Un collectif de 500 habitants de Châteaugay contre le projet d’une nouvelle carrière sur le plateau de Lachaud

Le 24 juin dernier, une quinzaine de membres de l’association « préservons le plateau de Lachaud et Châteauguay » assistent au conseil métropolitain de Clermont-Auvergne Métropole. Pancartes à la main, ils sont venus dire « non à une nouvelle carrière ». Parmi les nombreux votes à l’ordre du jour : « le lancement d’une procédure de mise en compatibilité du plan local d’urbanisme de la ville de Châteauguay. » Celle-ci doit permettre l’ouverture d’une carrière de basalte. Après délibération, la décision est acceptée à 43 voix pour, 3 contre et 38 abstentions. On vous explique le projet et le combat qu'il suscite.

Frédéric Sapet est secrétaire adjoint de l’association « préservons le plateau de Lachaud et Châteauguay ». Installé depuis 2015 sur cette commune de 3.000 habitants au nord-est de la métropole, il fait partie des premiers membres de l’association. Pour lui, tout commence fin 2017 à la suite d’une conversation avec sa voisine. « J’entends parler d’un contrat de fortage, de plan local d’urbanisme, de vente de parcelles… On découvre que tout ça est lié et qu’ils veulent construire une nouvelle carrière. » Celle-ci concerne le plateau de Lachaud, à 300 mètres de leur lieu d’habitations, explique-t-il. Pour lui comme pour les 500 autres membres que compte désormais l’association, c’est le début d’un long combat.

Image de l’actuelle carrière. Crédit Photo Association préservons le plataud le Lachaud Châteaugay.
Une nouvelle carrière dont le site pourrait atteindre 80 hectares ?

Une carrière à Châteaugay, il y en a pourtant déjà une. En activité depuis près d’un siècle, le filon arrive aujourd’hui à épuisement et le site doit fermer en 2023. Il y a 4 ans, la commune rachète donc 30 hectares de terres situées un peu plus loin, puis les revend à l’entreprise Jalicot. (Une entreprise spécialisée dans la vente de sables, cailloux, granulat et dans l’exploitation de carrières. ) Début 2018, le Conseil municipal donne son feu vert pour lancer le processus.« Ces infos-là sont vraiment passées en douce. On a eu du mal à comprendre au début ; mais enfaîte, ce vote a donné tout pouvoir au maire pour signer un contrat de fortage avec Jalicot » raconte Frédéric.

Ce contrat concerne une surface de 30 hectares, mais les habitants craignent qu’à terme la carrière s’étendent au-delà. En effet, en 2019, juste à côté de ces parcelles, la société privée SBC (Société Basalte du Centre) rachète 50 hectares supplémentaires. « Ça dessine au total un domaine de plus de 80 hectares. On sait que les réserves en basaltes sont énormes et donc l’exploitation n’est pas près de s’arrêter. Sur un simple arrêté préfectoral, la durée d’exploitation et les méthodes peuvent être changés. Une fois que le processus lancé, il n’y aura plus de concertation du tout » s’inquiète Frédéric Sapet.

Sur cette carte de l’association, on localise la carrière actuelle et les passerelles possiblement concernées par une future carrière.

Une crainte que le Maire de Châteaugay, monsieur Darteyre dément formellement : « Sur les 29 hectares vendus par la commune, l’extraction serait prévue sur 16 hectares seulement, ente 15 et 30 mètres de profondeur. Les sondages du filon ont été fait, ça fait 7 millions de tonnes de roches massives. Ce qui représente déjà 25 à 30 ans d’exploitation. Ça fait une évolution annuelle de 5 à 6 000 mètre carré, pas plus. Donc de là à avoir un site de 80 hectares, vous imaginez… non, c’est totalement faux ! Pour ce qui est des 50 hectares que SBC a acquis, il n’y a pas eu de sondage de fait. On ne connait donc pas la nature du sous-sol et vous dire ce qu’il se passera dans 30 ans, moi, je n’en sais rien.»

