Publié le 23 mai,
Hier matin, manifestation pour la défense du service public dans toute la France. A Clermont-Ferrand, il y avait 3 000 participants et de nombreux secteurs différents représentés. Dans la masse, un cortège de blouses rouges et masques blancs attire notre attention. Les psychologues de l’éducation nationale nous expliquent pourquoi, eux aussi ont rejoint la lutte. Focus sur un métier peu connu qui se bat pour sa survie.
Selon les organisateurs, environ 3 000 personnes se sont joint à l’appel national des 8 fédérations syndicales de la fonction publique. L’objet de la manifestation : la défense du service public, de ses agents et de leur statut. Dans le cortège, un arc-en-ciel de couleurs de drapeaux différents. Policiers, pompiers, personnel hospitalier, énergie, … Beaucoup de domaines sont présents avec une volonté commune : manifester leur opposition à toute forme de privatisation du service public.
Au milieu de la foule, il y a un cortège rouge, principalement de femmes.

« Le masque c’est pour symboliser l’anonymat. Les capes, pour le sang parce qu’on nous tue. Mais aussi pour le combat et le peps de la bataille. », nous explique une participante. Elle est psychologue de l’éducation nationale et craint pour son avenir professionnel.
Qui sont-ils ? Ces psychologues procurent une aide aux élèves dans l’élaboration de leur projet scolaire et professionnel. Ils organisent également un suivi et une prévention des difficultés scolaires et travaillent à mettre en œuvre des conditions favorisant l’équilibre psychologique des adolescents. Odile Sabrier, psychologue de l’éducation nationale dans l’Allier, précise l’étendue de leurs missions : « On réalise aussi par exemple des bilans de connaissances en français pour les jeunes migrants pour savoir quelle classe ils pourront intégrer et s’ils auront besoin de cours de français supplémentaire ou non. » Ils agissent à l’intérieur des structures scolaires, mais aussi dans des bureaux extérieurs appelés CIO : Centre d’Information de l’Orientation, où des services de permanences sont organisés.
Michelle Raufast, Odile Sabrier et Katia Bonnemoy.
Dernièrement, le Ministère de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé des modifications dans leur organisation de nature à impacter la qualité de leur travail. En particulier, le projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », déposé le 27 avril dernier et pour lequel, le gouvernement a engagé une procédure accélérée.
Première mesure prévue par le ministère, le transfert de la mission d’information aux régions. « L’Onisep –Office national d’information sur les enseignements et les professions- nous fournit toute la documentation. Les informations sur les métiers, les brochures gratuites pour les élèves et les parents, etc. », explique Katia Bonnemoy, représentante syndicale. Avec le passage à une tutelle régionale, le risque exprimé par les psychologues de l’éducation nationale, est la diffusion d’une information plus locale, accès principalement sur les besoins liés aux orientations politiques de la région en matière de formations professionnelles et d’emplois. Katia Bonnemoy : « Ce qui fait notre particularité, c’est justement une information impartiale et nationale, qui soit la même pour tous. » Cette approche régionale pourrait donc constituer un frein à la mobilité des élèves.
Seconde mesure annoncée mais non consignée dans la loi pour le moment, la fermeture de tous les CIO de France d’ici 2 à 3 ans. « Cette suppression n’était pas prévue dans la nouvelle loi. Ça a été une annonce brutale. » explique Katia Bonnemoy.
Michelle Raufast, secrétaire générale du sgen-cfdt, nous explique la nécessité de ces centres : « Pour certaines familles, par exemple dans les milieux ruraux, les CIO restent un lieu de proximité unique. Le seul lieu concret qui existe dans leur territoire pour leur fournir ce genre de services. » Grâce à une mobilisation importante, cette première annonce a été reformulée et le projet est maintenant de maintenir un CIO par département. À titre de comparaison, il y a actuellement 4 CIO dans le Puy-de-Dôme et 3 dans l’Allier et la Haute-Loire. En termes de personnes, cela équivaut à 1 psychologue pour 1 500 élèves répartis entre 3 et 4 établissements. La fermeture ou la diminution du nombre de CIO aurait des conséquences négatives dans la qualité du service public d’orientation. Par exemple, les plages horaires et les publics qui y ont accès diminueraient : « Les psychologues ne seraient plus présents que dans les écoles, cela signifie que pendant les vacances scolaires ou le mercredi après-midi par exemple, il n’y aura plus rien. Donc, on sera moins disponible. » explique Katia Bonnemoy.
En 2003 et 2013 des projets de nature similaire avaient été initiés mais avortés après une forte mobilisation. Odile Sabrier témoigne d’une évolution dans l’élaboration des réformes : « Ça va plus vite et il n’y a pas de vraie discussion. On découvre tout très tard, en cours de route. C’est d’autant plus dur de construire la contestation quand on reçoit les détails au jour le jour. Il faut être sans arrêt aux aguets pour voir les nouvelles informations qui sortent. ». Michelle Raufast parle quant à elle d’un projet construit au compte de goutte, sans réelle réflexion sur la mise en place et les conséquences des nouvelles mesures envisagées : « Le ministère fait du rétropédalage ! C’est du bricolage, au fur et à mesure des réactions de la société civile, il change son discours. » Enfin, Katia Bonnemoy confirme cette évolution et cette sensation partagée d’un faux dialogue social : « Les syndicats ont été reçus individuellement par le ministère… On a l’impression que ça a été décidé « là-haut », sans concertation. »
Pour le syndicat SNES-FSU, ce combat entre dans le cadre plus global de l’attaque des services publics, c’est pourquoi, ce matin ils étaient plus d’une quarantaine à manifester au milieu des autres. D’autres, qui ont des problématiques concrètes différentes, mais avec qui ils partagent cette même volonté de maintenir un service public de qualité accessible à tous.
« Si on laisse une chaise vide, elle va être prise… Certains se tourneront vers des conseils et coachings privés chères et souvent en ligne. C’est la porte ouverte à un service d’orientation privé. » conclue Katia Bonnemoy.
Gwendoline Rovai