Avec le Covid, presqu’un quinquennat est passé sans que le congrès ait pu se tenir. Alors, cette année, les retrouvailles durent deux jours. Fred Campguilhem, de la CGT Educ 63 nous rappelle les enjeux de cette réunion : « Il faut d’abord préparer les élections professionnelles et faire le bilan des 5 années passées. 5 années qui ont cumulé des luttes historiques, et recensé des attaques sans précédent. Mais nous devons quand même applaudir notre victoire concernant la réforme des retraites. »
Un quinquennat entier qui aura mis les enseignants en difficulté : Parcours sup, réforme des lycées, criminalisation syndicale, poursuites judiciaires. « Nous n’avons jamais autant souffert » Explique une enseignante en lycée Pro. « Mais cela a permis aux syndicats de se réunir, de travailler ensemble, de se rapprocher les uns des autres. »
Mal-être des enseignants
L’Education nationale souffre du manque de moyens, du manque de recrutement et du mal-être de ses agents. Franck, du Cantal l’explique : « Nous avons de nombreux camarades qui souffrent de maladies psychologiques, développées à cause de leur travail. Or, nous sommes des fonctionnaires, et notre employeur est juge et parti, concernant la reconnaissance en maladie professionnelle. Contrairement aux structures privées, la CPAM n’intervient pas dans la décision. »
Pour les représentants de l’Education Nationale, un grand silence s’est donc emparé des atteintes sur la santé. « On parle des nombreux arrêts de travail dans l’éducation mais sans prendre conscience que la responsabilité incombe à notre employeur. »
Les professeurs et agents de l’Education doivent s’organiser à chaque nouvelle réforme, pallier le manque d’agents, et les difficultés de recrutement. Le syndicat de la CGT Educ’Action a pourtant développé ses compétences en la matière, notamment en gagnant un procès en 2016, qui fera figure d’exemple. « Le juge Administratif a ouvert une voie. Et depuis, dans le Cantal, on a un record dans la reconnaissance des maladies professionnelles. »
Mais, le syndicat aimerait se former à la prévention plutôt qu’à la réparation.
Un quinquennat de luttes
Se former à la lutte, Blanquer leur a, au moins, permis ça. « Chaque semaine, on était auprès des établissements du 1er degré à la fac. Tout a changé en 5 ans. »
Les enseignants reprochent la mise en place d’un management automatique, de l’évaluation à outrance. Alors certes, un nouveau ministre a été mis en place. « Mais, on ne va pas se calmer pour autant. Il est là pour continuer la réforme. La réforme du lycée est une catastrophe. Le lycée professionnel devient un centre d’apprentissage, le collège va être dirigé par un chef d’établissement qui pourra recruter ses propres enseignants. On n’a aucune raison d’être content. »
Au lycée de Riom, c’est le combat pour les élèves sans papiers qui a lieu. Un peu partout sur le territoire, les AESH ( Accompagnant d’élève en situation de handicap), ou les AED ( Assistant d’Education) se battent pour sortir de leur contrat précaire.
« La réforme du lycée a fait éclater le noyau classe. Chaque élève a ses propres options et vadrouille de classe en classe. On n’a plus aucune cohésion. Certains établissements ne proposent pas toutes les spécialités. Cela pénalise les petits établissements ruraux. »
Concernant le bac, chaque note de terminale compte. « On m’a déjà convoquée car je mettais de trop mauvaises notes à un élève dans ma matière, et les parents se plaignaient car ils n’auraient peut-être pas le bac, à cause de moi. » Explique une ancienne enseignante au lycée de Brioude. « On nous a fait changer des notes pour que l’élève ait le bac. Avant le bac était corrigé de manière anonyme par des enseignants inconnus par l’élève. Désormais, on devient responsables de leurs échecs, pour les parents. »
Souffrance du 1er degré à l’université
Concernant le lycée professionnel, le constat est amer aussi : « On a baissé les heures d’enseignements généraux et les élèves feront 30 semaines de stage, au lieu des 20, les années précédentes. Ils seront payés sous le statut de stagiaires, alors qu’ils pourraient l’être en tant qu’apprenti avec ces quotas horaires. Dans le milieu artisanal, on a du mal à trouver des maîtres de stage pour autant de semaines. » Explique un enseignant en menuiserie dans un lycée rural.
Moi qui suis prof de maths, avant je donnais 4 heures d’enseignement à mes terminales, désormais, ils n’ont plus qu’une heure trente de maths. Pareil, pour les cours de lettres/histoire qui sont passés de 4 heures à 1H30. » Raconte un prof, dépité.
Une cinquantaine d’enseignants, AED, AESH, gestionnaires sont présents sur ces deux jours afin de débattre et avancer lors de ce congrès académique. Ce matin, après avoir discuté des élections syndicales de la rentrée prochaine, ils ont voté le budget de l’Union académique. En dépenses prévisionnelles, on peut y voir les formations, la vie syndicale et une partie pour la solidarité et les manifestations. « Nous avons désormais besoin de soutenir parfois des comités de grève, et surtout de nous défendre juridiquement, puisque, certains d’entre nous sont même attaqués en justice. »
Le congrès se terminera ce soir, sur une note amère mais décidée. « Le combat n’a jamais été aussi dur pour garantir une éducation égalitaire pour tous, avec des moyens que nos élèves méritent. Mais, on ne lâchera pas. »