Le café-lecture des Augustes : Sous le joug du couvre-feu

Premier café-lecture de France, créateur du Réseau des Cafés Culturels Associatifs, 23 ans de projets culturels, d’animations, d’ateliers, d’accueil et d’entraide, on ne vous présente plus le café-lecture des Augustes. Et pourtant, les clients et l’équipe de votre café préféré sont inquiets. Comme beaucoup de structures en cette année difficile, ils se retrouvent dans une impasse. Vendredi dernier, juste avant la mise en place du couvre-feu à Clermont-Ferrand, une visite s’imposait pour en parler et voir l’état des troupes.

« C’est vraiment dommage parce qu’on avait retrouvé une dynamique depuis septembre, avec de nouveaux bénévoles ultra motivés, de nouvelles activités au programme, et maintenant on va devoir fermer. » s’attriste Marion, salariée des augustes. L’annonce du couvre-feu n’a pas réjoui le conseil administratif du café, qui avait déjà perdu 20% de ses recettes durant le confinement. « Seuls les restaurants peuvent rester ouverts s’ils font des repas à emporter ou pour le service du midi. Nous, nous sommes un bar, on va donc sûrement devoir fermer. » explique Philippe, le co-président. « On est dans le flou total pour le moment, on doit se réunir avec le CA la semaine prochaine ». Alors que le projet avait déjà des soucis financiers mais commençait à sortir la tête de l’eau grâce à la collecte de dons et la soirée de soutien et remerciements du 26 septembre dernier, cette nouvelle annonce du président de la république plombe à nouveau le moral des troupes : « C’est frustrant, on prend un gros coup au moral, mais on reviendra plus forts que jamais » affirme avec motivation Marion. « Il faut se battre, si on ne se bat pas, on est sûr de perdre » confirme Pascal, le second co-président avec Philippe. « Tout seuls on y arrivera pas, il faut qu’on s’unisse avec les autres. Il y a dix cafés-lectures ou cafés associatifs sur Clermont, il faut que l’on voit avec eux » poursuit-il. L’équipe est donc prête à tout pour sauver l’âme de ce lieu si apprécié des clermontois.

Tous ceux qui y sont passés y ont vécu des expériences et aventures inoubliables. Léo, confortablement installé sur un des gros fauteuils de style baroque se trouvant dans l’entrée, près des livres, nous raconte : « Au départ je cherchais le Grin » sourit-il, « Puis je suis passé par hasard devant les Augustes. J’ai eu une révélation en m’asseyant ici. J’ai tout de suite eu envie de performer ici car le lieu me fait penser à d’autres endroits où j’ai eu l’occasion de présenter mon spectacle « Humain/Inhumain ». Et puis j’ai apprécié de voir deux écrivaines que j’affectionne dans la bibliothèque dont Clarisse Inspector. Même si je ne connais ce lieu que depuis deux mois et que ce n’est que la quatrième fois que je viens, j’aime les couleurs, l’accès aux livres, le côté associatif. Et surtout, je trouve ça chouette de permettre les cafés suspendus, ça reste rare. Je trouve le café accueillant, même si je rajouterai encore plus d’espaces cocooning, avec des canapés et de la lecture, que ce soit encore plus bordélique ! » Léo va donc performer le 18 et 19 décembre au café, si tout se passe comme prévu.
Mais ce qui marque souvent les habitués des Augustes, c’est la musique. Que ce soit Pascal, Jérôme, bénévole depuis trois ans au bar, ou les clients interrogés, tous ont au moins un souvenir de concert à partager. « Il y a une osmose entre le lieu et la musique » précise même Jérôme. Que ce soit un concert arménien, brésilien, de samba ou de musique traditionnelle, tous apprécient ces animations qui font vivre le café : « Ici, les sons sont exceptionnels. Tous les concerts sont intimes, on est dans des canapés à deux mètres des artistes, comme dans son salon. Et la musique est authentique, avec du slam ou des instruments traditionnels auvergnats, des chants celtiques, une belle conscience du terroir ! » nous livre Thomas, un client qui aime profiter du piano à disposition. « Il manque une guitare sèche et ce sera parfait » ajoute le passionné de musique. Lui a repéré le café il y a quatre ans, par sa menuiserie, « un sacré taff », qui l’a amené à revenir chaque semaine profiter de ce lieu où il se sent « libre » et « en paix, s’il vous plait ! » conclut-il en allant fumer une clope avant de rejoindre sa place préférée, au piano.
« Vingt-trois ans de vie ce n’est pas rien. Ce serait une perte catastrophique, il y a trop peu de lieux comme celui-ci pour le laisser fermer. Ce serait violent qu’il disparaisse. Que restera-t-il sur Clermont comme projet similaire ? » questionne Jérôme, inquiet. « Ici, il y a une ambiance qui met à l’aise pour partager avec les autres, des rencontres avec des gens sympas, on s’enrichit de tout cela. C’est un lieu de bien-être ».

