Je dois parler de plaisir. Je rentre d’un reportage qui m’a agacée, et voilà que Gwendie me demande de parler du plaisir.
je vis pour lui, pour le plaisir. Celui de l’amour et du sexe, celui d’un carré de chocolat, celui de la danse ou de la course, celui de retrouver mes amis, celui d’être proche de mes enfants.
Depuis ce matin, j’ai pris du plaisir, ma peau contre celle de celui que j’aime, quand le réveil a sonné. J’ai pris du plaisir sous ma douche, et en dégustant mon yaourt au citron. j’ai adoré monter dans ma voiture à 6H30, avec un petit vent frais et conduire en écoutant France Inter. Personne sur la route. Quel plaisir! J’ai adoré aller sauver une truite dans une rivière asséchée avec un maraîcher écolo. La regarder nager à nouveau, dans le cours d’eau un peu plus haut. J’ai adoré pouvoir écrire un papier là-dessus. Quel plaisir que d’être journaliste qui choisit ses sujets.
Mais crois-tu que chaque humain a du plaisir? Qu’en pensent les enfants levés tôt pour aller travailler, dans des situations insoutenables? Penses-tu qu’une mouche sur leur chemin, un joli caillou, un drôle de nuage suffisent à leur procurer du plaisir?
Penses-tu que la maman syrienne qui a perdu un enfant à la guerre retrouvera un jour le plaisir d’exister, même sans lui?
Et que dis-tu des migrants camouflés sous les camions, repoussés à chaque fois à la frontière? Penses-tu qu’ils peuvent rire encore?
Crois-tu que le plaisir est intrinsèquement lié au bonheur? Peut-on prendre du plaisir dans des moments douloureux? Le plaisir est-il un instinct de survie pour les périodes insurmontables? Peut-on vivre sans plaisir?
Peut-on ressentir du plaisir sans aimer? Jouir avec un inconnu? Jusqu’à quand est-on l’inconnu de l’autre?
Le plaisir se lit-il sur nos visages? peut-on le camoufler? Une hormone se consacre jour et nuit à notre plaisir? Et si on nous en greffait une multitude? Si on naît sans?
Le plaisir est-il une drogue? la drogue est-elle un plaisir?
Peut-on réellement mourir de plaisir?
le travail peut-il être source de plaisir? Et l’argent?
Peut-on graduer le plaisir? et dire » j’ai joui un petit peu? » ou jouit-on en entier?
Peut-on ressentir du plaisir à blesser quelqu’un?
Peut-on faire semblant?
Tu sais Gwendie, ce qui me fait plaisir? C’est de pouvoir échanger avec toi, alors que je ne te connais pas…C’est simple…
Et ça me fait plaisir d’attendre ta réponse et ton dessin…
Bref, en conclusion, je trouve la vie injuste, infâme, cruelle mais dans chacun de ses recoins se cachent des petits plaisirs qui nous rendent accro à l’existence…Et puisque la nihiliste que je suis dit souvent que la vie ne sert à rien si ce n’est de mourir un jour, je peux rajouter qu’elle permet de jouir des milliards de fois et dans des millions d’occasions…Le pied!
Réponse de notre inconnue:
Coucou Éloïse ! J’ai mis du temps à te répondre, c’est que la vie parfois elle s’accélère, entre les voisins désagréables, le travail qui happe, le jardin, les bouffes avec les copains, la vie quoi… tu étais agacée alors ! Moi aussi ça m’arrive souvent et je me rends compte ces derniers temps de quelque chose.
De l’agacement parfois naissent les plus belle réponses ! De la vient le plaisir d’oeuvrer pour quelque chose qui nous semble juste. De faire avec les autres. C’est ce que j’ai aimé chez MEDIACOOP, c’est aussi je crois ce que je commence à apprécier de toi Eloïse. C’est peut être ce qui sans qu’on le sache, nous a amenées à nous écrire. Mais là, pas de cause à défendre, juste le plaisir de la rencontre et de la découverte.
