Une maison de famille qui donne sur la place du marché, un chat noir et blanc qui vient faire sa sieste sur le canapé, et les estampes de Dubuffet, célèbre pour avoir théorisé l’art brut. Dans la montée des escaliers, une sélection de peintures de Bram Van Velde, illustrateur et lithographe néerlandais. Parmi ce décor, Louis Gendre, assis à son bureau. Il est ici chez lui. Cette maison est sienne, il y est né. Puis, après des études de droit à la fac de Clermont, il entre à l’école du Louvre.
« Je suis parti travailler à New-York, dans une célèbre galerie américaine, mais j’étais en bas de l’échelle. » Louis doit y accrocher les tableaux ou même faire la comptabilité. Il fera des dizaines d’aller-retour dans cette ville américaine qu’il affectionne particulièrement.
Ce passionné a travaillé 20 ans dans une galerie réputée de Paris. « Une question d’héritage entre membres de la famille m’a fait déguerpir avec d’autres collègues. » Mais, très vite, les clients de la galerie le rappellent pour lui demander de l’aide. « Mes parents sont décédés et j’ai récupéré cette maison. Et j’ai pensé à La Maison Particulière de Bruxelles. » Ainsi, il s’en inspire, le rez-de-chaussée de sa maison deviendra une galerie, à Chamalières. « Dans une maison, ça change tout. »
Et Louis Gendre le reconnaît aisément : « Ici, à Clermont, nous avons seulement 4 galeries d’art. Mais, c’est bien pour les gens de la métropole d’avoir le choix entte 4 offres différentes.»
Associé à Mariko, une japonaise aux mêmes goûts que lui, la galerie continue de poser le regard sur des œuvres « coups de cœur. » Ensemble, ils ne s’arrêtent que sur des artistes qui leur plaisent. « On a acheté en 2012, un certain David Hockney, artiste majeur et figure centrale du pop art. En 2022, on a fait une exposition ici, tout était vendu avant l’ouverture ! »
En dehors de ces célèbres noms, Louis Gendre et son associée ont découvert 3 artistes clermontois.es. « C’est parfois compliqué d’arriver de province dans ce milieu, c’est dommage car ils sont aussi très doués. »
Le galeriste félicite le travail de la mairie de Clermont-Ferrand dans le soutien de ces artistes, notamment grâce à la création des ateliers, mettant à disposition des pièces pour le travail de céramique, un labo photo, etc.
Ainsi, le catalogue d’artistes proposé par la galerie est vaste, cumulant des noms connus à des artistes en train de le devenir. « Nous ne travaillons qu’au coup de cœur et à la rencontre. Ce n’est pas toujours rentable. Mais, ce n’est pas le plus important. C’est un plus pour no clients qui ont compris la démarche.»
Pour Louis Gendre, « il se passe pas mal de choses dans cette génération contemporaine. » Alors, Mariko et lui continuent de chercher les œuvres et les artistes qui lui plaisent. « Nous essayons d’avoir un fond important, et de faire tourner nos artistes tous les deux ans. Il est nécessaire d’acheter des œuvres, pour nous. »
Et ils vendent, bien souvent à la fin des expositions. « C’est rare pendant l’exposition, ça se fait souvent après. Vous savez, acheter de l’art change le regard. Mettre de l’argent dans une œuvre, ça demande de la confiance en soi, pour cela, rien de mieux que d’aller regulièrement voir des expositions. Ce n’est pas que de la déco. C’est comme quand on lit un livre, plus on avance, plus on découvre où veut nous emmener l’auteur. »
Le client va le plus souvent faire prévaloir son besoin d’échanger : « Il faut que l’œuvre parle. »
Et ce qui parle à Louis et Mariko, ce sont les sculptures en bois mort de David Nash ou les tapisseries de l’anglais Grayson Perry.
Louis aime bien le street art de Banksy. « J’aime sa façon de questionner le monde l’art. »
Aujourd’hui, Louis Gendre ouvre donc sa maison pour y faire découvrir des œuvres renommées ou intimistes. « Nous avons de nombreuses personnes de Clermont-Ferrand, mais aussi des gens qui viennent de loin, des habitués qui ne loupent aucune expo. Moi, j’ai envie de pousser les gens à se faire l’œil, à aller découvrir le monde de l’art de la préhistoire à aujourd’hui. Au bout d’un moment, les choses se déclenchent, et on ressent, on comprend… »
Alors qu’à l’école du Louvre, il se spécialisait dans l’art du 19eme, il a suivi les cours d’art contemporain. « Il faut s’intéresser aux artistes vivants, et vivre avec son temps.»
Le galeriste regrette simplement qu’une élite utilise un vocabulaire incompréhensible et creuse le fossé avec le public. « Alors que finalement, ouvrir les yeux, c’est déjà suffisant. »
Désormais, Louis Gendre avoue ne plus avoir d’ambition particulière, sauf de faire toujours mieux et bien. « On fait juste ce que l’on aime, c’est donc une sécurité pour les clients. »
Pour ce fils qui a découvert l’art à travers les expositions que son père lui faisait découvrir, reste un regret. « On n’a pas assez de jeunes qui viennent voir, découvrir, aucun des étudiants des beaux-arts de Clermont-Ferrand. C’est un peu déprimant. »
Il continue, malgré tout, avec son associée, à mettre en valeur artistes et œuvres, au rez-de-chaussée de sa maison de famille, en face de la place du marché. Un chat sur le canapé.
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