Manque d’AESH : une situation urgente pour les accompagnants, les enfants et leurs familles

En France, les Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap manquent cruellement. Si leurs conditions de travail sont déjà compliquées, ce sous-effectif empêche la scolarisation de nombreux enfants et les familles sont contraintes de s’adapter tant bien que mal.

Le calcul est vite fait : en septembre, plus de 430.000 élèves en situation de handicap ont fait leur rentrée en France. D’un autre côté, le nombre d’AESH recrutés par l’Éducation nationale a atteint 125.000 l’an dernier. Un chiffre grimpe, l’autre pas. Conséquence : de plus en plus d’enfants en situation de handicap se voient être mal accompagnés ou dans l’impossibilité pure et simple de suivre une scolarité.

Cap vers l’école

AESH, ça signifie « Accompagnants des élèves en situation de handicap ». Ces auxiliaires assurent des missions d’aide aux élèves en équipe avec les enseignants. Ils et elles ont vocation à favoriser l’autonomie de l’élève et à faciliter sa vie en milieu scolaire. De vraies boussoles du quotidien sans qui pas grand-chose n’est possible. Des éléments indispensables à l’accès à l’éducation de nombreux jeunes.

Éléonor a un fils de 22 ans. Il est atteint de TSA (trouble du spectre de l’autisme). Il y a dix ans, elle fonde l’association « Handi-Cap’vers le droit à l’école ». À ce moment-là, la mère de famille se bat pour que son fils puisse aller à l’école. Se battre est un euphémisme. Elle va jusqu’à s’enchainer aux grilles du bâtiment de l’inspection académique. « Mon fils avait des envies suicidaires car il n’était pas intégré. Une fois que j’ai gagné ce combat, il n’a pas été question de laisser souffrir d’autres enfants. ».

Aujourd’hui, « Handi-Cap’vers le droit à l’école » se bat pour 422 enfants. Une lutte forcément liée à celle pour les AESH et leurs conditions de travail.

La double peine

Si leur nombre trop faible a de lourdes conséquences sur les enfants, les AESH souffrent aussi de cette situation au quotidien. « Humainement, c’est une catastrophe. Elles sont mal payées car l’école n’est ouverte que 24 heures ou elles doivent utiliser leur véhicule. », explique Éléonor.

Pire, de plus en plus souvent, les auxiliaires doivent s’occuper de plusieurs enfants, jusqu’à cinq parfois alors que ces derniers n’ont pas le même handicap ou n’étudient pas dans la même école. Dans un communiqué, l’association d’Éléonor dénonce le non-respect des notifications de mise en place d’AESH mais aussi des situations paradoxales ridicules : « Certaines attendent d’être appelées car plus d’emploi, d’autres ont 5 enfants à gérer sans formation. ».  

L’école est un droit

Ceux qui souffrent le plus de cette situation sont les enfants. Les jeunes qui devraient être accompagnés d’une AESH mais ne le sont pas ne peuvent pas non plus être accueillis directement dans des structures adaptées tant l’attente est longue. « C’est une attente de presque 2 ou 3 ans dans des structures. Les enfants qui ont des notifications MDPH ne peuvent pas être accueillis donc ça donne des scolarisations-bricolage ou des déscolarisations. », déplore Éléonor.

Cette année, c’est dès la rentrée que l’information sur le manque de budget est tombée. C’est l’Éducation nationale qui a pour rôle, via les rectorats, de répartir l’enveloppe budgétaire. « Ça leur permet de se renvoyer la balle pour ne pas assumer la responsabilité. ». Actuellement, Éléonor assure que 15 à 20% d’enfants n’ont pas accès à l’aide souhaitée sur l’académie de Clermont-Ferrand. Et pour le reste de l’année, les signaux sont également au rouge. « Vers octobre-novembre, il y a habituellement une rallonge de budget. Cette année, il n’y a plus d’argent, c’est catastrophique.« .

Faire avec les moyens du bord

Il y a quelques semaines, une directrice d’école disait à Éléonor la difficulté qu’elle a à vivre le fait de refuser des enfants dans son école. « À se regarder dans le miroir le matin ». Qui n’a pas été scandalisé par le cas d’Olivier, écolier autiste à Lyon, contraint de manger chaque midi dans le froid car exclus de la cantine par manque d’AESH pour l’accompagner? Mais des exemples comme ça existent sans fin sur les réseaux sociaux et dans tout le pays.

Une émotion traverse la voix de la présidente d’Handi-Cap vers l’école. « Je connais de nombreux parents prêts à témoigner de leurs situations. Il y en a qui n’en peuvent plus. Je connais des mères qui se battent plus contre l’administration que contre la maladie de leur enfant alors que c’est déjà très dur. ».

À l’école des Martres sur Morge, une action se prépare. Un rassemblement devrait avoir lieu avant les vacances de Noël, soutenu par le député André Chassaigne. Le but : alerter l’opinion et dénoncer la situation insoutenable des accompagnants, des enfants et des familles. En attendant, Éléonor et son association invitent chaque personnes touchées à les contacter afin d’expliquer ce qu’ils vivent.

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