Depuis le 10 avril et le résultat des élections, nombre de concitoyens s’interrogent : Comment en sommes-nous arrivés là ? Un taux d’abstention très fort, des votes Le Pen et Macron inédits, des scores catastrophiques pour des partis « dominants ». Retour sur une présidentielle où tout était peut-être déjà joué d’avance.
Le vote utile pour Mélenchon aurait presque pu marcher. À moins de 500 mille voix près, le candidat de la France Insoumise passait au second tour. Certains alors sont en rogne. Qu’ont fait les communistes ? Pourquoi les Verts ont fait cavaliers seuls ?
Parce qu’une chose est, malgré tout, rassurante, pendant cette présidentielle, si on additionne les voix : La France vote majoritairement à gauche, atteignant 32% des votes. Mieux que le président sortant, E. Macron (27,8 %).
Mais des valeurs essentielles, comme la sortie du nucléaire par exemple, n’ont pas su fédérer les différents candidats. Alors, les voix se sont éparpillées.
Est-ce une mauvaise chose que les gens continuent de voter par conviction et non par stratégie ? Il serait dommage en tout cas, que le pluralisme de la gauche lui coûte la vie.
Macron avait prévenu : Plus de gauche, plus de droite. Même si, une analyse sociologique des votes montre bien que le président sortant a surtout pu compter sur les anciens électeurs de droite, comme le prouve ses scores à Neuilly-sur-Seine ou dans les communes bretonnes dites traditionnelles.
Il est évident, cependant, que le Parti Socialiste et Les Républicains n’ont guère montré signe de vie durant cette élection, voire même pendant cette campagne. D’ailleurs, y-a-t-il eu campagne ? Les candidats n’ont pu débattre des thèmes essentiels attendus par les français : Pouvoir d’achat, écologie, sécurité, chômage, santé, enseignement…
Alors, il fallait se pencher soi-même sur les programmes. Poser des questions, faire des recherches. En ce sens, tous devaient devenir journalistes pour récupérer les informations.
Encore que, les journalistes eux-mêmes, n’ont pas fait ce travail-là. Personne pour décortiquer les différents programmes, comprendre leurs financements.
Aujourd’hui, il reste deux candidats en lice. Pour nombre de lecteurs de Mediacoop, il faudra choisir (ou pas) entre la peste et le choléra.
Nous avons décidé de comparer les deux programmes et de tenter de les analyser.
Concernant le programme du président sortant, (un PDF de 13 pages), l’éducation trône en premier lieu sous la thématique du contrat social. Emmanuel Macron veut plus d’heures de français et de maths dès la primaire et en 6eme. Il veut instaurer 30 minutes par jour de sport en primaire et deux heures de plus au collège. Pour lutter contre le harcèlement, il veut mettre en place des délégués, et un contrôle parental sur les écrans.
Éducation
E.Macron tient à revaloriser le travail des AESH qui accompagnent les enfants en situation de handicap, en leur fournissant des contrats de 35 heures, permettant un meilleur suivi de l’élève. La découverte des métiers se fera dès la 5eme, avec des stages de quelques jours.
Voilà pour les effets d’annonce. E.Macron a mis en place la réforme du lycée qui s’avère être une mauvaise idée, puisqu’il décidera de remettre en place les maths dans le tronc commun du lycée. ( Avec la réforme mise en place à la rentrée 2019, les maths devenaient optionnels à partir de la première.) « La réforme du lycée a commencé à être appliquée en septembre 2019 avec des difficultés et des disparités selon les options et donc les établissements. Maintenant, on va nous demander de tout changer à nouveau. S’il nous avait écouté dès le départ… » Commente la CGT Educ’action 63
Ses grandes réformes touchent particulièrement le lycée professionnel. « Il veut instaurer 50 % de stage en plus. Nos élèves partent déjà 22 semaines, on passerait à 33. Sur une année scolaire, c’est énorme, on ne verrait quasi plus les élèves. De plus, il annonce que ses jeunes seront ainsi rémunérés par leur maître de stage. C’est une façon détournée de les mettre en apprentissage, de les éloigner du lycée, et de les payer le moins cher possible. » Explique un enseignant du lycée professionnel Amédée Gasquet de Clermont-Ferrand. Quelques lignes sont destinées à Parcoursup en expliquant que le processus sera plus « prévisible ».