Pour l’association, c’est un projet à contresens

Avant toute chose, l’association remet en cause l’utilité même de cette nouvelle carrière. « On ne recycle pas assez alors qu’on sait le faire maintenant. Il y a des alternatives sur les matériaux de construction. Là, on a l’impression qu’on reste sur une logique industrielle d’arrière-garde et que donc on va continuer à aller extraire. On nous dit qu’il y a besoin de cailloux, que ça fait de l’emploi. Mais quand on fait un trou et qu’on vend des cailloux après, on dépose des remblais et des déchets de démolition du bâtiment. Ces déchets, ils peuvent se recycler et ça on le fait trop peu ! On est à un taux de recyclage d’environ 35 % alors qu’en Haute-Loire, ils sont à 70 % par exemple » explique Frédéric.

Selon les documents mis en avant par l’association, la carrière actuelle produit annuellement 120 000 tonnes de roches. Soit 5 % des besoins de la métropole. 87 % de ces matériaux proviennent de 5 autres sites (Combronde, Pardines, Saint-Julien de Coppel, Vensat et Vichel) exploitables au-delà de 2030.

« Recycler ne suffit pas » explique Monsieur le Maire

De son côté, la mairie assure que la question du recyclage n’est pas écarté, au contraire ! Mais selon lui, elle ne peut pallier le besoin d’extraire de nouvelles roches. « Vous savez, moi, je veux bien qu’on recycle de plus en plus. C’est d’ailleurs ce qu’on fait. Mais en France, on consomme 6 tonnes d’agglomérat par an et par habitants. En recyclant, on arrive à combler un peu moins de 50% de ces besoins, donc ça ne suffit pas. On aura toujours besoin de roches nobles. Et puis le béton par exemple ne peut contenir que 30% de matière recyclée, il y a des normes à respecter. »

« Nous ne sommes pas des « anti-tout », nous voulons avant tout comprendre »

Depuis sa création, l’association dénonce un manque d’échanges et de débats au sujet de ce projet de carrière. Frédéric Sapet regrette que le dialogue soit aussi compliqué.
« On n’est pas contre l’emploi, on ne se présente pas comme des adeptes de la décroissance. Quand on n’a plus rien à nous opposer, on nous dit, vous êtes des anti-tout, mais c’est faux ! » se défend-il.

« L’association essaye de garder un contact et un dialogue constructif, on ne prétend pas avoir la science infuse… On veut qu’il y ait du débat et de la transparence ! On n’est pas des extrémistes. Il y a quand même 500 adhérents convaincus par des arguments. Notre travail se base sur des recherches, on fouille les arrêtés préfectoraux, etc. On n’a jamais parlé dans le vent, on est prudent. Jalicot c’est le groupe Vinci, ils ont des moyens qu’on n’aura pas. On ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi. »

Image du site actuel. Crédit Photo Association préservons le plataud le Lachaud Châteaugay.
Un manque de concertation qui ne passe pas.

En mai 2019, Monsieur Darteyre, maire de Châteauguay explique que « les avancées du dossier seront diffusées par le biais du site internet et du bulletin d’informations municipales, mais aussi transmises à l’association qui se mobilise sur ce projet. […] Nous ne prendrons pas de décision sans consultation ni concertation.»
Selon Frédéric, 3 ans plus tard, il n’en est rien.

« Toutes les informations que donne la mairie sont postérieures aux infos de l’association.  On parle d’un projet en concertation avec les habitants, mais il n’y a jamais eu une seule réunion d’information de la part de la commune ! Le Maire a même toujours refusé qu’on utilise les panneaux municipaux pour informer de nos réunions. C’est autant de petites entraves qui en disent long. »

De son côté, la Mairie se défend en expliquant qu’un membre de l’association a été reçu au conseil municipal pour exposer leurs craintes. Monsieur Darteyre, explique même avoir proposé à l’association une réunion avec les entreprises du projet. Une proposition qui aurait été déclinée par l’association. Quant aux consultations, celles-ci viendront, explique le Maire de Châteaugay : « Nous ne sommes qu’au tout début du processus, il doit y avoir des études, des concertations, des enquêtes publiques, etc. Tout cela arrive ! On communiquera les informations quand on les aura. »

