Depuis 1987, le parti régionaliste » Région et peuple solidaire » participe aux échéances électorales. Mais, ici, à Clermont-Ferrand, de mémoire de gaulois, c’est la première fois, qu’un candidat se présente aux législatives. Le candidat arrive du Var, s’est installé en Auvergne, voilà 2 ans, et a travaillé aux Augustes où il est désormais bénévole. « Je me suis pris de passion pour l’occitan auvergnat ».
Il arrive dans une coloc politisée d’extrême-gauche. « Avant ça, je n’avais pas vraiment de conscience politique, même si je me savais de gauche. D’ailleurs, mes idées ressemblent beaucoup à celles du NPA. » Confie le candidat qui n’est adhérent à aucun parti, pas même à celui qu’il représente.
« Je suis là pour défendre le fédéralisme, l’importance du local et de l’écologie. » Explique le jeune qui arrive un peu en retard, des miettes de croissants encore dans la barbe. « Il faut que les régions soient plus autonomes, plus le pouvoir est proche du peuple, plus on avance dans la démocratie. Je veux bien être européiste, mais pas pour un marché libéral ! Une Europe basée sur les régions. Il faut malgré tout, des lois nationales, on ne va pas copier les Etats-Unis et rétablir la peine de mort dans certaines régions ! »
Le jeune candidat l’explique sans détour « Je ne veux pas me faire élire. Je veux porter la voix de l’importance du multiculturalisme. «
Lutter pour le multiculturalisme
7000 langues sont vouées à disparaitre. « C’est la société anglo-saxonne qui domine tout. La diversité linguistique c’est important, c’est garant d’un échange, d’un respect des différences. Et tout ceci est lié à la lutte écologique. Au respect des peuples, de leur histoire, de leur situation géographique. Et il faut aller vers la décroissance, arrêter de consommer autant. Moi, j’adore l’informatique, mais j’essaie de travailler avec des logiciels libres et d’avoir le moins possible d’impact environnemental dans ma pratique. » Explique-t-il, avant de reprendre: « De plus, si on s’occupe des langues régionales, si on redonne une identité à chacun, on combat les idées d’extrême-droite. »
La parti occitan se dit proche des idées d’Europe Ecologie Les Verts. « Les écolos ont toujours défendu le régionalisme. Le parti de JL Mélenchon est beaucoup trop jacobin. Il ne parle que de la France et de la République. Pour moi, les insoumis sont trop identitaires. Ils ne s’intéressent pas à la diversité linguistique qui est pourtant d’une grande richesse. »
Pour Maël, l’importance de cette ouverture culturelle permet une meilleure intégration des étrangers. « Nous sommes dans une culture mono-linguiste, franco-française, c’est affreux pour accueillir les étrangers. » Chaque pays a des diversités culturelles. « Je me bats pur la langue de ma région, mais j’habiterais ailleurs, je me battrai pour une autre langue. L’important est de se battre pour la diversité. »
Maël a arrêté la fac de biologie durant le confinement. « Terrible cette période pour un étudiant. » Il veut travailler pour la langue désormais, « dans une association pour l’occitan. »
Ecolo, de gauche
Car pour lui, la politique ne s’arrête pas aux élections. « Il y a le festival de la Doume la semaine suivante. » Mais, il s’inspire de l’Islande. « C’est un pays peu peuplé certes, du coup, les habitants sont proches du pouvoir, et je trouve que c’est un bel exemple de démocratie. » Le jeune homme a voté Mélenchon « vote utile, car c’est la première force de gauche. »
« Je viens de Provence. Là-bas, tout a été colonisé par les parisiens à la retraite. Les prix de l’immobilier ont explosé, le niveau de vie des habitants a donc baissé. La précarisation a permis un vote RN en force. Et l’identité occitane disparaît. Bien sûr, il reste le folklore pur les touristes. Mais la culture ce n’est pas juste les traditions du passé. La culture évolue chaque jour. Elle n’est pas à destination des touristes. »
Maël essuie des blagues de la part des jeunes de son âge. « Quand on me dit que l’occitan c’est du passé ou que si on cumule des langues on ne se comprendra plus, ça m’agace, car on est bien un des seuls pays à ne pas être bilingue. Notre culture monolinguiste n’a pas d’égal sur la planète. et j’en veux à l’école pour ça qui l’interdisait. Puis les générations ont eu honte et ont cessé de la transmettre. » Dit-il, amer.
« Le but d’une société ce ne devrait pas être l’uniformisation des consciences. C’est comme ça qu’on se retrouve avec l’extrême-droite qui défend sa patrie, sa nation, son drapeau, et sa langue. On s’enrichit des différences. Voilà pourquoi j’ai accepté de me présenter aux législatives. Et j’adorerais faire 1 %, même si même mes colocs ne veulent pas voter pour moi. » Finit-il dans un clin d’oeil.