Enfin, il veut réguler les filières, en fermant des places quand le cursus n’a pas assez de débouchés et en en créant d’autres, quand de nombreux postes sont à pourvoir dans le domaine. « En gros, nos enfants n’auront pas le choix, ils feront un métier dont le pays a besoin et non un métier qui leur plaît. » Explique une mère devant le lycée Sidoine Apollinaire de Clermont-Ferrand.
Changeons de candidat. Sur le plan de l’éducation, Marine Le Pen propose un programme de rupture. La candidate souhaite rebâtir totalement le système éducatif français avec comme base, la loi. Elle voudrait par exemple que le Parlement fixe « ce qui est attendu des élèves à la fin de chaque cycle. » Une loi votée par l’Assemblée Nationale définirait les modalités concrètes d’enseignement et le détail des programmes relèverait du ministère de l’Education nationale.
Parmi les mesures, beaucoup de suppressions d’abord. En premier lieu, les enseignements de langue et de culture d’origine Elco, (visant à permettre aux enfants dont les parents viennent d’un autre pays de garder un lien avec leur pays d’origine). Le but selon elle : éviter le séparatisme et le communautarisme.
La candidate RN souhaite interdire le port du voile « islamique » pour les accompagnantes de sorties scolaires et promet un renforcement des principes de laïcité dans les établissements publics sans donner d’autres précisions. Elle veut également abroger la réforme du bac pour lui redonner « son statut d’examen terminal national », en rehaussant les exigences académiques. Enfin, sans détailler les contours d’une alternative, elle promet la suppression de Parcoursup. On perçoit chez Marine Le Pen une sorte de nostalgie d’une école plus autoritaire, limite IIIe République, plus verticale, fondée sur l’apprentissage des fondamentaux et fermée aux influences de l’extérieur.
La candidate s’engage à dédoubler les classes entre la grande section et le CP, l’effectif maximal ne devant plus dépasser les 20 élèves. Elle souhaite mettre l’accent sur le français, les maths et l’histoire de France, ambition qui a de quoi inquiéter lorsque l’on connaît les facilités de l’extrême-droite pour la manipulation des faits et du passé. La candidate est favorable au port de l’uniforme dès l’école primaire. L’objectif selon elle est de masquer les inégalités et de « lutter contre le communautarisme. » Le nombre d’heures de cours des élèves du primaire sera significativement accru. Enfin, un plan d’urgence éducative pour l’Outre-mer, notamment pour la Guyane et Mayotte serait mis en place.
Le projet de Marine Le Pen pour l’école est présenté sous le signe de la « restauration » si bien que sur le site de la candidate, le mot est utilisé six fois. Les enseignants risqueraient alors de se transformer en exécutants de ce programme politique. La candidate compte d’ailleurs revaloriser les salaires de ces derniers de 3 % par an sur la durée du quinquennat, soit une augmentation totale de 15 %. Un appel du coude adressé à l’électorat travaillant dans l’éducation.
Mais c’est dans l’aspect sécuritaire des mesures que la coloration extrême du programme se révèle le plus. La candidate veut recourir à l’utilisation systématique par l’institution scolaire de l’article 433-5 du Code pénal relatif aux outrages à une personne chargée d’une mission de service public. Cet article du Code pénal prévoit, lorsque les faits en cause ont été commis à l’intérieur d’un établissement scolaire ou aux alentours, une peine de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Les absences seront également sanctionnées et la vidéoprotection généralisée.
Enfin, le programme laisse une grande place à la protection de l’enfance avec la volonté, entre autres de faire bénéficier les enfants victimes de l’assistance d’un avocat, de favoriser le placement chez un membre de la famille autre que les parents et de redonner à l’État la compétence sur l’aide sociale à l’enfance.