La crainte de nouvelles nuisances

« Les gens ne se rendent pas compte que la carrière actuelle est en fin d’activité. Celle à venir pourrait faire au moins le double avec ce que ça implique comme nuisances. Les méthodes devraient être plus respectueuses de l’environnement. Mais on se demande si ces promesses vont êtres tenus » s’inquiète le secrétaire adjoint de l’association.
Aujourd’hui, les habitants redoutent des nuisances liées aux poussières et particules nocives, certaines étant classées cancérigènes. Ils craignent aussi des nuisances sonores, des vibrations. Sans compter le bruit des tirs de mines, des concasseurs et des allées et venues des camions.

Le Maire lui assure que la nouvelle carrière sera plus silencieuse que l’actuelle. « Les normes évoluent, le concasseur de la nouvelle carrière sera dans un bâtiment fermé et isolé. Comme sur le site actuel, il y aura des mesures précises sur les poussières. Et pour les questions de nuisances, il faut aussi savoir qu’une voie sera affectée pour que les camions ne traversent pas le village. »

Des inquiétudes liées à l’eau
Image du site actuel. Crédit Photo Association préservons le plataud le Lachaud Châteaugay.

L’inquiétude des habitants se concentre aussi sur les ressources en eaux. Sous ses couches de basalte, le plateau de Lachaud abriterait 150 à 180 millions de mètres cube d’eau.  « Lachaud est un poumon vert, une bulle de fraîcheur, on a beaucoup d’inquiétude par rapport aux sécheresses et aux canicules. En 2005, un projet d’élargissement de la carrière actuelle avait été refusé. Ce notamment parce que l’eau qui tombe sur une carrière s’évapore et que ça assèche les nappes en dessous » explique Frédéric Sapet qui redoute également que les sous-sols soient impactés par l’activité et les pollutions du site.

Un site naturel menacé  

D’un point de vue environnementale, l’association rappelle que le PLU actuel classe le plateau comme une zone naturelle, c’est-à-dire inconstructible. La première étape est donc de modifier ce statut pour rendre possible l’exploitation. Le 24 Juin dernier, le Conseil métropolitain a posé la première pierre de cette mise en conformité du PLU. « On demandait le classement de la zone en site naturel protégé et là au contraire, on a un processus de déclassement » déplore Frédéric.

Plataud de Lachaud. Crédit Photo Association préservons le plataud le Lachaud Châteaugay.

Le site abrite également des espèces protégées comme la laineuse du prunellier (un petit papillon) ou l’écrevisse à patte blanche. Comme l’explique l’association, cette crainte s’ajoute à celle de la destruction paysagère. « On est à moins d’1 km et demi de la zone UNESCO de la chaîne des puys et faille le Limagne et la carrière sera visible. »

Pourtant, il existe des obligations légales. « Ils compenseront l’impact environnemental parce que légalement, il le faut, mais on a des craintes. Actuellement, il y a 9 hectares de l’ancienne carrière jamais remis en états. Et même remises en états, les zones de la carrière sont classées comme zones dégradées. Pour l’instant, ils y installent des panneaux photovoltaïques. Dans tous les cas donc, sur un plateau comme Lachaud s’il y a une carrière, on sait qu’on est parti pour 100 ans. Et on sait quaprès, même si c’est remis en état, ce seront des éoliennes ou des panneaux solaires, mais jamais un retour à une zone naturelle vierge. »  

« On se sent vraiment écrasés par la procédure »

Frédéric Sapet nous raconte d’abord la difficulté qu’a eu l’association à avoir connaissance du vote du 24 juin dernier. « Quand j’ai demandé à avoir l’ordre du jour on m’a regardé comme si j’avais demandé un kilo de plutonium. On m’a trimbalé d’un service à un autre, on m’a demandé pourquoi on voulait avoir accès à ce vote. Administrativement, c’est très complexe. On ne s’attendait pas à cette étape de « déclaration d’intention de projet » qui accélère les choses. »

