« Violences policières, le combat des familles », samedi au ciné Le Rio

En présence de la réalisatrice Inès Belgacem et de la famille de Wissam El Yamni, tué par la police, le Rio projettera samedi 22 avril le documentaire « Violences policières, le combat des familles ». Un débat succèdera à la séance.

Ils s’appelaient Claude, Cédric, Gaye, Allan ou Wissam. Ils ont été tués par la police. Les violences policières, c’est un sujet de société. Un sujet qui prend de plus en plus de place. Mais pour Inès Belgacem, journaliste à Street Press et réalisatrice, ce sont aussi des visages, ceux des familles qui se battent pour obtenir la vérité et la justice. Toutes ces personnes, elle les a suivies durant de longs mois. Ça donne un documentaire de 50 minutes qui nous plonge dans l’intimité et la lutte de cinq familles qui retracent les circonstances du décès qui a touché leur proche.

Ne pas détourner le regard

Inès Belgacem est journaliste. Elle est rédac cheffe adjointe à StreetPress.  Ça fait plusieurs années qu’elle y bosse. Sa première affaire de violences policières l’amène à Aulnay. C’est l’affaire Théo. Nous sommes en 2017. Puis ça se fait comme ça, elle se met à suivre les autres affaires. « Tu tombes sur des gens qui te racontent des violences quotidiennes et qui sont, en plus, normalisées. Ça m’a mis le pied à l’étrier on va dire. », explique cette dernière. Pourquoi s’intéresser aux violences policières ? Pour elle, la réponse est simple. « Une fois que tu vois, c’est dur de détourner le regard. »

Cédric, Théo, Adama, Allan, Wissam, et les autres

Claude-Jean-Pierre avait 67 ans. Il décède suite à un contrôle de gendarmerie en Guadeloupe, en 2020. Si son nom ne dit pas grand-chose en métropole, là-bas, il est une figure de la lutte contre les violences policières.

Cédric Chouviat décède le 3 janvier 2020. Il dira « j’étouffe » à 9 reprises avant de mourir, presque aux pieds de la Tour Eiffel. 

Allan Lambin meurt en 2019, en Bretagne, au commissariat de Saint-Malo. Le coin est touristique, plutôt bourgeois. Le jeune homme a agonisé longuement après avoir été frappé devant son père.

La mort de Gaye remonte à 2018. Agé de 26 ans, il a été abattu d’une balle dans la tête.

Enfin, Wissam est mort dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012 après une interpellation dans son quartier clermontois de La Gauthière et 9 jours de coma.

En suivant les familles de ces cinq victimes, Inès a voulu mettre des visages sur des affaires moins médiatisées. Mais qu’on connaisse ces affaires ou pas, pour les familles, les mêmes obstacles reviennent toujours.

« Les obstacles sont nombreux »

Inès l’a vite compris. Plusieurs choses réunissent les familles de victimes. À des rythmes différents, toutes empruntent le même chemin. D’abord, la sidération. « Pour les cinq familles que j’ai suivies, toutes ou presque ne pensaient pas que quelque chose comme ça pouvait leur arriver. »

Mais le plus marquant, c’est que face au déni des institutions et de l’appareil judiciaire, les familles sont contraintes de s’improviser enquêtrices. « Les obstacles sont nombreux, il faut chercher les infos soi-même. La moitié des vidéos de la procédure dans l’affaire Cédric Chouviat, c’est la famille qui les a récupérées. La sœur de Wissam a fait le tour du quartier elle-même pour recueillir les témoignages. »

Humaniser une question de société

Le documentaire s’ouvre sur la vidéo de la mort de Cédric Chouviat. En quelques secondes, il prononce 9 fois le mot « j’étouffe ».

« Ça illustre en image une violence policière. Ça permet de montrer ce que c’est, dès le début. L’objectif du documentaire, c’est humaniser cette question et dire que ce n’est pas que des chiffres ou un sujet de société. »

2020

C’est notamment pour ça qu’Inès choisit de montrer les combats de ces frères, sœurs, parents et proches. Des familles qu’elle connaissait déjà et d’autres pas. Il a fallu jouer la transparence. Le résultat donne un documentaire nécessaire. Sorti le 9 février, le film est dès à présent disponible sur France.tv Slash.

Il sera projeté au cinéma Le Rio, samedi à 20h, en partenariat avec le Collectif Justice et Vérité pour Wissam et Les Amis du Temps des cerises, à l’heure où les violences policières font à nouveau la une chaque semaine, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites. « Les séances en ciné, c’est une manière de faire vivre le film, mais surtout, ce sont des tribunes pour les familles », conclue Inès.

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