perdu 6000 emplois en 30 ans, alors que l’ouverture des frontières aurait dû renforcer nos effectifs. » En Allemagne, par exemple, ils sont 48 000 agents contre 17 000 en France. « Et nous, nous avons un peu plus de frontières maritimes à gérer… »

L’arrivée du e-commerce a accéléré le phénomène des contrefaçons. Mais ce qui inquiète le plus les douaniers reste les trous laissés sur le territoire. « On a une véritable diagonale du vide, des endroits où pas un seul douanier n’est en poste. Les malfaiteurs le savent et on peut traverser la France sans aucun contrôle. Les infracteurs savent parfaitement où débarquer, rouler, et embarquer. »

Ainsi, le congrès se veut force de proposition notamment pour réinvestir l’intérieur des terres. « Un amendement a été voté à l’unanimité à la commission des finances mais a fini par passer à la trappe. » S’agace la syndicaliste qui avait eu bon espoir que les 1200 postes proposés soient effectifs en 2026.

Surtout que même les grands patrons prennent la défense des fonctionnaires. Les briquets BIC, par exemple. « Le dirigeant est capitaliste mais il prône le made in France et se bat contre les briquets chinois à 10 centimes fabriqués par des enfants qui ne répondent pas aux normes sociales et sanitaires. » Un calcul du coût social du non-respect de la norme met tout le monde d’accord. En Allemagne, on observe beaucoup moins de délocalisations.

La Loi Ripost permettrait donc des dérogations pour les gendarmes et la police sur leur champ d’intervention en matière de contrôle. « Nous craignons qu’un simple contrôle d’identité permettent des abus. Nous ne voulons pas que les douanes soient affaiblies ni plus de pouvoir au ministère de l’intérieur. »

En Auvergne, le constat est alarmant. « En 2018, Les bureaux d’Aurillac, Le puy et Moulins ont été fermés. Aujourd’hui, il ne reste que Clermont-Ferrand et ses 119 agents. » Comptabilise Sandrine Marie-Chevalier. « Il y a aussi un bureau à Saint-Etienne qui gère la Loire et une partie de l’A7. »

Pourtant, installé sur la diagognale du vide, le territoire mériterait plus de moyens. Les douanes s’attellent à de nombreux domaines : fraude sociale, espèces protégées, biens culturels, explosifs, tabac, billets.

« La police des marchandises, que nous sommes, aide la lutte contre l’anti-terrorisme. Les attentats de Nice étaient financés par des entrepôts de contrefaçons basés au Maghreb. Il nous faut plus de monde. »

Pourtant, la loi Ripost limite les actions douanières. « Nous ne pourrons agir que sur un périmètre de 40 kilomètres. La gendarmerie pourrait prendre le relais mais elle n’a pas la formation. » Les 7 organisations syndicales sont donc d’accord pour demander l’abrogation de la loi. « Nous avons appris que les trafiquants s’adaptent. Nous faisons face à des contrefaçons dans le bâtiment désormais. »

Et les douaniers de nous raconter cette anecdote qui n’en est pas une. « En Allemagne, ils ont des portiques anti-nucléaires. 2 containers provenant de Chine ont sonné. A l’intérieur des jeux de plage pour enfant. Après investigation, il s’est avéré qu’ils étaient radioactifs car constitués de plastiques ramassés près de Fukushima… Et bien au Havre, 200 containers sont passés, et des milliers de ces jeux de plage ont été vendus aux enfants… »

Un énième exemple de l’utilité des douanes. « Notre métier est noble, il sert à détourner des actes terroristes, à surveiller les trafics d’armes ou d’animaux, et à protéger les populations de produits en dehors des normes. Réduire nos champs d’action c’est accepter que le monde devienne pire… »

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