Rosa a le sourire de celles qui ont tout vécu. Etudiante en 2008/2009 en master ingénieure en environnement, à l’université de Poitiers, la jeune femme décide de se rendre en Syrie pour faire son stage. A cette époque, elle prend conscience du changement climatique, en voyant des milliers de personnes venant se réfugier à Damas. « Les agriculteurs ont subi une vague de sécheresse, les champs de blé et de coton n’étaient plus irrigués. Les gens venaient à la ville chercher du travail. » Explique la jeune femme qui s’inquiète de voir tant de gens à la rue.
La révolution de 2011 aurait-elle existé sans cet exode ?
« 2 ans plus tard, la révolution a saisi le pays. Il faut différents éléments pour la déclencher, mais j’ai compris aussi que cet appauvrissement des agriculteurs a été l’un d’entre eux. » Rosa ne renie pas l’instabilité politique, la dictature, mais le peuple se soulève en 2011 car selon elle, « les défis climatiques ont accéléré la colère. »
Rosa va vivre 4 ans de guerre. « Cette période fut très choquante mais elle m’a donné de la force. » Son père, faute de soins adaptés, meurt en Syrie, en 2014. En 2015, elle revient en France, avec sa mère et son frère. « Il fallait tout reprendre à zéro, j’ai fait un deuxième master à Paris. » Ainsi, elle devient consultante en risques environnementaux et catastrophes naturelles. »

Mais, dans sa tête, l’idée fait son bonhomme de chemin. Elle comprend que la justice sociale ne peut exister sans justice climatique. A Lyon, elle crée alors l’association Grains Green avec plusieurs personnes sensibilisées au sujet, comme des agronomes, ingénieurs ou membres d’ONG. Nous sommes en 2022. « Je comprends que l’essentiel à mettre en place dans les pays du Sud, c’est l’agriculture d’urgence. »
Création de Grains Green
Ainsi, Rosa retourne en Syrie où se pose cette question : « Après la guerre, comment reconstruire un pays et donc des projets climatiques ? » Car le constat est alarmant : on manque de tout en Syrie : d’électricité, d’énergie, d’eau, ne serait-ce que pour l’arrosage. « On manque aussi de financement, aucun projet d’investissement n’est prévu en terme écologique. »
L’eau manque cruellement en Syrie
Rosa l’affirme, le goût des aliments a changé. « Désormais, les paysans utilisent des semences modifiées, industrielles. » Les industries américaines et européennes exportent leurs semences modifiées dans les pays du Sud. « Cela impacte la souveraineté du pays. Sans semences locales, les agriculteurs sont dépendants et cela leur revient trop cher. » En Syrie, la banque de semences à Alep a été bombardée dès le début du conflit, et ensuite la guerre n’a pas permis aux travailleurs de gérer la semence locale.
« Et la justice climatique c’est défendre les plus vulnérables face aux défis climatiques. Même en France, les agriculteurs sont les premières victimes. »
Une agriculture en péril
Mais en Syrie, l’urgence est indéniable : l’agriculture représente 60 % de l’économie du pays.

Les semences ne sont pas le seul problème qui empêche une agriculture sereine en Syrie. « Le pays est traversé par deux fleuves : le Tigre et l’Euphrate, qui tous les deux prennent leur source en Turquie. « Nous n’avons pas le contrôle de l’eau. Au moindre conflit avec la Turquie, nous en sommes privés. »
Plus de semences locales
De plus, Israël a pris le territoire de Golan en 1967, la zone de Syrie qui contient le plus d’eau. « J’étais hébergée en banlieue de Damas, et nous n’avons accès à l’eau qu’une seule fois par semaine. Le reste du temps, il faut acheter des bonbonnes d’eau qui a besoin d’être filtrée car contient trop de calcium. Cela revient cher pour une famille. L’eau est une denrée rare, en Syrie. »
Ainsi, Rosa et son association développent des projets en Irak et en Syrie. « Cette année, on se concentre sur la Syrie qui nous semble être l’urgence. » L’association a décidé d’accompagner le pays dans la mise en place des semences locales, mais aussi de composts organiques. « Travailler à l’ancienne avec de nouvelles technologies sur l’eau notamment. » Résume Rosa. Tout ça en collaborant avec des ingénieurs locaux.
Besoin de technologies adaptées
Car, pour Rosa, si le dérèglement climatique touche tous les pays, certains sont plus impactés. « L’exemple des feux de forêt est parlant. En France, en une semaine, on arrive à bout des incendies quand il faut 3 semaines en Syrie. Cela provoque donc plus de dégâts. » Et selon, l’ingénieure, quand on a des moyens nécessaires, on peut mettre en place plus de processus pour ralentir le dérèglement, comme la plantation d’arbres pour réduire la température en ville.

Mais, a contrario, les pays développés sont ceux qui polluent le plus. La Syrie ne compte qu’une dizaine d’industries polluantes. Et les gens se déplacent en bus, toutes les familles n’ayant pas les moyens d’avoir une voiture. « Et on consommes moins en Syrie, donc on produit moins de déchets, même si dans les pays du Sud, la gestio ndes déchets est une catastrophe. »
Des pays moins polluants que les pays riches
Pour Rosa, la solution, d’ailleurs, ne peut pas venir que des ONG ou associations : « Si la politique du pays ne va pas dans le sens écologique, on ne pourra pas changer le monde. Et certains pays font face à la corruption : il existe parfois des difficultés dans la gestion transparente des financements destinés à l’environnement. »

Ainsi, l’association Grains Green organise le 27 février 2026 de 13h à 18H à la mairie du 1er arrondissement de Lyon, un premier cycle de conférences avec des experts, des ONG, des élus spécialisés dans la solidarité internationale afin de réfléchir aux solutions à proposer aux pays du Sud.
Un festival international pour alerter et réfléchir
Une campagne de dons a d’ailleurs été mise en place ICI.
Le forum international sera ouvert à toutes et tous.
2 réflexions sur “« En Syrie, on ne pourra avoir de justice sociale sans justice climatique. »”
Bonjour,c’est une initiative qui est très importante et deviendra de plus en plus nécessaire aussi dans le futur.Tout est lié,politique,climat ,droit international bafoué,le changement climatique qui provoque des guerres de climats ,des guerres et des révoltes sous des régimes autoritaires,engendrant la misère et la révolte.
Merci beaucoup pour vos mots et votre soutien à notre travail.
Nous avons encore beaucoup à faire sur nos politiques nationales et internationales, car, au fond, nous sommes tous soumis aux effets du changement climatique — que ce soit de manière directe ou indirecte.