Les salariés de l’OPHIS de Clermont-Ferrand faisait grève pour la première fois. Abattus par la gestion de leur directeur général, ils souffraient au travail. En arrêt pour certains, tétanisés pour d’autres. Ils confiaient leur peur. « Il y a encore une semaine, on avait peur d’aller dans la rue. Certains ont reçu des mises à pied pour des motifs dérisoires. »
Les salariés de l’Ophis contre leur directeur général
Les salariés de l’office de logements sociaux avaient fini par se solidariser, se soutenir et se rassembler pour dénoncer leurs conditions de travail. Le recueil de leurs témoignages faisait froid dans le dos. Nous avions face à nous, des salariés qui ne demandaient qu’à pouvoir réellement faire leur travail. Pas de revendications salariales, juste pouvoir soutenir les locataires, les épauler dans les démarches, faire correctement son boulot d’agent.
Quelques jours après notre article, les salariés nous rappelaient. Le Directeur général mis en cause, et parti bosser à La Réunion, après avoir saccagé l’OPHIS clermontois, avait eu vent de notre article. Et il menaçait de porter plainte contre les salariés qui nous avaient parlé, prétextant que l’article nuisait à sa réputation.

Nous avons été choqués de la maltraitance de l’individu qui s’en prenait jusqu’à la liberté d’expression de ses anciens salariés, meurtris d’avoir un jour croisé sa route. Le profil tyrannique que l’on nous décrivait prenait ici tout son sens. Même parti, il continuait d’effrayer les salariés.
Aucune discussion, ni communication n’était possible entre les salariés et la direction.
5 semaines de grève pour les salariés de Dascher contre la sourde oreille de la direction
C’est ainsi que se définissait le fil conducteur de nos reportages de cette rentrée. D’un côté des salariés, de l’autre, les chefs. Bien sûr, la lutte des classes n’est pas née en cette rentrée. Et nous savions avec l’affaire Luxfer que les patrons et actionnaires pouvaient mépriser les petites gens. Mais avec les reportages chez Dascher, on montait encore d’un grade.
A Combronde (63), les salariés en sont à leur cinquième semaine de grève. Ils se sont installés devant le portail de leur usine. Par la fenêtre, les patrons les regardent de temps en temps. On les imagine amusés. Alors que les salariés demandent à être payés à leur juste valeur, l’entreprise plutôt que de les satisfaire débourse des milliers d’euros à les remplacer par des agents venus de toute la France et dont ils paient hôtel et frais de déplacement. Le mépris va même plus loin, en refusant de se rendre aux réunions de médiation organisées par les services préfectorales.

Les patrons se marrent. Ils regardent les salariés croquer dans leur merguez, et se frotter les mains dans le froid. Ils se relaient jour et nuit, sans toucher de salaire. Pourtant, déjà mal payés, aucun n’est rentier. certains vivent seuls, et ne comptent que sur la caisse de solidarité. D’autres ont leur femme qui assure, mais pour combien de temps. Vivre sur un seul salaire, juste avant Noël. Le bras de fer semble déjà vaincu d’avance. Le patronat ne bouge pas d’un Iota, malgré les injonctions des pouvoirs publics. L’entreprise a bénéficié d’aides publiques incroyables pour son installation ou agrandissement, mais refuse d’écouter les élus. L’entreprise internationale est reine dans le petit village auvergnat.
Baptiste, Jean-Christophe et les autres ne cèdent pas. Ils résistent grâce à leur esprit de solidarité et leurs convictions d’un combat juste. La direction refuse toute interview. Tout dialogue et va même jusqu’à payer un huissier constater les jours de grève et, selon eux, l’entrave à l’accès pour les camions de leur entrepôt. La situation semble bloquée et sans issue. Le mépris semble, une nouvelle fois, être la nouvelle tactique.
Le service psychiatrique Le Rameau contre le silence des autorités
Autre exemple, celui du service Psychiatrique Rameau du CHU de Clermont-Ferrand. A notre arrivée, c’est toute l’équipe qui se serre les coudes. On va fermer leur service, celui des patients souvent âgés et souffrant de démence ou Alzheimer. Des patients tout sauf autonomes. 21 lits fermés. Des personnes à l’abandon dont aucun service ne pourra s’occuper tant leurs pathologies sont lourdes. Là encore, on leur a annoncé sans sommation qu’au premier janvier 2022, les soignants et agents n’auront plus leur service en fonctionnement. Révolte et détresse pour ces salariés qui ont tout donné au Rameau.
En guise de lien, le directeur de l’hôpital a reçu des représentants du personnel pour tenter de les rassurer et leur demander d’user un autre discours. Il ne s’agit pas de fermeture du service mais de fermeture de lits. Ce qui revient exactement au même. Il ne faut pas dire non plus qu’ils sont responsables, mais que la faute en incombe au médecin en place depuis 20 ans mais qui a décidé de partir. C’est elle, la fautive. Eux n’arrivent pas à la remplacer, n’arrivent pas à la satisfaire. Mais c’est elle qui part.

