« L’eau doit aller en priorité aux populations locales ! »

Samedi 18 juin a eu lieu un festival écologiste au jardin Lecoq, organisé par La Doume, ANV et Alternatiba 63. Aux côtés des jeux, des ateliers et des nombreux stands, plusieurs discussions à propos de la crise climatique en cours.

L’anormale canicule de ce mois de juin pose un décor particulier alors que le festival Prenez Place aborde l’urgence d’agir face à la crise climatique. Le programme du festival a été décalé pour éviter les heures les plus chaudes. Des jeux sont aménagés à l’ombre des arbres et un brumisateur géant fait le bonheur des grands, quand les petits leur laissent la place. Le rythme du quotidien est ralenti par la lourdeur d’une météo qui incite à prendre le temps de naviguer dans le village alternatif.

Vers un nouveau monde avec la monnaie locale

« L’association de la Doume est toujours vivante malgré le Covid, bienvenue et merci d’être là ! » s’exclame Danielle Nadal, une des membres cofondatrices et porte-parole de l’association pour le Développement des Monnaies Locales dans le Puy-de-Dôme. Après deux années difficiles, la Doume peut à nouveau organiser son festival et fêter ses sept ans d’existence.

Des retrouvailles qui doivent autant à l’énergie de ses membres toujours autant investis, que de la pertinence toujours croissante de leur projet. « Les producteurs locaux sont maltraités par la grande distribution, la crise sanitaire et économique a été une difficulté de plus dans un contexte déjà compliqué. Nous avons besoin de recréer des filières locales, des liens de proximité entre les clients et les associations. Entre tous les acteurs qui essaient concrètement de faire naître un nouveau-monde » , poursuit-elle.

Et de nouveaux projets avec Soli’Doume

Un nouveau monde que l’association souhaite éthique, écologiste et solidaire. Leur vocation principale est de consolider l’actuelle monnaie locale afin de donner la possibilité à chaque personne de re-prendre la maîtrise de son argent pour re-devenir acteur de ses choix de vie et de consommation. A cette occasion, Danielle Nadal en profite pour présenter leur dernière idée actuellement en expérimentation : Soli’doume.

Le but est de mettre en place une sécurité sociale de l’alimentation dans le Puy-de-Dôme. Il s’agit d’un dispositif mutualiste basé sur la Doume qui donne vie à un écosystème économique alimentaire alternatif au système conventionnel tout en étant à la fois solidaire, éthique et durable. Pour la porte-parole de l’association, une des idées directrices est de pouvoir favoriser l’idée que « les plus riches devraient permettre aux moins riches de pouvoir aussi consommer des produits bio et locaux, qui sont plus chers, et non pas devoir se contenter des premiers prix et des mauvais produits des grandes surfaces ».

« On manque de nouvelles énergies »

Son discours d’ouverture est aussi l’occasion de rappeler que, malgré tous ces beaux projets, ils ne peuvent se réaliser sans bénévoles et, qu’en réalité, l’association est en manque de bras. « Les bénévoles de la première heure sont plus ou moins partis. Nous avons fait le choix de ne pas être dépendants des subventions, et l’on manque de nouvelles énergies pour mener ces projets à bien et les faire durer dans le temps ».

Le projet est surtout basé sur un lien de proximité à créer entre les clients et les producteurs, et sur le maintien d’un contact direct. C’est le travail bénévole permet de faire de ce travail de terrain auprès de nouveaux partenaires professionnels susceptibles d’être intéressés et adhérant à la charte de l’association.

Une fois le gâteau d’anniversaire partagé, et les cocktails frais (sans alcool) distribués, l’heure était aux échanges collectifs.

L’eau comme bien commun « aux services des populations locales »

« Malgré ce que l’on peut croire, et ce que l’on nous vend, il ne faut pas croire qu’en Auvergne, nous sommes le château de la France et que nous n’avons pas de problèmes de réserves d’eau et d’approvisionnements, c’est faux », explique un des membres du collectif Eau Bien Commun 63, en posant le décor de la discussion.

Ce collectif, qui regroupe un grand nombre d’associations environnementales locales, a pour objectif de faire entendre leurs voix dans le cadre de la révision de l’accord-cadre sécheresse voulue pour la Préfecture. La finalité est claire pour l’ensemble des membres présents : l’eau doit être pour toutes et tous, en priorité pour les citoyens, et non pas à l’industrie et l’agro-industrie.

Un combat juridique en cours

Face à un arrêté préfectoral qui n’allait pas, selon eux, dans ce sens, le collectif a fait recours devant le Tribunal Administratif. Au banc des sociétés visées : Volvic-Danone et Limagrain. Dans son communiqué de presse de février 2021, le collectif dénonçait déjà un arrêté-cadre qui privilégie les industries utilisant de grandes quantités d’eau pour fabriquer des produits destinés à l’exportation.

Le collectif parle « d’exportation détournée d’eau, d’un système agro-industriel qui ne cherche pas à nourrir localement les populations, mais à faire de l’argent sur les productions agricoles s’accaparant toutes les ressources naturelles, dont l’eau ».

Mais le combat s’avère compliqué et coûteux. « C’est une bataille d’experts, une bataille judiciaire. On ne peut pas vraiment espérer que Volvic soit mis en cause, mais on essaie de faire exister et advenir une autre conception de la gestion de l’eau qui soit démocratique et dans l’intérêt de tous les citoyens, et non pas pour les profits de quelques-uns », raconte Laurent Campos-Huguenay, membre de la Confédération Paysanne.

La situation est grave et, entre les barrages en difficulté, les centrales nucléaires à l’arrêt et des sols en mauvais état à cause de l’agriculture conventionnelle, les exemples alarmants ne manquent pas.

Le collectif annonce un financement participatif qui sera mis en place à la rentrée pour payer les recours en justice et insiste sur l’information et la formation citoyenne, indispensables à l’action collective : se renseigner et s’informer sur les projets problématiques, dénoncer ces absurdités et peser sur leurs élaborations.

Pour en savoir plus sur les actions du collectif Eau Bien Commun 63, voir la pétition actuellement en ligne.

« C’est surtout une question de classes sociales ! »

Plusieurs anciennes élues présentes à la discussion racontent les réalités de leurs engagements visant à la préservation du vivant, et surtout leur difficulté à se faire entendre au sein des institutions en question : « Nous sommes toujours en minorité, sans pouvoir agir concrètement en ce sens, c’est de la poudre aux yeux, nous sommes face à un système qui nous broie et neutralise nos revendications », explique l’une d’elles.

« Ce qui est sûr, c’est qu’il faut remettre en question cette focalisation sur les bons gestes citoyens qui, eux, ne remettent pas en question le système économique et industriel. On nous fait culpabiliser pour mieux évacuer les responsables politiques et économiques », affirme, radicale, une des participantes.

Et une autre de renchérir : « On a bon dos, nous les petits, mais c’est surtout une question de classes sociales ! Qui prend le plus l’avion ? A les plus grosses voitures ? Consomme le plus ? On est pas responsables de tout, ce sont les riches qui polluent et consomment le plus ! ».

« On pourrait aussi aller éteindre les systèmes d’arrosages massifs qui tournent toute la journée en plein soleil pour l’agro-industrie ? Ce n’est pas compliqué, il suffit de se balader avec une clef à molette », lance à la suite, espiègle, une des participantes.

La journée se prolonge en musique autour d’un délicieux repas collectif, entre échanges informels, nouvelles rencontres, création de liens et plans sur la comète.

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