Santé
Emmanuel Macron a décidé de faire de la santé une priorité de son futur quinquennat. Il veut instaurer différentes mesures préventives, comme les bilans de santé complet et gratuit à 25, 45 et 60 ans, mais aussi les détections précoces des écarts de développement chez l’enfant, allant de la dyslexie à l’obésité. Un accompagnement connecté sera mis en place pour les maladies chroniques. E.Macron déclare aussi que la santé des femmes sera particulièrement mise au centre de son programme. Il a annoncé également un plan de recrutement d’infirmières et d’aides soignantes en EHPAD et faciliter la prise en charge administrative en hôpital pour les patients.
Comme Marine Le Pen, sa lutte se dirige contre les déserts médicaux, il est ainsi prêt à donner plus de pouvoir aux infirmières et pharmaciens qui seront habilités à faire des actes simples ou des renouvellements d’ordonnance. De plus, il instaurera plus de téléconsultation et veillera à la régulation de l’installation.
Concernant le bien-veillir, une revalorisation des retraites sera mise en place, et une convention citoyenne sera réunie concernant la fin de vie. Emmanuel Macron facilitera le travail après la retraite avec le cumul des deux statuts : travailleur et retraité.
Enfin, le président voudra, dans son prochain quinquennat, souhaite relocaliser la production de médicaments et soutenir la recherche.
De l’autre côté, le programme de Marine Le Pen semble riche, étoffé et complet, allant chercher des modifications, suppressions ou solutions dans les moindres détails. Pour autant, le grand projet de la candidate d’extrême droite est bien moins précis quant au financement des différentes mesures, laissant les professionnels et spécialistes du secteur dubitatifs quant à une possible réalisation.
Premier objectif d’ampleur, Marine Le Pen souhaite redonner la tutelle des hôpitaux aux préfets de région à travers les Directions régionales des affaires sanitaires et sociales : les ARS seront purement et simplement supprimées. Les hôpitaux auront une gouvernance bicéphale, partagée entre le directeur d’hôpital pour les aspects administratifs et un médecin pour les questions médicales. Ce nouveau fonctionnement ne semble pas rebuter le milieu hospitalier souvent favorable à une gestion de proximité.
Elle souhaite recruter en masse des personnels soignants pour combler les postes vacants et revaloriser leurs salaires. Au moins 10.000 places supplémentaires seront ouvertes dans les Instituts de Formation en Soins infirmiers (IFSI) et les centres de formation d’aides-soignants. 2 milliards d’euros sur cinq ans devraient être débloqués pour revaloriser les salaires du personnel soignant des hôpitaux. Le salaire des infirmiers sera augmenté de 10% pour atteindre la moyenne européenne. Cette revalorisation concernera également les personnels hospitaliers non concernés par le Ségur de la santé. Précisons que cette dernière mesure aurait un coup de 422 millions d’euros sur le temps d’un quinquennat. Où les trouver ? Le programme ne le précise pas.
Si la candidate souhaite instaurer un moratoire sur la suppression des lits à l’hôpital public, elle nourrit également de grandes ambitions face aux déserts médicaux. Cette dernière souhaite les réduire grâce à une rémunération de la consultation modulée selon le lieu d’installation. Une mesure qui se veut souvent abordée par les candidats mais très compliquée à mettre en place, selon les spécialistes.
Le RN souhaite déployer la télémédecine sous toutes ses formes : téléconsultation, télésoins, téléexpertise, télésurveillance médicale. Enfin, la candidate souhaite ouvrir « un nombre de places suffisantes » dans les facs et réduire drastiquement le recours aux médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l’Union Européenne.
