Égalité dans la culture : le collectif NoMeansNo anime le Festival du Court-Métrage !

Alors que le grand rendez-vous du court-métrage se déroule en ce moment à Clermont, le jeune collectif d’éducation populaire NoMeansNo propose plusieurs évènements pour mettre en lumière les inégalités dans les milieux culturels. Ce soir, l’association Paye ton Tournage sera invitée à parler des violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma.

« On se lève et on se casse ! ». Ces mots de l’actrice Adèle Haenel après la remise du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski résonnent encore dans les têtes. Voilà plus de cinq ans que le mouvement #MeToo a émergé aux Etats-Unis et ailleurs. Des #MeToo, il y en a depuis eu dans de nombreuses professions. On peut aussi penser au plus récent #MusicToo. Pourtant, des années après, si certaines choses ont changé, l’omerta dans les milieux artistiques continue. Il y a quelques jours, les nominations des César 2023 pour la meilleure réalisation tombaient. Que des hommes…

Face à ce manque de diversité, face au harcèlement, face aux violences sexistes et sexuelles, de nombreux collectifs et de nombreuses associations naissent çà et là. C’est le cas de NoMeansNo, à Clermont-Ferrand, qui a décidé de faire bouger les lignes au maximum, notamment durant le Festival du Court-Métrage.

Favoriser la diversité

NoMeansNo est un tout jeune collectif. Fondé il y a quelques mois, il se compose actuellement d’une petite dizaine de membres. Un beat-maker, une animatrice de prévention, une spécialiste en médiation culturelle, une programmatrice musicale…Plein de petites mains qui font les grands métiers de la culture.

Leur volonté, c’est de développer une éducation populaire autour de la notion de diversité dans le milieu des arts et de la culture. C’est de mettre en lumière les inégalités existantes dans ces milieux pour entamer une réflexion de fond. « Le tout afin de permettre l’évolution des mentalités, la possibilité pour chacun, chacune de se définir, d’accéder à la scène, de porter son vécu, ses engagements et de se faire entendre de ses pairs, légitimer une pluralité des modèles et des récits, afin de participer à un monde libre, joyeux et bigarré. », résume le collectif.

Anaïs, Alice et Mariko de NoMeansNo et Paye ton Tournage

 «Ça permet aussi de montrer le travail des femmes dans les milieux culturels sans parler seulement de la position de victimes du sexisme. », explique Mariko, du collectif. À ses côtés, Anaïs, également membre. Elle précise que NoMeansNo intègre tous ceux qui souhaitent se joindre au mouvement pour aider à développer ses valeurs. Le collectif soutient et accompagne de jeunes artistes mais organise également des moments de formation et de discussion au quotidien.

Autotune et témoignages

Cette semaine, NoMeansNo profite de l’incessant va et vient provoqué par le Festival du Court-Métrage pour donner de la visibilité à plusieurs évènements qui proposent d’aborder les questions d’égalité de genre dans les arts et la culture. Lundi soir, LieU’Topie accueillait un karaoké féministe et queer pour chanter et danser au rythme de musiques engagées : Gala, Aloïse Sauvage, Kate Bush, Kim Petras… « Il faut mettre en avant des propositions variées. Là, c’était le billet ludique par exemple. », indique Mariko.

Ce soir, à 19h30, le collectif organise au tiers-lieu solidaire une rencontre avec « Paye ton Tournage », association bénévole fondée en 2018 qui collecte des témoignages de sexisme et de discriminations dans le milieu du cinéma. Alice Godart, monteuse et Nina Vanspranghe, scénariste, seront présentes pour parler des violences sexistes et sexuelles qu’elles ont pu récolter.

« On a eu envie de les inviter car le premier truc qui m’a questionné dans le Festival du Court-Métrage cette année, c’est la présence d’une rétrospective Libido. Il faudrait que le festival s’empare de la question mais avec un œil féministe.  C’est dommage de ne pas engager un vrai discours sur les femmes, les minorités… », confie Mariko.

