Les Trans’Urbaines, 23ème édition : un festival qui avait si bien débuté…

Alors que le festival des Trans’Urbaines se retrouve dans l’impasse face à l’annonce du second confinement le 28 octobre dernier, que tous les spectacles sont annulés, retour sur les premières festivités de cet évènement culte depuis 23 ans.

Josyane, la présidente des Trans’Urbaines, relate d’une voix douce l’histoire de ce festival de hip-hop qu’elle a créé : « Le festival date de 1997, à l’époque j’étais directrice de l’école municipale de danse et il y avait des jeunes qui s’entraînaient de manière autodidacte dans les quartiers, notamment dans le quartier de Croix-de-Neyrat. On y donnait des cours de danse mais de style classique, jazz, contemporain… Un jour, il y a un groupe de jeunes filles qui sont venues me voir parce qu’elles pratiquaient le hip-hop de façon autodidacte et qu’elles souhaitaient que des professeurs les accompagnent dans leurs recherches. Ce que l’on a fait. C’est là que je me suis posée la question suivante : Quels étaient vraiment les besoins des jeunes dans les quartiers par rapport à la pratique artistique ? Et je suis allée vers le Hip-Hop. »
Du haut de sa petite taille et de ses 48 ans à l’époque, la présidente organise cette année là une grosse manifestation pour les 50 ans de l’école et invite des groupes de danse hip-hop, les premiers existants puisque la culture hip-hop s’établit à partir des années 80 en France. « Et ensuite les jeunes ont demandé à ce qu’ils puissent continuer à travailler avec des professionnels et puis c’était parti ! Le festival était né. » poursuit-t-elle. « A l’époque il était à l’extérieur, puis à l’intérieur ET extérieur, et à partir de 2006 ça a été calé sur l’automne. Depuis le début, l’objectif a été de promouvoir la danse hip-hop, la faire découvrir à un public plus large et d’accompagner ces jeunes. Ensuite le hip-hop s’est démocratisé, et petit à petit, on a touché un public plus mixte, de toutes les couches sociales. »

Le festival s’agrémente au fur et à mesure de nouveaux ateliers de graffiti et de musique, notamment de rap. Mais cette année le rap a été remplacé par une autre pratique musicale du mouvement hip-hop, que présente parfaitement la présidente : « L’année dernière on a incorporé le beatmaking. Il y avait un réel intérêt pour cette discipline et Exiley Dahomé, qui anime cet atelier, est très pédagogue. Il y a une partie où il explique ce qu’est le beatmaking, ensuite il fait des sets lui-même et il permet aux participants d’avoir accès aux platines pour eux-mêmes s’essayer à cette pratique, que ce soit des enfants ou des adultes, le public est encore une fois très large. » Quant au rap, « On a accompagné pendant quelques années et avec grand plaisir l’Épicerie De Nuit (EDN : label hip-hop indépendant). On mettait en commun des spectacles, des concerts puis ils se sont beaucoup développés et maintenant tous les musiciens de rap sont très suivis, accompagnés. On préfère laisser ça à des personnes plus compétentes dans le domaine. On peut donc promouvoir d’autres activités liées au mouvement hip-hop qui sont moins suivies ou développées comme le graffiti par exemple. » continue-t-elle.

Tous ces ateliers servent une nouvelle fois à faire découvrir au public la culture hip-hop sous tous ses angles mais aussi à créer les œuvres qui seront présentées au festival : « Au delà de présenter au public l’évolution du mouvement hip-hop , la transmission est aussi un de nos objectifs parce que la connaissance et la compréhension passent aussi par elle. D’habitude tout au long de l’année, à partir du mois de mars, on propose des ateliers, surtout de danse, même si cette année c’était un petit peu décalé à cause du Covid. Donc on a effectivement commencé les ateliers le 27 septembre avec un chorégraphe se nommant Abdou N’Gom qui vient de la compagnie Stylistik et réside à Lyon. Sa compagnie est associée cette année aux Trans’Urbaines et a créé une pièce qui s’appelle ‘Des mots pour Danser, des gestes pour dire’ avec un metteur en scène qui s’appelle Cédric Jonchière, de la compagnie La Transversale. Donc cette pièce est intergénérationnelle, ça va de 9 ans à 70 ans, composée à la fois d’habitants du quartier Saint-Jacques et d’habitants venant de d’autres quartiers. Ce qui est très intéressant justement c’est cette mixité au niveau des origines sociales, de l’âge et qui permet de créer une pièce autour des mots. La chorégraphie a donc été inventée par eux et le metteur en scène. On profite de la présence du chorégraphe pour qu’il partage son univers chorégraphique avec divers publics. Son rôle c’est de partager son processus de création et son univers artistique auprès de différents publics. » termine la fondatrice du festival. Faire participer les spectateurs amateurs au festival et permettre aux professionnels de faire du lien avec leur public, de se faire connaître, voilà un échange sympathique et constructif pour chacun !