Plusieurs mesures sur le handicap complètent le programme comme la durée du congé de proche aidant qui sera portée à douze mois pour l’ensemble de la carrière. Le montant minimal de l’AAH sera indexé sur l’inflation et, le barème permettant d’établir les droits au titre de l’allocation adulte handicapé (AAH) ne prendra plus en compte les revenus du conjoint. Marine Le Pen souhaite également ériger en principe constitutionnel la lutte contre les discriminations du fait du handicap et lancer un grand plan pour l’accès à la scolarité des enfants touchés par le handicap.
Sécurité
Un investissement important sera fait en matière de sécurité par l’actuel président de la République, s’il est réélu : 200 nouvelles brigades de gendarmerie seront implantées en milieu rural, un doublement de la présence des forces de l’ordre dans les transports, le recrutement de 8500 magistrats d’ici fin 2027 et la mise en place de 1500 cyberpatrouilleurs afin de lutter contre la cybercriminalité.
Les amendes concernant le harcèlement de rue verront leur forfait tripler. Les délits seront punis par des amendes plutôt que d’être jugés, facilitant ainsi les procédures, tout comme le dépôt de plainte en ligne. Les mineurs délinquants pourront être encadrés par des militaires. Une force d’action républicaine devrait voir le jour, réunissant magistrats, forces de l’ordre et équipe éducative.
Pour ceux qui s’en prendraient aux forces de l’ordre, ils pourraient se voir priver de leurs droits civiques. Enfin, le président rappelle que son combat continue pour faire reculer « l’Islam radical ».
En ce qui concerne les frontières, le candidat prévoit une meilleure maitrise de l’immigration, l’achèvement de la réforme de Schengen (refonte de l’espace et de son fonctionnement avec l’immigration comme toile de fond) pour renforcer les frontières européennes et la création d’une « force des frontières ».
Dans cette même veine, Macron voudrait poursuivre la refonte de l’organisation de l’asile et du droit au séjour pour décider beaucoup plus rapidement qui est éligible et expulser plus efficacement ceux qui ne le sont pas. Les titres de long séjour seraient accordés seulement pour ceux qui réussissent un examen de français et s’insèrent professionnellement. L’expulsion des étrangers qui troublent l’ordre public serait aussi de mise.
Pour Marine Le Pen, pas de doute, c’est bien un programme d’extrême droite qui nous est présenté. La mesure phare du programme en termes de sécurité est déjà connue de tous depuis de long mois. Si elle est élue, la candidate s’engage à proposer un référendum dans les six mois dont le premier principe consisterait à modifier des articles de la Constitution pour y intégrer la question migratoire et réduire les compétences des juridictions internationales. La consultation proposerait aux Français d’interdire « toute forme de peuplement qui vise à altérer l’identité de la France ». Les mots cachent difficilement la violence de leur sens. Ici, c’est le regroupement familial qui est expressément visé. De même, le référendum proposera que les étrangers en situation irrégulière, les étrangers auteurs de crimes ou délinquants soient systématiquement et immédiatement reconduits à la frontière. Enfin, les étrangers devront rentrer chez eux au bout d’un an de chômage.
Parmi les autres mesures au détriment des étrangers : réserver les aides sociales aux Français, conditionner les prestations de solidarité à 5 ans de travail, la priorité nationale pour l’accès au logement social et à l’emploi, la suppression du droit du sol (rappelons que même le régime de Vichy n’a pas osé supprimer l’acquisition de la nationalité par la naissance en France) et la réalisation des demandes de droit d’asile dans les consulats ou ambassades à l’étranger.
Rappelons également que la discrimination des étrangers au profit des Français est totalement contraire à l’État de droit et aux prérogatives Européennes. Mais la candidate refuse d’assumer sa rupture avec l’Europe et avec les principes même qui fondent notre démocratie.
Marine Le Pen veut également remettre la prison au centre du système répressif en développant fortement les courtes peines et en supprimant toute possibilité de réduction ou aménagement de peine. Selon elle, les mineurs délinquants doivent être sanctionnés dès le premier fait commis. Des mesures qui s’accompagneraient de la création de 25.000 nouvelles places de prison d’ici 2027. Si Marine Le Pen a cherché à continuer la dédiabolisation de son parti et de son nom et a joué la carte de la candidate du pouvoir d’achat plutôt que celle antisystème, ses mesures sécuritaires montrent bien que seule la forme est policée mais pas le fond.
