Contraception testiculaire : Parlons vasectomie et méthode thermique !

Aujourd’hui, Mediacoop vous parle de la vasectomie, l’une des contraceptions testiculaires les plus connues. Pour cela nous avons échangé avec Arthur, 24ans, vasectomisé depuis un an et avec le collectif clermontois Les Amourettes, qui nous a également parlé de la méthode thermique.
Les hommes (cisgenres*) et la charge contraceptive

« Dans les groupes Facebook de stérilisation volontaire, même quand ils sont mixtes, c’est souvent les femmes qui viennent s’informer, même pour leurs mecs », constate Arthur. Reflet d’une réalité : aujourd’hui, dans le cadre des relations hétérosexuelles, la plupart du temps, la charge contraceptive est assumée par les femmes.  

Il faut dire qu’on baigne dedans dès le plus jeune âge. À l’adolescence, la pilule est quasi systématiquement proposée aux jeunes filles en cas de règles douloureuses ou irrégulières. Outre le préservatif, les moyens de contraception proposés par les médecins sont majoritairement prescrits aux personnes qui risquent de tomber enceinte. Pilule, DIU, stérilet, implant… Lorsqu’on s’intéresse aux effets secondaires de tout ce petit monde, on se rend bien compte que leur utilisation n’est pas anodine.

Comme le souligne Victoire Tuaillon dans Les couilles sur la table, « rappelons cette évidence : contrairement aux femmes, les hommes, eux, sont fertiles de la puberté à leur mort, tous les jours de toute l’année. Alors pourquoi la contraception est majoritairement prise en charge par les femmes ? »

Vasectomie : témoignage

Arthur fait partie de ceux qui ont décidé de prendre la responsabilité de leur fertilité. À seulement 24 ans, il sait depuis longtemps qu’il ne souhaite pas avoir d’enfants. L’année dernière, il a choisi d’avoir recours à une vasectomie. « Je l’avais décidé avant d’être dans ma relation actuelle, c’est une décision personnelle. » 

Pour lui, cette opération, c’était un moyen de se sentir plus serein. « Je me sens beaucoup plus tranquille. Les grossesses, c’est un truc qui me faisait grave flipper. Quand mes partenaires avaient des retards de règles, je pensais tout de suite à un déni de grossesse… » 

Trouver un urologue

La plus grande difficulté du parcours, c’est de trouver un urologue qui accepte de réaliser l’intervention. Pour Arthur qui habite en région parisienne, la tâche pourrait sembler plus simple que pour quelqu’un qui vit ailleurs. Il a quand même dû rencontrer cinq spécialistes avant d’enfin obtenir une réponse positive.

« J’ai décidé de ne pas me battre avec les uro’ qui ne voulaient pas. J’étais déterminé, j’ai pris plein de rendez-vous sur un mois car je savais que j’allais me prendre des refus. Certains m’ont un peu fait la morale, mais sans plus », m’explique-t-il, avant d’ajouter : « Il y a aussi eu un uro qui m’avait dit oui mais qui ne m’a rien fait signer.».

En effet, sans document attestant du premier rendez-vous avec le chirurgien, pas de suite possible. Un délai légal de 4 mois de réflexion est nécessaire avant que l’intervention puisse avoir lieu. 

Une procédure gratuite, sauf dans le privé

Ayant eu des difficultés à trouver un urologue dans un hôpital public, Arthur a finalement décidé de s’orienter dans une clinique privée pour accélérer les choses. Par le biais des réseaux, collectifs et groupes d’échanges sur la stérilisation volontaire, il a pu obtenir le nom d’un praticien qui accepte de l’opérer.

Au total, il aura déboursé de sa poche 443€ pour les rendez-vous, l’anesthésie et l’intervention. À savoir qu’en temps normal, la vasectomie est une procédure remboursée à 100% par la sécurité sociale : il peut y avoir 60€ à avancer si l’hôpital ne pratique pas le tiers-payant, mais c’est le maximum. 

Anesthésie locale ou générale

La plupart du temps, l’intervention peut être réalisée sous anesthésie locale : elle dure alors une dizaine de minutes. Pourtant, comme la plupart de ses confrères, le chirurgien d’Arthur ne propose que l’anesthésie générale. Deux raisons à cela: « Les urologues disent souvent qu’en local, ça prend deux fois plus de temps car les patients peuvent bouger. Mais c’est surtout plus rentable pour eux de le faire avec une anesthésie générale. C’est le jeu des cliniques privées auquel j’ai consenti à participer », conclut-il.

