9 heures du mat, quelques part vers Gaillard, Simon, Flo, et d’autres sont déjà en place dans leur local. Il faut dire que depuis son ouverture, en juin 2019, la voûte occupe bien ses adhérents.
« Tu veux un caf’? » Ca se passe comme ça à la Voute. L’accueil chaleureux et les canapés confortables nous y feraient passer la journée. Surtout qu’avec Simon, Flo et les autres, on peut parler musique bien sûr, mais pas seulement. Empreints d’utopie, le lieu est un acte politique en soi.

Tout part pourtant d’un banal local de répèt un peu trop humide, du côté de Montjuzet. Ce vieil appart, aux alentours de Gaillard, fait mieux l’affaire. Le groupe Lifter partage ce nouveau lieu avec un autre groupe. Nous sommes en octobre 2018.
Un lieu d’expérimentation
En juin 2019, l’appart en face se libère. « On a décidé de le récupérer pour ne pas avoir de voisins. » Explique Simon, membre de Lifter. Plus d’espace leur permet d’inviter d’autres groupes à répéter. Le groupe « Gaza » les rejoints. Flo, Webmaster se fait un petit bureau. Des émissions de Radio Campus sont même enregistrées là-bas. L’appartement est si convivial, qu’on y accueille des groupes pour des résidences. « Tu peux héberger du monde, on a la cuisine, le coin salon, la salle de bains… » Clara, une toulousaine y pose ses valises, Mila qui fait de l’Electro, y pose, elle, sa configuration. Nadège vient y chanter sa pop. Une régie y est installée, tous les jours, on enregistre.

Peu à peu La Voûte se dessine. Un lieu d’accueil, une salle de repet’, une régie. Tout ça à la fois. Une trentaine de groupes y passent régulièrement. Le lieu expérimente. Des clips vidéos y sont tournés, on y étale des photos d’art. « On est un labo pas un studio. Le but c’est de s’aider. » Expliquent les membres. Pour fonctionner, l’asso, locataire du lieu tarifie quelques prestations d’enregistrement. Elle a même reçu une subvention dans le cadre du rayonnement de quartier.
« On a créé Mega Sbeuhl, composé de musiciens de plusieurs groupes (NDLR : A4, Lifter, Résilience), d’une chorale et de cuivres. on fera un concert au printemps. Nous serons une trentaine sur scène ! »
Scène musicale intense
La Voûte permet à plusieurs univers de se croiser et se rencontrer. Musique urbaine, pop, rock, vidéo, photo. « Le but c’est de professionnaliser le lieu, non pas de salarier les gens mais que les groupes puissent avoir accès à des conseils, et devenir plus pros. »
La Voûte accueille essentiellement des groupes qui veulent pouvoir vivre de leur musique. « La location de notre salle de repète nous permet de payer le loyer. Certains groupes viennent répéter deux fois par semaine et représente notre socle financier.«

Par le biais du lieu, les rencontres amènent à se poser des questions sur l’avenir de la musique, sur la façon dont on veut en faire et en vivre. « La musique c’est beaucoup de réseaux, ici on partage nos compétences, notre matériel, nos savoir-faire. »
Maureen en est la preuve. Jeune vidéaste tout droit sortie d’école, grâce à son reportage en immersion sur la Voûte, elle a été recrutée comme responsable de la communication de la salle Michelet à Nantes.
« Ca bouchonne ! »
« Nous sommes ici, des passionnés qui donnons de notre temps. on vit la musique comme on aime la vivre. La Voûte, c’est un grand jouet pour les musiciens et les techniciens.«
Au point que la Voûte est victime de son succès et que parfois ça bouchonne ! « On pourrait avoir envie d’une autre salle de répèt, mais celle-là on veut la garder, on l’a faite à notre manière et elle est super bien placée.«

Les musiciens-militants ne sont pas peu fiers de leur lieu. Surtout qu’à Clermont, ils manquent de place. « On n’a pas vraiment un vrai café-concert. On se questionne beaucoup sur le côté indé. Nous avons l’un des plus vieux squat musical français avec le Raymond Bar, et on entend que son avenir est peut-être remis en question.
Pourtant la scène musicale indépendante clermontoise bouillonne. Rock, rap, pop, electro, trip hop jazz. « On manque de scène. Le Fotomat propose de beaux concerts, mais il y a beaucoup de groupes ici. »
Chacun son rythme
Dans le collectif, chacun son rythme. « Certains groupes cherchent encore leur nom quand d’autres sortent leur troisième album » s’amuse Simon.
Les techniciens, Charles ou Guy, passent régulièrement au local, aider les groupes, même s’ils bossent ailleurs. « C’est une autre façon, plus libre, de voir notre job. »
Un lieu bienveillant
Libre, le lieu compte le rester. « Et nous avons beaucoup de chance, car les gens qui viennent ici partagent nos valeurs. Les nanas se sentent en sécurité avec nous. On fait gaffe à ce que cet endroit ne soit pas sexiste par exemple. On a viré une fois un mec qui ne correspondait pas à notre éthique. Mais globalement, ici, on prône la bienveillance, et on tente d’inventer un monde utopique, certes, mais où la musique n’est pas contrainte par l’argent, le business ou la concurrence. Bref, une petite société dans la société, qui fait du bien… »
Pour plus d’infos : www.lavoutelab.com