Logement et bien vivre
Emmanuel Macron veut étendre la caution publique pour les locataires tout en punissant les mauvais payeurs. La responsabilité concernant le logement sera attribuée aux communes. Les couples non-pacsés ou non-mariés pourront bénéficier d’une réduction d’impôts. Le versement des aides se fera de façon automatique, et un guichet unique sera mis en place pour toutes les démarches.
Sur la question du logement, Marine Le Pen propose de lancer un plan de réhabilitation de l’habitat ancien grâce à des aides efficaces mais encore une fois, sans les préciser. Le Rassemblement national veut la construction de 100 000 logements sociaux par an dont 20 000 pour les étudiants et les jeunes travailleurs. Pour ces derniers, Marine Le Pen veut évidemment instituer une priorité nationale d’accès. En termes de pouvoir d’achat, celle-ci compte exonérer d’impôt sur le revenu les jeunes jusqu’à 30 ans et d’impôt sur les sociétés les entrepreneurs de moins de 30 ans pendant les 5 premières années. Enfin, cette dernière souhaite doubler le soutien aux mères isolées et créer un prêt à 0% pour les jeunes familles.
Écologie
La plupart des candidats ont récolté une mauvaise note sur la question. Marine Le Pen ne déroge pas à la règle. Associations, collectifs et scientifiques s’accordent à dire que son programme ne prévoit que des mesurettes voire de la poudre aux yeux.
Pour les animaux, la candidate souhaite accorder une reconnaissance constitutionnelle pour inclure des principes fondamentaux devant régir leur statut en France. Au niveau des transports, elle propose de renationaliser les autoroutes pour baisser de 15 % les péages et de réduire la TVA à 5,5 % sur les carburants. Marine le Pen l’abaisserait dès le lendemain de son élection. Problème : la TVA est une taxe qui relève des compétences de l’Union européenne et des règles bien spécifiques s’appliquent, qui rendent impossible tout changement à la simple échelle nationale.
Surtout, si ces mesures sont financières , elles ne sont en rien écologiques. Elle souhaite par ailleurs instituer la gratuité des transports aux heures creuses pour les 18-25 ans et propose enfin de mettre fin aux zones à 30km/h dans les villes et de restaurer la limitation de vitesse à 90 km/h sur les routes nationales.
Pour l’industrie, la candidate souhaite un « patriotisme économique » pour réindustrialiser et produire les richesses en France. Cette politique passe principalement par des mesures protectionnistes et une fiscalité avantageuse pour les TPE-PME implantées sur le territoire. Sous cette étiquette patriote, le flou reste total.
Sur les énergies, Marine Le Pen est favorable au nucléaire. Elle souhaite, en revanche, un moratoire sur l’énergie éolienne et solaire. Un programme qui conduirait à un renforcement de notre dépendance aux énergies fossiles sans répondre à nos besoins qui risquent d’augmenter dans les années à venir. La réouverture de Fessenheim pour laquelle elle plaide serait de toute façon impossible puisque de nombreuses pièces ont déjà été envoyées sur d’autres centrale.
L’essentiel du programme de Marine Le Pen pour l’agriculture est décliné autour de l’objectif d’améliorer la rémunération et la compétitivité des agriculteurs. La candidate propose pour cela de mettre un terme aux marges jugées trop fortes de la grande distribution et d’octroyer des aides financières supplémentaires. Elle propose aussi d’amoindrir les réglementations sanitaires et environnementales européennes et nationales afin d’améliorer la compétitivité des agriculteurs français. L’argent au détriment de la santé.