Je crois vraiment, que ce qui nous fait exister c’est l’autre, c’est ce lien fragile qui se tisse entre. Je pense que le plaisir réside dans l’exploration de cet autre, de cet ailleurs, aussi infime soit il.
C’est ce qui m’a fait aimer les arts plastiques, l’accordéon, le théâtre, l’accompagnement social.
Une existence sans plaisir, c’est comme un mojito sans menthe, ça peut exister, mais c’est affreux. Tu imagines ?!
Le plaisir est une histoire d’instant, quelque chose de fugace, qui laisse des traces, le plaisir c’est aussi le souvenir… On court toujours après la menthe dans le mojito.
Cet homme qui erre, fuyant ce qu’il a à fuir, à la recherche d’un « mieux », ricochant parfois sur la mer, d’autres fois ce noyant dans ces bras… Il n’a rien d’autre à vivre que le maintenant et l’espérance. S’il veut exister, il faudra le regard de l’autre. Alors le plaisir, va peut être naître d’un regard bienveillant qu’ils vont croiser, d’une couverture autour de ses épaules, d’une parole qui soulage, d’un « Bonjour »… Pour ce qu’il s’agit de la joie, que j’associe au plaisir, je crois qu’il suffit d’un imprévu ; d’un décalage, de poésie… Pour que les yeux s’habillent de lumière, que les visages s’ouvrent, que les masques tombent, que l’on retrouve le plaisir d’être.
Sont-ils à la recherche d’un bonheur ces naufragés et ces rescapés ? Peut-être seulement de pouvoir être. Plaisir et bonheur… non je ne crois pas.
D’ailleurs, il fait chier le bonheur, ce connard d’absolu qui nous embrouille ! Le plaisir d’être vivant peut-être et la jouissance de la vie plutôt. Qui nous apporte son lot de questions et douleurs… Nihiliste ou Epicurien ? Pff j’en sais foutrement rien… Tout ce que je sais, c’est que j’aurais aimé vivre avant la seconde guerre mondiale dans une roulotte…
Puis on a toujours un caillou dans la chaussure de toute façon, sinon, ben on ne connaîtrait même pas le plaisir de l’enlever… Alors oui, je pense que la douleur est liée au plaisir et même au désir.
A la présence
A l’absence
A la fragilité
Empêchant l’immuable, elle enracine, elle cherche…
Parfois elle permet de trouver le plaisir d’après. D’accepter d’avoir besoin de l’autre, de l’ailleurs.
Une pulsion en dehors de soi.
A son paroxysme, la jouissance comme une petite mort… on reste des inconnus dans cet instant. Les visages en face à face, les corps et les yeux transpirants, débordants d’hormones. Hormones auquelles ont voudrait se greffer. Pour donner naissance au fruit d’une fugacité, qui lui restera.
-OU-
Pour un tas d’autres instants, encore et encore. L’oubli de soi comme drogue.
La drogue comme oubli de soi. Un plaisir fugace, un artifice, un exutoire… Un instant sans hier. Et Parfois sans demain, jamais.
Transcender l’existence, tu crois qu’on peut ? …
Il y en a qui font de leur vie cet exutoire. Le plaisir au travail, travailler le plaisir… Un luxe de la liberté qu’on s’impose.
Ou pas.
L’argent comme appât. Enfermé, le plaisir, dans des logiques d’indicateurs d’évaluation objectivement vérifiables… Objectivé le plaisir ?!
Mais non jouir JOUUUUUIIIRRR ou jouir tout bas… Chacun à soi.
On peut faire semblant pour l’autre mais pas pour soi.Ce qui est chouette dans le plaisir c’est qu’il ne nous trompe pas.
Moi aussi Eloïse, ça me fais plaisir « ça », cet échange, cet instantané, ces découvertes qui laissent trace. Cet inconnu qui se révèle, cet échange sans but que lui même.
Oui c’est simple. Et ça fait PUTAIN DE PLAISIR !
Sujet 3 : L’agacement.