Ils sont plusieurs à prendre contact, hésitants. « On a peur de parler. » « On a peur des représailles, mais on n’en peut plus, il faut que cela cesse. » Eux, ce sont des salariés du Foyer Accueil Médicalisé de Chignat, géré par l’ADAPEI 63.
Ils reprennent leur souffle. Ne savent pas par où commencer. « Nous avons un résident extrêmement difficile. Il est d’une violences inouïe, et ingérable dans une structure comme la nôtre. » Le résident en question a l’habitude de mordre à sang, les salariés et autres résidents. « On a parmi nos accueilli.e.s, une jeune femme de 35 kilos. Il l’a mordue plus de 15 fois. Et les morsures sont vraiment profondes. »

Plusieurs alertes ont donc été faites à la direction, par les professionnels qui ont peur de lui. « Nous sommes éducateurs, Aide-soignantes, Aide Medico-Psychologique, on nous demande d’être psychiatre! »
23 agressions en un mois
Une éducatrice a passé le week-end, seule, avec 7 résidents dont cet homme ultra-violent. « Il a fait une crise et mordu 2 résidents. » Malgré les alertes, la direction a refusé de l’hospitaliser. « On a comptabilisé 23 agressions (coups, morsures, griffures), le mois dernier. »
Un des protocoles recommandés est de rester avec lui, seul dans le hall. « Mais, nous avons peur, seuls avec lui. » D’ailleurs, une des salariés à eu une déchirure du pouce en voulant le calmer. « Nous subissons des accidents du travail et beaucoup se mettent en arrêt maladie. »
Dernièrement, une psychologue a été mise en place pour superviser l’établissement afin de préparer une certification CAP Handéo. « Pour la belle image de l’établissement. » et en même temps, la seule réponse que la direction donne aux salariés concernant le résident violent : « On nous a demandé de répondre à toutes ses demandes et ne surtout pas le frustrer. »
Un paquet de pain de mie et 60 sachets de mayonnaise en quelques minutes
Ainsi, les salariés ont par exemple dû se plier à donner un paquet de pain de mie entier et 60 petits sachets de mayonnaise au résident en question. « En plus, c’est un homme qui a des problèmes gastriques. On lui fait plus de mal qu’autre chose. »
L’équipe déplore que les protocoles soient mis en place sans la concertation des salariées en amont.
L’ARS a été mis au courant de cette situation, le 12 mai dernier, mais n’a toujours pas réagi.
Une direction qui n’écoute pas les équipes.
« Nous sommes confrontés à un trop plein de hiérarchies. La directrice du bâtiment n’est venue sur site que 3 fois en 2 ans. Elle ne connaît ni les groupes ni les résidents. » Déplore une AMP.
Dernièrement, le résident agressif a fait une ultime crise, mettant en danger résidents et salariés. « Les pompiers et les gendarmes sont venus sur place, et ont déploré les dégâts. »

Aujourd’hui, l’homme est interné, sous contention en hôpital psychiatrique. « C’est triste pour lui, si on avait réagi avant, il ne subirait pas tout ça, et on aurait évité des résidents frappés et des soignants blessés. »
Selon les salariés, pourtant, ces informations préoccupantes étaient remontées à chaque réunion. Certains ont même envoyé des mails.
« On se demande pourquoi ils ont refusé l’hospitalisation avant. C’est une question de rentabilité ? »
Pour les équipes, tout le monde était au courant, mais personne ne faisait rien.

« Nous avons 24 résidents plus 3 externes, réparties dans 3 foyers. » Explique une salariée. « Nous avons beaucoup de turn-over, et donc recours à des intérimaires. Eux osent plus parler, car ils n’ont pas de boulot à perdre. Nous, on aime notre travail, on refuse le climat violent et maltraitant dans lequel on l’exerce. » Poursuit-elle.
Des familles pas informées
Les familles non plus n’étaient pas au courant : « La sœur du résident violent n’était pas au courant du protocole mis en place pour éviter la frustration. »
En réunion, dernièrement, le cas de la jeune fille mordue à plusieurs reprises a été de nouveau mis sur le tapis : « Il était nécessaire de la protéger. Elle ne peut pas se défendre seule. » La directrice a simplement exprimé à une salariée qu’il fallait s’en remettre. « Comme si on se fichait de ce que cette jeune fille a vécu et qu’il fallait avancer. Sauf qu’elle a été vraiment brutalisée. »
Dans ce foyer, salariés et résidents sont mis en danger. « Et nous n’avons aucun soutien de la direction : Mais on ne pourra pas continuer à travailler dans de telles conditions. »
1 réflexion sur “« Ce résident a terrorisé tout le monde sans que la direction ne protège personne. »”
C’est du ressort de la psychiatrie : il faut arrêter de mettre des incompétents à la gouvernance de ces institutions. Il est d’une extrême urgence que les personnels se forment aux gestes de contention physique et que des médicaments soient donnés à bon escient et par des médecins. Le problème est que la psychiatrie ne veut plus s’occuper des personnalités limites ; ce n’est pas seulement le nombre de lits qui a diminué. Le point noir c’est la démence folle et violente qui ne trouve plus son lieu de vie sauf à l’ADAPEI mais ce n’est pas du tout sa mission.