D’autres engagements visent à protéger l’agriculture française des produits importés : interdiction des importations de denrées agricoles ne respectant pas les normes de production française, exclusion de l’agriculture des traités multilatéraux de libre-échange, obligation pour les cantines d’utiliser 80 % de produits agricoles français, et généralisation de l’étiquetage sur l’origine des produits alimentaires.
Côté Macron, on mise sur un élément : la planification. Un termes qu’on lui reproche d’avoir picoré du côté de Jean-Luc Mélanchon, souvent félicité pour son programme vert. « Le prochain Premier ministre sera directement chargé de la planification écologique », et « appuyé par deux ministres forts » chargés de « la Planification écologique territoriale » et de « la Planification énergétique », déclarait le président lors de son dernier meeting à Marseille.
La planification donc, d’abord, pour poursuivre la construction de six premières centrales nucléaires nouvelle génération, la multiplication par dix de notre puissance solaire et l’implantation de 50 parcs éoliens en mer d’ici 2050. Le candidat souhaite également continuer à investir pour devenir leader de l’hydrogène vert. Mesure forte, il souhaiterait faire dépendre obligatoirement la rémunération des dirigeants des grandes entreprises du respect des objectifs environnementaux et sociaux de l’entreprise. Mais qui fixera ces objectifs?
De plus, figure au programme la mise en œuvre d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour éviter la concurrence déloyale. Autres mesures : 700 000 logements par an rénovés, une planification déclinée dans chaque territoire pour des choix locaux sur la production d’énergie et la décarbonation, une planification déclinée da chaque grand secteur économique, réduire massivement les exportations de déchets en développant les filières industrielles françaises de recyclage, planter 140 millions d’arbres d’ici la fin de la décennie, protéger es littoraux, montagnes, forêts et espaces naturels. Sur l’agriculture enfin, tout comme sa rivale, E.Macron met le cap vers la souveraineté alimentaire.
Économie, emploi et industrie
Marine Le Pen veut « rendre l’argent aux Français ». Mais si son programme se résume à une longue liste de chèques distribués ici et là, de nombreux économistes se rejoignent sur la difficulté à l’appliquer et sur l’imprécision du projet.
En termes de finances publiques, Le Pen veut lancer un emprunt national rémunéré à 2% pour financer des investissements. En faveur des entreprises, la candidate veut exonérer de cotisations patronales celles qui augmentent les salaires (jusqu’à trois SMIC) de 10% et baisser les impôts de production des PME-TPE. Un cadeau fiscal qui ne profiteraient pas vraiment aux ménages, en bout de course. Notons la création d’un chèque-formation mensuel de 200 à 300 euros pour les apprentis, alternants et leurs employeurs.
Autre élément majeur de son programme, Marine Le Pen veut revoir l’héritage et ses conditions. La candidate du Rassemblement national veut ainsi supprimer les impôts sur l’héritage direct pour les familles les plus modestes et exonérer les donations des parents et des grands-parents jusqu’à 100 000 euros par enfant tous les dix ans.
Enfin, la candidate a pour objectif de renationaliser les sociétés d’autoroutes. Pour elle, la privatisation a causé un fort manque à gagner. Mais l’État ferait-il mieux que les sociétés privées? Surtout, cela aurait-il une incidence sur le porte-monnaie des Français? Pas sûr lorsque l’on sait que l’entretien des autoroutes nécessite un budget important.
En termes de retraite, Marine Le Pen s’oppose à tout allongement de l’âge de départ. La candidate propose de permettre à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans pendant 40 annuités de prendre leur retraite à 60 ans. Le programme frontiste prévoit également de réindexer les retraites sur l’inflation. Marine Le Pen ambitionne aussi la revalorisation du minimum vieillesse à 1 000 euros et une augmentation des petites retraites.
Pour Emmanuel Macron, l’heure est aussi aux promesses. Tout d’abord, mieux vivre de son travail avec le triplement de la prime « Macron », sans charges ni impôts, la baisse des charges pour les indépendants, la suppression de la redevance télé et l’absence d’impôt sur les successions jusqu’à 150 000 € par enfant et jusqu’à 100 000 €
aux autres membres de la famille.