Libérer la parole

2018. Alice est en école de cinéma en Belgique. Le mouvement #MeToo explose. Autour d’elle, personne ne semble vraiment choqué. C’est pourtant dans ce milieu qu’elle se destine à faire carrière. Avec une camarade, celle qui est aujourd’hui monteuse fonde Paye ton Tournage. « On a emprunté le principe de collecte de violences sexistes Paye Ta Shnek pour le transposer au cinéma », explique cette dernière. Dès l’ouverture de la collecte, elles récoltent 50 témoignages. Aujourd’hui, ils se comptent à plus de 500 et en plusieurs catégories (remise en question des compétences, violences sexuelles, sexisme, capacités physiques, discrimination à l’embauche, maternité, racisme…). « Ils sont de plein de types. On anonymise tout et on met sur internet. Ça permet de faire des statistiques et de créer prises de conscience. Pour les victimes et les auteurs. ». Paye ton Tournage agit aussi par de l’accompagnement juridique et financier.

2023, on en est où ?

12,9% de femmes sont à la tête de projets musicaux, 8% de femmes parmi les compositrices, 13% de femmes programmatrices, 1% de femmes aux postes de techniciennes, et 10% de femmes directrices de structures musicales. En milieu festif, 57% des femmes ne se sentent pas en sécurité seule, 60% des femmes ont été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle. Devant comme derrière la caméra, le constat est assez similaire : en France, à ce jour, les Césars du Cinéma n’ont primé qu’une réalisatrice au titre de Meilleure Réalisation depuis 1976. La part de femmes parmi les réalisateur·ice·s de longs-métrages ne s’élève qu’à 25%. Chez les techniciennes, on trouve seulement 4% de femmes chez les machinistes, 8% chez les éclairagistes, tandis qu’elles sont 96% chez les scriptes.

enquête du CNC

Les chiffres ci-dessus parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui, Paye ton Tournage a clôturé sa collecte. « On est épuisées de recevoir autant de témoignages. Il y en a jusqu’à trente par jour. Et puis moi, ça m’arrive de servir de caution. D’être là pour la représentation, sur les plateaux. J’ai été trop identifiée à ça. À ma colère. Mais je suis autre chose aussi. », confie Alice, qui se réjouit d’être dans un espace de bienveillance pour la conférence de ce soir.

Pour elle, le chemin est encore long et le combat contre les violences et les discriminations nécessite de mettre des mots sur les actes. « La loi du quotidien ne s’applique pas appliquée dans le milieu artistique. Les mesures concrètes, elles n’ont pas changées. Il faut des chartes à l’entrée des écoles et sur tous les tournages. Le président du CNC est encore en poste pourtant, il a été accusé de viol l’an passé. Pendant le Covid, des moyens énormes ont été débloqués pour continuer à tourner. Pourtant, rien n’est fait pour stopper les violences dans le milieu du cinéma. », affirme-t-elle.

Si la collecte des témoignages s’est arrêtée, la lutte continue. Chez Paye ton Tournage, une coordinatrice a été engagée, et une alliance avec l’association Elles font des films vient de naitre. Pleins de formations seront proposées prochainement. NoMeansNo, à l’échelle locale, continue également son travail. Vous pourrez bientôt retrouver leurs équipes à Riom pour différents évènements. En attendant, vous avez rendez-vous ce soir à LieU’topie !

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1 réflexion sur “Égalité dans la culture : le collectif NoMeansNo anime le Festival du Court-Métrage !”

  1. la production cinéma française est tel qu’il est dit dans cet article , machiste ; seule Tonie Marshall a été primée « Meilleur réalisation  » et c’était en l’an 2000 soit une femme tous les 50 ans de cinéma populaire. Pourquoi ? Et ce constat est il à mettre en relation avec des violences d’une toute autre nature que la violence directe faite au corps ?
    Le cinéma français a t’il mis à l’écart la femme réalisatrice ( d’ailleurs jusqu’en 2016, les Oscars primaient le « meilleur réalisateur » puis « la meilleurs réalisation ») mais si l’histoire est là pour dire une vérité, elle ne l’explique pas car les raisons restent obscures et seule la vérité nue apparait ; aucune réalisatrice, 0 œuvre alors que les hommes ont été favorisés par la production ( machine financière).
    Julie Ducournau ( qui dépasse Nicolas Wending Refn) est bien seule à être saluée et c’était à Cannes.
    On dirait presque des incidents qu’il faut vite éviter de re-produire.
    La création féminine menace l’homme bien perché sur un piédestal et son pré carré qu’est le cinéma français, financé et produit par ses semblables masculins.

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