Comme le rappel l’association, des recours sont encore possibles, mais Frédéric souligne combien ces procédures sont parfois obscures pour les citoyens. « Ce sont des écritures administratives avec des articles de codes de l’environnement et de l’urbanisme, des renvois dans tous les sens. En tant que citoyen, c’est vraiment écœurant, on se sent vraiment écrasé par la procédure. »

Malgré le vote du 24 juin, rien n’est encore joué 

Ce vote ne vaut pourtant pas un feu vert définitif. L’association peut aujourd’hui faire appel à un droit d’initiative pour demander une concertation ou un recours gracieux pour s’opposer à la délibération du conseil métropolitain. Le Maire tient aussi à rappeler combien le projet n’est pour l’heure qu’à ses débuts. « Il y a encore plein d’étapes, des années de travail et de procédures et chacune peut être rédhibitoire. Ce sont les experts compétents et finalement l’État qui donnera son feu vert. Il y en a au moins pour 4 ans encore. »

Photo prise lors du conseil métropolitain du 24 juin 2022. Crédit Photo Association préservons le plataud le Lachaud Châteaugay.

De son côté aussi, Frédéric, sait que le travail de l’association ne fait que commencer. « Ce vote nous a permis d’être visible pour la première fois. Cette mobilisation a eu un impact. Il y a notre site internet, on essaye d’en faire une vraie base documentaire, on organise des réunions d’information, on a organisé une randonnée, etc. On essaye de mobiliser, d’informer les gens pour essayer de faire un contrepoids à l’absence de communication de la part de la Mairie qui est très peu causante. On a l’impression qu’elle essaye de tout faire en catimini. »

Pour Frédéric, l’autre problème de ce vote, c’est « un calendrier très bien choisi. « La délibération a eu lieu le 24 juin et derrière, on a deux mois pour faire valoir un droit de recours. Et comme par hasard, on tombe pile sur les vacances scolaires… On se sent pris au piège, ils essayent de nous prendre de cours. Heureusement que l’association est sur le dossier depuis longtemps. Heureusement qu’on a des arguments à faire valoir en faveur de la protection du plateau… On va rester vigilent, activer nos contacts, nos réseaux, des juristes pour essayer de comprendre quelles seront les prochaines étapes et pour le rien louper. »

Lettre ouverte à monsieur le Préfet

Mardi 12 juillet, une trentaine d’élus du conseil métropolitain ont adressé une lettre à monsieur le Préfet du Puy-de-Dôme. À travers cette lettre, ils demandent une concertation préalable au sujet de ce projet de carrière. Cette initiative portée par le parti d’EELV soulèvent plusieurs points comme la question du recyclage :« Au regard des enjeux énergétiques, climatiques et pédologiques, il nous semble essentiel d’inverser l’ordre des considérations et de commencer à penser atténuation, sobriété, réemploi et recyclage des matières avant d’ouvrir tout nouveau front d’extraction. » Ces derniers soulignent les objectifs du PRPGD (Plan régional de réduction, de prévention et de réduction des déchets) pour l’heure toujours non atteint.

Dans cette lettre, les élues rejoignent également les inquiétudes démocratiques portées par l’association. « Au regard […] de l’attention que nous apportons toutes et tous à la qualité du débat démocratique, il apparaît difficile de se satisfaire de ce qui a été jusqu’ici proposé, en termes de publicité, d’information et de concertation, en vue de ce projet de carrière. Le recours à une procédure accélérée, comme le simple fait de cantonner l’exercice du droit d’initiative pour la concertation à la période estivale, ne manquent pas de nous interroger. Voudrait-on se priver de tout débat public qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Ou du moins, est-ce ainsi que la chose est perçue, ce qui est pour le moins regrettable en un temps où la défiance vis-à-vis des institutions va grandissant dans notre pays. »

Une prise de position saluée par l’association. « On voit que les lignes bougent, que les gens se positionnent » s’est félicité Frédéric Sapet.

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