Au programme également, un nouveau RSA, conditionné à une activité effective. Une proposition qu’il partage cette fois avec Les Républicains et qui gêne en grande partie les potentiels électeurs de gauche. Macron penche pour une assurance chômage plus stricte quand trop d’emplois sont non pourvus, plus généreuse quand le chômage est élevé. Pôle emploi sera transformé en « France Travail » par la mise en commun des forces de l’État, des régions, des départements et des communes. Mais le gros morceau du prochain quinquennat serait encore celui de la retraite. Macron veut un relèvement progressif de l’âge légal de départ à 65 ans et la suppression des principaux régimes spéciaux.
International
C’est sur les questions internationales que la candidate a le plus envie de renverser la table. Pour elle, c’est la « politique des mains libres » qui prime. Cela suppose que la France se retire du commandement intégré de l’OTAN au risque de l’isoler d’un point de vue diplomatique. Il s’agirait aussi de remette à plat les relations avec les Etats-Unis, stopper les coopérations militaires et industrielles avec l’Allemagne et se rapprocher de la Russie. Un choix fort à l’heure de la guerre en Ukraine. Sur la question de la défense, la candidate prévoit un effort financier permettant d’atteindre, à l’horizon de 2027, un budget de l’ordre de 55 milliards d’euros.
De l’autre côté, Macron propose une sorte de continuité avec les partenaires européens et alliés de l’Otan. Emmanuel Macron veut « bâtir une Europe puissante » capable « de se défendre et de peser sur le cours du monde ». Ce dernier souhaite notamment négocier avec Berlin un second plan de relance mutualisé.
Sur l’armée, l’objectif est de continuer à la renforcer pour que son budget atteigne 2% du PIB. D’ici 2030, nos armées seraient modernisées avec, entre autres, la livraison de plus de 60 chasseurs Rafale supplémentaires, 5 nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque et 1 250 nouveaux véhicules blindés polyvalents.
Macron prévoit également le doublement du nombre de réservistes opérationnels d’ici 2027. Enfin, est prévu le lancement d’États généraux pour le droit à l’information afin de lutter contre toutes les tentatives d’ingérence et donner aux journalistes le meilleur cadre pour remplir leur mission essentielle, en associant les citoyens.
Culture
Chez Marine Le Pen, il s’agit de la grande absence du programme. Sur le site ultradétaillé de la candidate, le sujet n’apparait pas parmi les différentes rubriques. Pour Macron, on vise de nouvelles commandes publiques artistiques à travers la France pour soutenir les jeunes créateurs, un investissement pour construire des métavers (réalité virtuelle) européens et proposer des expériences en réalité virtuelle autour de nos musées et de notre patrimoine. Enfin, une extension du pass Culture pour accéder plus jeune à la culture.
Autre
Marine Le Pen souhaite mettre en place le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), permettant aux Français de s’approprier des questions sociales, sociétales, économiques ou politiques. Il faudra la signature de 500 000 Français pour qu’il soit organisé.
La candidate souhaite privatiser l’audiovisuel public afin de rendre « 2.8 milliards de redevance aux Français », selon elle. Ici encore, on peut penser à une proposition purement démagogique et qui manque de connaissance sur l’offre de programmes des services publics. Cette privatisation porterait un coup à l’information et à son pluralisme proposée par Radio France et France Télévision. De plus, ces deux organes sont des acteurs importants pour le financement et la diffusion de la culture et de la création audiovisuelle et cinématographique française.
De son côté, Macron souhaite déployer le service national universel expérimenté depuis 2017. Pour ceux qui s’y engagent pleinement, le permis de conduire sera financé. Pour ceux qui s’engagent dans la durée comme réservistes, les études seront financées à hauteur de 2 500 euros par an pendant 5 ans. Enfin, un « testing » de chaque entreprise de plus de 5 000 salariés : les résultats seront rendus publics, les entreprises coupables poursuivies.