Mercredi 28 octobre, juste avant l’annonce du confinement, cette pièce a donc été présentée à l’espace Nelson Mandela à Clermont-Ferrand. Les clermontois ont donc performé dans une première partie tandis que la seconde partie a été faite avec des danseurs plus avancés. L’œuvre reste sur les thèmes des mots et quelle sont leur influence sur notre comportement, comment se situe la société par rapport aux mots qu’on dit, traverse, interprète. Les danseurs font un mixte des différents styles de danses : hip-hop, jazz, contemporaine… Des textes sont aussi lus par le groupe des danseurs amateurs. Certains ont aussi participé à des ateliers de théâtre et leurs textes sont traduits par les gestes des autres danseurs. « Ils jouent aussi avec des feuilles de papier par rapport aux mots, aux livres. » note Josyane. Ça rejoignait la création « Nos mouvements incessants » d’Abdou N’Gom qui aurait dû être présentée dans les prochains jours à la Maison de la Culture. Comme écrit dans la présentation de cette œuvre, ‘Nos Mouvements Incessants’ est « une réflexion sur les liens que nous tissons les uns par rapport aux autres à travers les mots qui nous entourent et que nous employons. De simples « messagers » soumis à nos interprétations, à nos conditions et lieux de vies, à nos héritages, à nos émotions. Le spectacle nous insuffle l’urgence de se parler, de sortir de nos peurs et d’apprendre à communiquer. » En espérant découvrir cette pièce ultérieurement puisque pour le moment annulée. Mais trêve de regrets. Dans les spectacles qu’ont eu le temps de nous partager les Trans’Urbaines, il y a eu aussi « Le Ying et le Yang » de la compagnie Origin’s Krew: « 7 danseurs spécialisés en break dance et arts martiaux repoussent les limites de la performance et de l’illusion magique. » annonçait le dépliant de la programmation.

Dans les ateliers qui ont pu être réalisés, le beatmaking, le graffiti sur les « Give Boxs », boîte servant à poser ou prendre des objets, livres etc, mais aussi un atelier de hip-hop avec la célèbre Pauline Manry mercredi dernier.
Coiffés en pétards, les cheveux rouges fuchsia de Pauline Manry donnent un avant goût du caractère de la danseuse : pétillant et énergique. 1, 2, 3 et 4… et hop elle apprend très vite à ses élèves comment compter sur le rythme de la musique. 5 , 6 , 7 et 8 « Pied dedans, pieds dehors, pieds parallèles », la voici qui leur explique comment positionner leurs pieds. Encourageante, rigolote pour décontracter les plus timides et attentive aux besoins de chacun (soif, questions..), Pauline montre son expérience en tant que professeure pédagogue : « Ne soyez pas timides, j’ai les cheveux rouges mais je ne mange personne, promis ! » Pour chacun des mouvements de la chorégraphie qu’elle a préparé, elle l’explique par une métaphore : « la wave » pour un mouvement circulaire du buste du haut vers le bas, mais aussi de quoi faire rire certains, « Plie, pousse le bassin et remonte, comme si tu vomissais » plaisante-t-elle. Après leur avoir montré chaque geste de la chorégraphie dans le détail, Pauline montre à ses élèves comment sublimer le tout : « Agrandissez tout ce que vous faites, respirez et kiffez ! » Un petit garçon et son amie, tous deux timides, suivent le cours avec attention. Puis, petit à petit, les gestes deviennent plus amples, le sourire de plus en plus grand, ils arrivent à se lâcher et s’éclater : « Je suis chaud bouillant, je le sens ! » lance même le garçon à la fin, tout excité par cette nouvelle activité qu’il vient de découvrir.
Au départ danseuse de Hip hop, Pauline s’est formée à de nombreuses autres disciplines. Après avoir travaillé 7 ans à l’école municipale de danse et 2 ans au conservatoire de Clermont, elle ouvre son école « Hémysphère Dance School » en 2016. En 4 ans, elle a participé et remporté de nombreux concours avec les danseurs de la Formation de son école et ils ont été qualifiés deux années de suite pour représenter la France lors de la Finale Mondiale du World Of Dance à Los Angeles. Avec cet atelier, elle a une nouvelle fois su partager sa passion.

Malgré l’arrivée du confinement, aucun doute sur le fait que le festival des Trans’Urbaines aura fait découvrir et partager au plus grand nombre la culture hip-hop en long et en largeur.

Vous pouvez aller consulter leur site pour découvrir photos, vidéos des spectacles et ateliers ainsi que tout autre renseignement sur les artistes et la programmation, de cette année et des éditions précédentes. Toute la programmation et informations sur les artistes ci-dessous :

  • https://www.transurbaines.com/ https://www.instagram.com/transurbaines/
  • https://www.ciestylistik.com/ https://www.compagnielatransversale.com/
  • https://www.instagram.com/exiley_dahome/ https://www.facebook.com/profile.php?id=100010885087607
  • https://www.instagram.com/pauline.manry/ https://www.facebook.com/manry.pauline
  • https://www.ciestylistik.com/agenda/#haut-agenda
  • http://ciedaruma.com/
  • http://www.originskrew.com/
  • http://www.espacedessens.sitew.fr/
  • https://collectifkaizoku.fr/
  • https://www.instagram.com/mottemicmac/ https://www.facebook.com/motte.micmac

À lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 30 octobre 2020
Écrit par Laura Massip

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.

Partager l'article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur email
Email
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.