Depuis le 10 octobre, le personnel du service pédiatrie du CHU Estaing, à Clermont-Ferrand, a rejoint la longue liste des grévistes de l’hôpital public. En cause : la suppression d’un poste d’agent de service hospitalier (ASH), qui entraîne des difficultés dans la prise en charge des patients.
Une petite étiquette sur une blouse, c’est le seul détail qu’auront pu remarquer certains patients du pôle pédiatrie du CHU Estaing, ces deux dernières semaines. Un bout de papier lourd de sens : il indique que le personnel, ici, est en grève. « Il n’y a qu’une seule revendication : une ASH par service, le matin et le soir », rappelle Marie-Anne Barlot, représentante syndicale Sud-santé-sociaux.
Depuis juillet, les quatre services que compte le pôle pédiatrie s’en partagent trois les mercredi, samedi et dimanche soirs. Une décision malheureuse pour le personnel de l’hôpital déjà surmené, et qui se répercute sur l’ensemble des salariés. « Les ASH sont essentielles à la prise en charge des patients, on ne peut pas s’en passer », insiste la syndicaliste. « Ce sont elles qui assurent le bionettoyage pour éviter les infections, qui courent sur des kilomètres de couloirs pour aller chercher le sang ou les médicaments en urgence… » Une décision d’autant plus incompréhensible que les économies sont moindres, les ASH comptant parmi les salariés les moins rémunérés de l’hôpital. Depuis la suppression de poste, les services touchés se démènent comme ils peuvent pour compenser l’absence et absorber la charge de travail supplémentaire. « Tout le monde est touché, jusqu’à l’infirmière ou au pédiatre qui se retrouvent seuls avec le patient. » L’inquiétude grandit d’autant plus que la période hivernale approche, et avec elle son lot d’infections et de maladies contagieuses qui nécessitent l’ouverture de lits temporaires. « Chaque hiver, on embauche des contractuels en renfort. Mais ça ne correspond pas aux besoins pour la prise en charge des patients : c’est un métier qui nécessite une formation, ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire correctement en étant embauché dans l’urgence et déplacé de service en service tous les jours. »
« On a mis l’argent au cœur de l’institution »
Face au refus de la direction de l’hôpital de revenir sur cette suppression de poste, c’est donc une grève reconductible qu’a choisi le personnel pour se faire entendre. Et la mobilisation est massive : la totalité des titulaires y participe, et la pétition de soutien dépasse le millier de signatures. Pour autant, les problèmes sont plus profond, d’après le syndicat. « Il y a des décisions de la direction qu’on ne comprend pas, mais il y a surtout une volonté politique du gouvernement de casser l’hôpital public. » Pour Marie-Anne Barlot, les déclarations d’Agnès Buzyn, ministre de la santé, sont remplies de contre-vérités. « On nous a dit qu’il n’y aurait pas de suppressions de postes dans les hôpitaux, c’était faux. On nous dit que les lits fermés en hospitalisation complète sont déplacés pour l’hôpital de jour, mais on voit bien qu’il n’y a pas d’équilibre ; et puis ce ne sont pas les mêmes pathologies qui nécessitent une hospitalisation complète ou de jour… » Des réformes qui traduisent un changement de philosophie radical, initié par la tarification à l’acte. « C’est simple : on a mis l’argent au cœur de l’institution, là où ce devrait être le patient. » Un décalage qui crée du mal-être aussi chez les soignants, et pose des problèmes de plus en plus nombreux. En réponse, les grèves se multiplient : « l’accueil des urgences est toujours en grève, mais il y a aussi les infirmiers, le SAMU, le service des maladies infectieuses et tropicales… Sans parler de tous les services qui ne sont pas encore en grève mais où la cocotte minute ne va pas tarder à exploser. » La colère n’est donc pas prête de retomber, dans les hôpitaux publics, et les médecins pédiatres ont déclaré leur soutien à la grève pour le poste d’ASH. « En tous cas, on sait pourquoi on se bat », résume la syndicaliste. « Tout ce qu’on demande, c’est de pouvoir assurer la meilleure prise en charge possible pour les patients. »
Image : photographie d’archives
