Publié le 28 août 2018,
Rencontre avec Leïla Chétih militante et membre très active d’Osez le Féminisme 63. De retour de vacances, elle n’hésite pas à plonger dans quelques souvenirs de sa vie et débroussaille les chemins qui l’on menée aux combats. Leïla Chétih n’est pas née féministe, elle l’est devenue, et le crie un peu plus fort chaque jour.
Souvenirs d’enfance et de quelques limites genrées…
Comme tous les enfants, petite, Leïla Chétih s’interroge. Quand elle demande des explications sur des refus systématiques, elle s’entend répondre que les choses sont ainsi. Insatisfaction pour la petite fille curieuse : « J’ai toujours détesté la fatalité, la soumission, et l’enfermement.»
Surtout, quand elle prend conscience, que les lignes à ne pas franchir ne sont pas les même pour tous : « Il y avait plein de choses que je ne pouvais pas faire parce que j’étais une fille. A 10 ans, je n’avais plus le droit de sortir jouer dans la cour de la cité ouvrière. Je suis passée du monde de l’enfance au monde de l’adulte sans transition. » Mais parce qu’elle est une femme, ce statut d’adulte est apostrophé. Avant d’être une vraie grande, Leïla Chétih sera encore une « adulte-enfant » pour quelques temps : « je me sens infantilisée en permanence, je reçois même un jour une réponse choc » tu auras le droit de faire ce que tu veux quand tu seras mariée. » La conscientisation des inégalités liées au genre est amorcée et la petite graine de militante – féministe- plantée est prête à germer. La lecture pendant des heures l’aide à développer un esprit épris de liberté. Le bibliobus devient l’espace le plus chaleureux qu’elle connaisse.
« J’avais intégré une culture de l’effacement qui m’empêchait de croire en moi… » Leïla Chétih s’arrête. Comme si les souvenirs s’engouffraient en une fois dans sa tête. Son fil de pensée se précise : « Il y avait 3 facteurs à cette culture de l’effacement : mon origine, le milieu populaire et le fait que je sois une fille. »
Mais les injonctions s’opposent : « Il ne fallait jamais trop parler, ne pas trop dire, je ne me sentais pas toujours à ma place et en même temps il y avait une injonction à trouver les ressources pour être indépendante financièrement, aller à l’école… Je devais « réussir ma vie ». »
Pourtant, dans la famille Chétih, les codes sont aussi là pour être détournés : « Mes parents faisaient plein de choses un peu différentes. Alors que les autres familles Maghrébines retournaient l’été au pays, nous on allait camper en France ! Ma mère éduquait aussi mes frères à passer le balai. » Et puis, à 42 ans, la mère au foyer qui garde les 10 enfants pendant que le père travaille comme ouvrier change de cap : « Elle décide qu’elle doit travailler et elle trouve du ménage et du repassage à faire à l’extérieur. »
Sur les traces de sa mère, Leïla Chétih se propose à elle-même des tournants à chaque coin de sa vie. L’an dernier, elle décide de passer le concours d’attachée territoriale : « Je fais toujours des choses un peu spontanées… » Elle potasse d’arrache-pied et obtient un poste. Aujourd’hui, elle travaille comme responsable de territoire dans le développement social et urbain. Elle consolide des réseaux d’acteurs et accompagne des initiatives dans le cadre du contrat de ville. Elle a un rôle de facilitatrice, et motive les gens à travailler ensemble : « Les gens qui vivent le quotidien des quartiers ont une analyse et un savoir qui peut actionner des leviers. L’expertise d’usage des habitant.e.s leur permet de pouvoir participer, à leur niveau, à des prises de décision, pour faire évoluer leur cadre de vie.»
