À trois jours de la présidentielle, les jeunes dans l’arène

Hier soir à la Maison du Peuple, la nouvelle association Fondation Démocratique a animé un débat présidentiel. Neuf jeunes, représentants de neuf partis se sont prêtés à l’exercice.

Il est 19 heures. À la Maison du Peuple, le public investit peu à peu les rangées de chaises placées pour l’occasion. Sur l’estrade ce ne sont pas les neuf candidats mais des jeunes venus défendre leurs couleurs.

Trois partis ne sont pas représentés. Celui de Nicolas Dupont-Aignant, le pari Reconquête ! et le NPA de Philippe Poutou. Pourtant, tout le monde a été invité par les organisateurs, Tarinda et Nizem, co-fondateurs de la toute jeune association Fondation Démocratique.

Perte de confiance

« Notre volonté a été de créer une structure nous permettant de mettre à exécution nos envies sur la démocratie. Informer sur les élections notamment car les enjeux sont bien présents et on assiste à une perte de confiance des jeunes en la politique. », nous explique Tarinda. L’association qui se dit non partisane souhaite dialoguer avec tous les partis pour faire vivre la démocratie à l’échelle locale.

En plus du débat de ce soir, d’autres initiatives sont en cours de préparation comme des speed-dating ayant vocation à faire se rencontrer des élus et des citoyens ou des journées partagées (Un jour, un citoyen, un élu ). Pour l’heure, c’est bien la rencontre de tous les jeunes représentants qui intéresse le public.

La jeunesse au centre

Le débat abordera trois thèmes devant les militants venus en nombre, les spectateurs et des membres de l’association des Jeunes européens Auvergne qui poseront plusieurs questions à la fin de la rencontre.

Premier thème : La jeunesse. Un enjeu de grande importance, pourtant si peu présent dans le débat public de ces derniers mois. Les représentants sont invités à se présenter tour à tour. Ils disposent chacun d’un temps de parole de 3 minutes pour chaque thème et d’un droit de réponse d’une minute en cas d’interpellation directe.

Tous font le même constat : la jeunesse est trop souvent victime de la précarité, étudiants comme jeunes travailleurs. En revanche, ils n’ont pas tous les mêmes solutions. Bastien Gounon des Jeunes avec Macron doit rendre des comptes sur le bilan de son candidat et sur la baisse des APL. « Je remercie le représentant des Jeune Avec Macron d’être là car son candidat lui, ne participe pas au débat », lance le jeune Vert Grégoire Verrière. Marie Savre de Lutte Ouvrière aborde la récente sortie de Macron sur l’apprentissage à 12 ans. Les Macronistes dans le public s’insurgent. Guillaume Reboul de l’Union Populaire tacle encore plus large : « Y’a que des candidats comme Macron, Pécresse et Le Pen pour recoller des problèmes comme ça avec de la rustine ».

Vent debout face au RN

Si le débat était bien présent et les joutes verbales plutôt piquantes entre les candidats, les représentants des partis de gauche ont fait front commun contre le Rassemblement National et son représentant Yanis Ouada. Dans les gradins, un militant RN est bien connu pour être un ancien membre du Bastion Social. Il nous demande si nous sommes bien Médiacoop et dit qu’il connaît l’une de nos journalistes. ( Qui a relaté longuement les faits et méfaits du Bastion Social).

La soirée file. Le deuxième thème est lancé : la sécurité. Les esprits s’échauffent. La question des Musulmans est mise sur la table. Mais ce n’est pas le RN qui en parle. C’est la France Insoumise. Pour souligner les stigmatisations que subissent ces derniers jusque dans les transports en commun, jusque devant leurs portes. Dans le public, entre les militants, la tension monte.

Taran Coutarel des Jeunes Communistes de France calme le jeu en recentrant le débat sur un thème primordial : les violences faites aux femmes. Tous les candidats le rejoignent. Quelqu’un souligne que sur les 9 représentants, une seule femme est présente.

Abstentionnistes et indécis dans le viseur

Pour beaucoup de jeunes, le choix est difficile. Certains pointent un problème de représentation, d’autres une campagne aphone. Ce soir, le débat est avant tout un moyen de leur faire voir plus clair.

Sur la sécurité, les propositions s’enchainent. Au RN, on veut donner plus de pouvoir aux forces de l’ordre. Le représentant de Jean Lassalle, Guillaume Chauquet parle de d’embaucher 6000 policiers et gendarmes afin notamment de mettre en place des conseils de quartier. LREM planche sur la création de 15 000 places supplémentaires dans le milieu carcéral et de nouveaux postes dans la justice. La FI veut renforcer la police de proximité. Les communistes anglent leur approche sur la notion de tranquillité publique. Pour la droite de Pécresse, représentée par Antoine Chabrillat, il est question de moyens supplémentaires pour les forces de l’ordre et la justice et d’une police municipale armée. Enfin, c’est une question de moyens aussi pour Jérome Filere, soutien d’Anne Hidalgo (PS).

Nécessaire

Un débat nécessaire. Comme le troisième thème de la soirée, l’écologie, trop absente du débat national à l’heure où le GIEC vient de délivrer un rapport tristement alarmant. Nécessaire comme le thème de l’Europe, abordé par l’association des Jeunes européens Auvergne. Fin de soirée, chaque représentant se lance dans un discours de clôture.

Beaucoup de propositions ont été reprises. À trois jours du scrutin, l’exercice est important. D’autant plus après une campagne jugée creuse, tournée sur les thèmes identitaires, boudée par le gouvernement en place et perturbée par le contexte international. Important aussi pour tous les jeunes dans le flou. Enfin, important pour la vie politique à l’échelle locale.

En tous les cas, si la jeunesse est souvent considérée comme détachée de la politique, l’exercice de ce soir prouve le contraire et montre bien que l’engagement est encore vivant.

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