On pourrait écrire un livre de témoignages positifs sur le café, qui est devenu la seconde résidence, « l’extension du salon » de beaucoup de monde comme le qualifient Céline et Arthur, bénévoles. Mais comment sauver ce café-lecture, si important aux yeux de son équipe et de ses clients ?
Suivant la dynamique culturelle et de partage qui le représente, chacun a sa petite idée. Marion veut continuer à faire vivre les animations du programme et créer du lien culturel à travers les réseaux sociaux : « En partenariat avec le festival de cinéma Traces de Vies, on devait faire une projection-débat chaque dimanches du mois de novembre. Si on ferme, pourquoi ne pas recréer ces évènements en Lives sur Facebook par exemple ? Des concerts Lives aussi ça pourrait être sympa. On doit continuer à créer du lien. On doit aussi faire une vidéo de promotion du café avec des étudiants en communication, refaire une charte graphique…On lâchera rien ». Toute l’équipe est aussi d’accord pour dire qu’il manque des bénévoles pour faire vivre le lieu : « Etre bénévole, animer, rend plus riche la programmation. Ça peut intéresser de nouvelles personnes à venir et ça renforce l’équipe. » Du côté des finances, « Les consommations et adhésions (25 euros) sont des éléments essentiels pour financer le projet. Les dons ne se font que par chèques mais sont défiscalisés et nos tarifs sont respectables, on ne veut pas de prix de cow-boys. Par exemple, le sirop est à un euro, vous ne trouverez pas ça ailleurs en ville. » souligne le spécialiste du bar, Jérôme. Pascal nous le confirme, après les subventions accordées par l’État, l’activité du café représente un gros tiers du budget, « voire la moitié. Et on a perdu plus de subventions ces dernières années qu’on en a gagné ».

Le co-président est moins motivé par les animations sur le net : « On est en train d’isoler, d’individualiser les gens. Pour gouverner, il faut diviser. George Orwell nous avait prévenu. Ce lieu est important pour assurer la cohésion sociale, les rencontres, la diffusion de la culture, l’ouverture. Assurer une place à chacun ». Si Pascal et Philippe, nos deux co-présidents, voulaient faire aboutir de nouveaux projets, ce seraient en priorité pour remettre la lecture au centre du projet, notamment en faisant une commission du livre ou en continuant à remplir le café de livres et bibliothèques. « J’aimerais par exemple faire plus d’activités liées aux enfants comme des lectures ludiques. Mais c’est un projet que je ne veux pas porter, on a des semaines de travail assez intenses. Mais on a confiance dans la nouvelle équipe, arrivée en Octobre, très investie » explique Philippe. Quant à Pascal, avec l’arrêt de la mise à disposition de la presse quotidienne, souhaite devenir le repère de « Là bas si j’y suis », site web et émission dirigé par Daniel Mermet, qui décortique l’actualité en donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas. Or, en ce moment, l’émission encourage leurs auditeurs à créer des cafés-relais pour mailler le territoire et analyser l’actu locale, parler de sujets engagés tels que les établissements ou services publics qui ferment, les difficultés sociales… Faire du journalisme d’investigation.
C’est pourquoi, pour Pascal, hors de question de fermer sans tenter quoi que ce soit : « J’ai vu dans les journaux que des dérogations sont possibles pour les établissements considérés comme des lieux culturels. Si nous, on est pas un espace culturel, je ne sais plus ce qu’on est. Il y a aussi des dérogations faites aux structures d’accueil des plus précaires. Idem, on accueille beaucoup de personnes en manque de moyens, qui viennent tous les jours car sont le plus souvent dehors lorsqu’elles ne sont pas ici ». Depuis, le café a dû fermer ses portes jusqu’à nouvel ordre, le mettant donc en péril. Si vous souhaitez les aider d’une quelconque manière, veuillez les contacter par mail.

Informations complémentaires :

5 rue sous les Augustins, 63 000, Clermont-Ferrand / animation.lesaugustes@gmail.com / benevolat.lesaugustes@gmail.com
Ouvert le Lundi, Mardi, Jeudi et Vendredi de 11h à 23h et le mercredi et samedi de 14h à 23h
Accessible aux personnes à mobilité réduite

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Publié le 28 octobre 2020
Écrit par Laura Massip

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