Osez le féminisme : « Je ne dis pas que les garçons ne souffrent pas du système patriarcal. Mais, ils naissent privilégiés et ils subissent moins d’injustices. Il faut rétablir un équilibre. »
« J’ai mis du temps à mettre le mot féminisme sur mon combat. Je ne savais même pas que ça existait il y a au moins 15 ans … Je me battais contre les injustices liées à la pauvreté, aux origines et subies par les femmes. » Puis, lors de sa formation en médiation sociale et culturelle, elle est interpellée : « Mon formateur me présentait comme féministe… j’étais là : quoi ?! » La grille de lecture s’impose désormais à Leïla Chétih qui mènera à présent ses batailles avec de nouvelles lunettes et n’hésitera pas à crier son attachement au combat pour les droits des femmes haut et fort : « Je suis devenue lucide sur la situation et j’ai compris que c’était important de le revendiquer pour porter le combat. A partir de ce moment, j’ai pris conscience que je faisais partie d’un réseau concret et influent. Un collectif, une communauté qui se soutient. Même s’il y a des divergences entre nous, la base est là. »
La base, ça serait donc les droits des femmes ? « La lutte est intersectionnelle, il n’y a pas de hiérarchie dans les luttes. J’ai toujours été sensible à tous les types d’injustices et aussi à ce monde que l’on détruit. C’est juste que maintenant, je les vois avec une grille de lecture féministe.»
Avec la vague metoo, les sympathisants ont afflués et le mouvement a gagné en visibilité « On a plus de rayonnement, ça n’est pas le moment de lâcher la barre ! » Mais la conscientisation du problème ne suffit pas et le combat doit tenir dans la longueur : « On est toujours à la recherche de nouvelles énergies, de nouvelles personnes qui s’investissent ! Je lance un appel à l’engagement ! »
Rejoindre Osez le féminisme, mais pour y faire quoi ? « On est à l’affut des dysfonctionnements et on aimerait y apporter plus de réponses. On donne de la visibilité aux problèmes pour alerter et faire évoluer la société. Plusieurs fois par semaine, je suis contactée par des femmes en difficultés que je mets en lien avec des associations compétentes, qui pourront leur apporter des conseils juridiques par exemple. On réalise aussi un travail de veille et on interpelle à l’occasion de quelques grandes dates clés comme le 8 mars, ça ne s’arrête jamais… »A Clermont-Ferrand, le « Collectif du 8 mars » s’est créé et renforce cette visibilité.
L’énergie de se battre : « Il faut pousser les limites, sortir des cases »
Plus que jamais, Leïla Chetih veut trouver l’énergie de se battre : « La montée du fascisme en Europe me fait peur. Il y a un état d’esprit rigoriste et conservateur dans ces régimes… (…) Je pense que la société doit évoluer par deux chemins : l’évolution des lois et la prise de conscience citoyenne. Par exemple, en mettant en place des lois contre les stéréotypes mais de l’autre côté, les gens doivent aussi agir, changer leur façon de faire et notamment au quotidien. Il n’y a pas de petits combats, que des grandes luttes à gagner !»
Pour agir, Leïla Chetih nous conseille de prendre notre courage à deux mains et de sortir de notre zone de confort. C’est vrai que des cadres nous sont proposés. Mais devons-nous nous les imposer ? : « C’est quand même le but de la vie non ? Etre heureuse et heureux, rechercher le bonheur… On en est capable, il faut y mettre toute notre énergie. »
Plus d’infos sur l’association:
osezlefeminisme63@gmail.com
ou, rdv lors du prochain forum associatif le 22 septembre
Gwendoline Rovai

0 réflexion sur “Un bol d’air féministe avec Leïla Chétih : « Il faut pousser les limites, sortir des cases ! »”
Leïla Et en plus, elle est gaie et sympa !
Dégoûtée. Dans chaque histoire il y a 2 versions des faits.
Vous interrogeriez les 9 autres enfants vous n’auriez pas la même histoire.
Contrairement à ma soeur je n’entrerai pas dans le détail de la vie de notre famille en public, mais je pense que si elle avait été si entravée que ça dans son épanouissement elle n’en serait pas là aujourd’hui.
Je suis écoeurée de voir que ma soeur salisse ainsi notre nom et nos parents.