Une aire d’autoroute éco-responsable ?

En mars dernier, l’Agglo Pays d’Issoire validait un projet d’air de repos éco-responsable. Derrière son image verte et novatrice, un comité de vigilance alerte sur les enjeux et les dessous de l’initiative.

Des airs d’autoroute, il y en a beaucoup aux abords de l’A75. Mais une nouvelle devrait voir le jour à hauteur de la sortie 13. Le 18 mars 2021, l’Agglo Pays d’Issoire réunie en conseil communautaire validait un projet d’air éco-responsable. Celui-ci devrait voir le jour sur le site Montdoury, ancienne casse automobile désormais en friche.

Un projet vert ?

Au total, ce sont 4,8 hectares de nature qui serviraient à développer cette aire de repos d’un nouveau genre. Véritable tiers lieu, le projet souhaite réunir un espace de restauration, un autre d’exposition, des bureaux, plusieurs boutiques ou encore une ferme pédagogique. Pour le moment, la communauté d’agglomérations Agglo Pays d’Issoire est propriétaire du terrain. Mais c’est Landestini, organisation à but non lucratif qui est à l’origine du projet.

« Fin décembre 2020, il y a eu un appel à projet sur la parcelle concernée. C’est allé très vite ; en quelques semaines. Il n’y a eu que la candidature Landestini car ça n’a pas laissé la possibilité à d’autres structures de proposer quelque chose », explique un membre du comité de vigilance sur le projet Landestini. Comme elle le décrit sur son site, la fondation a été créée en 2019 avec pour mission de « donner envie de vous reconnecter à la terre, à la nature et à la ruralité, et de contribuer à la préservation du vivant ».

Pas tant que ça

« Nous avons d’abord eu un rendez-vous avec le co-gérant du projet mais ça ne nous a pas rassuré du tout. Courant décembre, nous avons aussi assisté à une réunion avec Bertrand Barraud, président d’Agglo Pays d’Issoire et les dirigeants de Landestini mais ça n’a pas été plus éclairant », confirme ce dernier. C’est de ce manque de clarté qu’apparait le comité de vigilance qui réunit plusieurs habitants et associations telles que Alternatiba, Terre de Liens, ANVCop21 ou encore La Licorne.

Ces derniers pointent d’abord le nombre déjà élevé d’airs de repos et l’inutilité d’en créer une nouvelle. De plus, dans une lettre ouverte aux élus, le comité abonde : « À chaque fois que l’on prélève des terres arables pour la circulation routière, le stationnement, les aires de service, les zones commerciales et artisanales, ce sont autant de terres qui ne peuvent plus servir à l’alimentation humaine, ni au maintien de zones naturelles nécessaires à la biodiversité. On estime que tous les dix ans, c’est l’équivalent d’un département français qui disparaît sous le béton et l’artificialisation du sol. Rien que pour l’Agglo Pays d’Issoire, ce sont 69 ha chaque année (chiffre Scot/API-2018) ».

Un investissement superflu

Le comité questionne : les deux parcs naturels régionaux qui bordent l’autoroute ne suffisent-ils pas à apporter l’évasion aux visiteurs et visiteuses de notre région et aux habitant-es du Val d’Allier ? Pour eux, les quelques minutes que prend une pause ne suffisent pas à remplir une mission de sensibilisation. Si l’aspect pédagogique mit en avant par Landestini est pointé du doigt, surtout, les associations et les habitants souhaitent s’opposer à l’aspect nocif que revêt le projet pour les petits commerces locaux qui suffisent selon eux largement aux voyageurs en transit. Pour le comité, la réelle responsabilité écologique serait « de laisser ces 4,8 ha en zone naturelle, en bordure de ville et en tampon entre les habitations existantes et l’autoroute très passante. », et plutôt de les mettre si besoin à disposition d’une production agricole locale.

Interpeller les élus

Depuis plusieurs mois, les associations et petits acteurs de la communauté d’agglomérations ont été sollicitées par Landestini pour prendre part aux réflexions sur le projet. Face à cela, le comité de vigilance souhaite également dialoguer avec tous ces acteurs qui reprochent souvent à la fondation porteuse du projet un manque de transparence. « Ce ne sont que des infos orales, contradictoires, au compte-goutte, c’est donc difficile pour ceux qui souhaitent s’opposer », nous dit-on.

La dernière réunion du comité a eu lieu le 12 janvier à La Paysanne Rit, petit magasin de producteur à Issoire. « Deux positions se dessinent, ceux qui souhaitent garder une main ouverte et prendre part au projet pour avoir un œil dessus et ceux qui continuent à le rejeter », explique le membre du comité.

Une lettre ouverte a été adressée aux élus de l’Agglo et à la population. L’investissement devrait atteindre 2 millions € la première année. L’accord avec l’Agglo Pays d’Issoire prévoit un bail emphytéotique de 25 ans, avec un loyer annuel de 14.400 €. Le collectif de citoyens créé récemment souhaite continuer à alerter la population et interpeller les élus pour qu’un large débat s’installe sur le projet et les solutions alternatives possibles.

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