Les salariés refusent les réunions pour créer l’hôpital de jour qui remplacera leur service. Cela voudrait dire qu’ils sont d’accord. Ils ne le sont pas. Ils savent, eux, que laisser les gens à domicile, ça va provoquer des drames. Pour les patients. Pour la société. Ils sont prêts, eux, à continuer de bosser comme des fous avec des patients qui ne les reconnaissent pas mais pour lesquels ils vont faire des courses et dont ils connaissent la moindre habitude pour les canaliser, les réconforter.
Le service psychiatrique coûtait bien trop cher. Tant pis pour les vieux, les Alzheimer que même les familles finissent par ne plus venir voir. Tant pis pour ces inadaptés.
Les chauffagistes de Clermont contre la vidéo du maire
Les chauffagistes de Clermont ont subi aussi le même affront face à leur direction. Un préavis de grève envoyé début septembre n’a jamais reçu de réponse. Alors, ils ont amorcé leur mouvement, le jour où le chauffage devait être allumé dans les salles de classe de la commune. Ils n’ont trouvé pour réponse que la vidéo du maire de Clermont-Ferrand sur les réseaux sociaux, les incriminant de laisser nos enfants dans le froid.
Donner en pâture à la vindicte populaire. Usant de l’arme d’un réseau énorme sur les réseaux sociaux. Pourtant, pour une fois, les commentaires sont allés dans le sens des grévistes. Les parents, professeurs, et quidams soutenaient la grève, et surtout condamnait la réponse publique filmé du maire.
Les enseignants contre les politiques d’économie
En tant que journalistes, nous pourrions aussi vous raconter qu’après la manifestation des enseignants du collège Molière à Beaumont, et notre article reprenant les arguments des grévistes quant au manque de moyens mis à disposition, nous recevions dans la foulée de la parution de notre article, une demande de rectification de nos écrits. Le rectorat osait même dire que nos propos étaient faux. Nous étions pourtant bien présents, sur les lieux. Mais entre temps, le rectorat, sans doute affolé par la présence de la presse, donnait un rendez-vous, à la communauté enseignante le mercredi suivant. Rendez-vous qui se finirait en demi-teinte. L’année prochaine, ça irait mieux, d’ici là, il faudrait serrer les dents et se contenter d’un tout petit temps partiel supplémentaire d’assistant d’Education. Bien loin du poste de direction adjoint et CPE demandés par le corps professoral.
Mais, les enseignants sont retournés au travail, privilégiant leur mission auprès des collégiens, et rongeant leur impatience.

Bien sûr, toutes ces expériences vécues en tant que journalistes, pourraient nous amener à croire que la lutte ne paie que très peu. Mais, sur les lieux de rassemblement, dans les yeux des grévistes, dans les témoignages de vie, on peut lire, entendre, écouter, voir, les images d’un monde meilleur, pas toujours bien dessiné. Pas toujours très proche. Mais, la réalité ne peut naître que de situations rêvées et imaginées, que de solidarités pérennes, que de convictions fortes, que de combats entamés…
Les journalistes face aux luttes
Le mépris, la rupture de dialogue, peuvent bien s’installer, ouvriers, salariés, travailleurs de tout poil, ne perdent jamais vraiment une lutte. Ils avancent vers ce monde meilleur. Ils le bâtissent, donnent l’exemple, et finissent par converger en comprenant la lutte de l’autre, le mépris et la maltraitance ressentis.
Et nous, journalistes, nous racontons tout ça. Les combats, les poings levés, les sourcils froncés, les colères saines, les luttes pour une plus belle société. Chaque jour, nous rencontrons des héros du quotidien qui n’ont pas peur de se frotter à la justice sociale. Qui luttent pour les autres plus que pour eux. Et leurs larmes, leurs défaites sont les nôtres. Leurs victoires aussi.
Il existe deux mondes, ceux qui décident et ceux qui vivent et espèrent. Par simple essence, les premiers ont déjà perdu…
PS: La liste des luttes que nous avons couvertes n’est pas exhaustive dans ce papier !
1 réflexion sur “Il existe deux mondes”
Oui, il existe bien deux mondes.
Au bout d’une trentaine d’années de militantisme au sein de la CGT, Philippe Martinez m’a violemment fait comprendre que son monde n’est pas le mien.
Mon monde est effectivement une Vie d’Espérances et il me semble que Mediacoop pourrait satisfaire une d’elles, qui en souffrance depuis huit longues années