« J’ai beaucoup plus souffert des dents de sagesse que de la vasectomie ! »

Peu invasive, l’intervention consiste simplement à sectionner les canaux déférents qui acheminent les spermatozoïdes vers les testicules. À coté des options proposées aux femmes (ligature des trompes, voire hystérectomie en cas d’endométriose), « c’est vraiment rien », relativise Arthur. La vasectomie est bien moins coûteuse, moins douloureuse, et comporte moins de risques. Elle est aussi plus accessible : pour les femmes du même âge qu’Arthur, sans enfants, qui souhaitent une stérilisation définitive, c’est une véritable parcours du combattant. « Je n’ai même pas de cicatrice. Il y a toujours du sperme, même quantité, même odeur, texture… »

Le post-op

« J’ai été opéré à 10h, à 14h je sortais et après j’allais boire des verres avec des potes ! » À la suite de l’opération, pas de douleur spécifique pour Arthur, juste une gène au niveau des testicules. Il a tout de même bénéficié d’un arrêt maladie d’une journée car les activités physiques sont à éviter dans les jours qui suivent. 

Trois ou quatre mois après, c’est le moment du verdict : il faut prendre rendez-vous pour un spermogramme, l’analyse qui indiquera si la vasectomie a bien fonctionné. Pour qu’une personne soit considérée comme stérile, l’échantillon examiné doit contenir moins d’un million de spermatozoïdes mobiles par millilitres. 

Réactions variées

Les réactions sont variées dans l’entourage d’Arthur : « On pouvait me dire que j’allais regretter, que c’était la faute de ma conjointe… J’ai eu des moqueries de quelques collègues masculins mais sans plus. Mes amis étaient contents pour moi ! J’en ai pas parlé à ma famille, à mes parents. Ils savent que je ne veux pas d’enfants. J’en ai juste parlé à mon frère qui porte l’andro-switch donc ça ne l’a pas choqué. »

D’autres horizons contraceptifs

L’andro-switch (l’objet que vous pouvez voir en photo de cet article) évoquée par Arthur fait partie des quelques méthodes thermiques de contraception testiculaire. Contrairement à la vasectomie qui est considérée comme une contraception définitive, les méthodes thermiques sont réversibles. Leur principe est simple : En augmentant la température des testicules, on bloque la production de spermatozoïdes. Pour cela, il est nécessaire de porter un anneau en silicone ou un slip spécial qui permet de les maintenir à la même température que le reste du corps contre 34° habituellement**.

Nous avons discuté de ces alternatives avec Marie et Julian, membres et fondateurs du collectif Les Amourettes. Lancé il y a un mois à Clermont-Ferrand, le groupe a pour objectif d’organiser des cercles de paroles et différents évènements pour partager les connaissances autour de la contraception testiculaire et des différentes méthodes existantes, mais pas que puisque ces derniers souhaitent également ouvrir la discussion sur de nombreux autres sujets : sexualités, polyamour, questions de genres…

Le parcours contraceptif de Julian

Julian, âgé d’une trentaine d’années, m’explique qu’il a pris rendez-vous mi-aout avec un urologue. Après deux ans de réflexion, il a décidé de franchir le cap de la vasectomie. Contrairement à Arthur, il ne fait pas ce choix par certitude de ne jamais vouloir d’enfants : « j’admets que je ne peux pas savoir pour plus tard », m’explique-t-il. Cette décision, il la prend au regard de sa situation actuelle, en ayant pleinement conscience que plus tard, il pourrait changer d’avis. « Ce sera le destin. »

Avant d’envisager la vasectomie, Julian est passé par toutes les méthodes thermiques : « Avec le collectif GARCON à Toulouse, j’ai appris à coudre. En un mois j’ai fabriqué 3 jockstrap. J’ai eu des soucis de douleurs qui n’étaient pas normaux, j’ai essayé l’anneau mais ça n’a pas marché non plus. Ça me posait soucis de ne pas m’en occuper, j’avais envie d’être contracepté. »

Contraception militante

Les Amourettes est loin d’être le seul collectif militant pour l’équité contraceptive en France : depuis quelques années, des groupes locaux se forment un peu partout dans l’hexagone. Tous partent du constat que les institutions médicales ne suivent pas. Ils soulèvent également le problème de l’ascendant médical : il est plus facile de se faire entendre sur ses choix en connaissance de cause. Face à cela, pour eux, il faut s’auto-former et partager les connaissances autour de la contraception. Certains organisent même des ateliers couture et DIY de jockstraps et anneaux contraceptifs (à paillettes, oui c’est possible !).

Bien sûr, faire soi-même ne signifie pas faire n’importe quoi et quelque soit la méthode de contraception choisie, il est fortement recommandé d’avoir un suivi médical en parallèle. Pour les contraceptions thermiques, on recommande un spermogramme tous les trois mois pour s’assurer de leur efficacité. « À Clermont, il n’y a qu’un seul endroit pour faire un spermogramme, c’est la Chataigneraie ! »

Pour aller plus loin

Le compte instagram Slow Contraception, qui milite pour l’équité contraceptive

Le podcast de Victoire Tuaillon, Les couilles sur la table, épisode n°20

*cisgenre : personne dont le genre est en accord avec le sexe de naissance.

** `Pour des informations plus précises à ce sujet et des témoignages sur les contraceptions thermiques, vous pouvez lire le petit ouvrage aux éditions Leslie Bhar, S’occuper de son sperme et être contracepté.e. Il est notamment consultable au café-lecture Les Augustes !

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