SOS Homophobie est une association militant pour les droits des personnes LGBT+ depuis 1994. Elle intervient notamment dans les écoles ou les entreprises dans des campagnes de sensibilisation. Elle tient également une ligne d’écoute pour accueillir et accompagner les victimes de violences LGBTIphobe. C’est grâce à cette ligne d’écoute que l’association publie un rapport tous les ans depuis 1997. Ce dernier recense et analyse les témoignages parvenus à SOS Homophobie.
Ce 17 mai, à l’occasion de la journée de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, SOS Homophobie a publié son rapport 2025. La délégation d’Auvergne le présente au Gisèle Hamini. « On est très loin d’être exhaustif, il existe beaucoup plus de faits de violences en France. Mais faire ces rapports chaque année nous permet tout de même d’analyser l’évolution des LGBTIphobie.” Explique Solenn Nivet, co-délégué de la délégation d’Auvergne. Ainsi, SOS homophobie recense 1624 cas de LGBTIphobie cette année, soit 266 cas de moins que l’année dernière. La co-déléguée explique cette baisse : « Nous avons récolté moins de témoignages sur les réseaux sociaux car nous y étions moins présents. D’un autre côté, la prise de parole s’est beaucoup libérée et beaucoup ne passent plus forcément par nous. »
Dans ces 1624 cas, on retrouve notamment 55% de gayphobie, 23% de transphobie, 12% de lesbophobie, 2% de biphobie et 1% d’intersexphobie. Ces LGBTIphobie comprennent 35% d’insultes, 16% de harcèlement, 15% de menaces, 11% d’agressions physiques (dont 3% de meurtres), 11% de discriminations et 10% de sexualisation. (l’intégralité du rapport est disponible sur le site de SOS Homophobie). Le rapport ne donne pas que des chiffres, mais aussi des témoignages marquants : « Adam a 13 ans. Au collège, il est harcelé par un de ses camarades de classe : des insultes homophobes constantes sont proférées, y compris devant l’équipe pédagogique ou éducative, et depuis peu accompagnées de violences physiques. »
À Clermont-Ferrand, les LGBTphobies provenaient souvent du voisinage. « Juste en août, par exemple, on avait reçu 3 appels de cette nature ! » Raconte Baptiste, co-délégué de la délégation Auvergne. Ces actes peuvent aller très loin : « Dans le Nord, Philippe en situation de handicap et de précarité est à bout : ses voisins ont incendié son véhicule et son logement, l’ont insulté et frappé » Peut-on lire dans le rapport.
Une année particulièrement transphobe
Cette année, plusieurs événements ont provoqué des vagues de haine LGBTIphobe, particulièrement en politique. SOS Homophobie prend notamment en exemple la loi au Sénat sur les transitions des mineurs, les appels à « casser du pédé » après la dissolution, l’élection de Trump et son discours transphobe, la publication du livre « Transmania », ou la récente loi britannique définissant ce que doit-être une femme. “La transphobie est même devenu un marqueur politique. C’est la nouvelle panique morale, qui a pris la place de l’homophobie.” Estime Solenn Nivet.
Les Jeux olympiques ont aussi provoqué une vague de haine envers la communauté LGBT+. D’abord avec la cérémonie d’ouverture des JO « pleine d’inclusivité », selon Solenn Nivet, mais qui a pourtant provoqué un tollé auprès des conservateurs. Mais surtout, la boxeuse algérienne Imane Khelif a subi énormément de transphobie, tout en n’étant qu’intersexe.
Première injonction de l’intersexophobie
Une personne intersexe est une personne qui présente des caractéristiques sexuelles (génitales, gonadiques ou chromosiques) ne correspondant pas aux définitions binaires typiquement mâle ou femelle, que ces caractéristiques soient visibles à la naissance ou apparaissent plus tard au cours de la vie. (Déf SOS Homophobie) « On a trop souvent invisibilisé les personnes intersexes, on en parle pour la première fois dans ce rapport. » Explique Solenn Nivet. Le drapeau intersexe est aussi mis en avant par l’affiche de la pride du 24 mai.

Mais même des personnes cis peuvent subir de la transphobie, lorsqu’elles ne correspondent pas aux critères binaires de l’image que l’on se fait d’un homme ou d’une femme. Le rapport en donne la preuve en écrivant ce témoignage : « Sherine est une femme cis lesbienne au style vestimentaire que l’on pourrait qualifier de « masculin ». Elle nous indique qu’on la prend souvent pour un homme, voire un homme gay. Elle subit régulièrement des insultes homophobes et transphobes. » Ainsi, en s’attaquant aux droits des personnes trans, c’est à toute la population que l’on s’attaque.
Revendications
“Ce rapport est un objet politique, il présente aussi des revendications.” Déclare Baptiste.
SOS Homophobie réclame ainsi
- Déjudiciariser la procédure de changement de la mention du sexe à l’état civil,
- Supprimer la mention du sexe sur les documents d’identités.
- Mettre fin aux mutilations génitales des enfants né.es intersexes.
- Soutenir l’accès à la PMA pour tous.tes, sans considération de l’identité de genre.
- Simplifier les démarches que les mineur.es trans souhaitent entreprendre et les accompagner dans leur parcours, quel qu’il soit.
- Soutenir et garantir les droits et l’intégrité des personnes trans et intersexes.
- Supprimer la liste des pays sûrs de l’OFPRA et généraliser la possibilité de présenter une demande d’asile pour les personnes LGBTI.
- Lutter pour la dépénalisation mondiale de l’homosexualité.
- Renforcer l’aide au développement pour les associations féministes, LGBTI et/ou luttant contre la propagation du VIH.
Solenn Nivet n’oublie pas de préciser que les luttes sont intersectionnelles. « Nous nous battons aussi pour les personnes LGBTI racisées, ou en situation de handicap. Iels sont d’autant plus victimes de discriminations. »