Chaque rentrée, c’est le même constat mais rien ne change. Chaque rentrée, nous sommes là pour rencontrer les AESH et recueillir leurs témoignages.
En 2005, naissait la loi Pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Elle a bientôt 20 ans. Et elle n’est pas en très grande forme. Cet accès égalitaire à l’école, il subit les conséquences de la précarité des AESH. Les Accompagnants d’élèves en situation de handicap. En grande majorité des femmes qui passent leurs journées aux côtés des élèves qui en ont besoin.
Salaires de misère, temps partiel, sous-effectif, polyvalence a outrance, manque de formation et de considération : voici la réalité de leur métier.
Les AESH ne touchent pas souvent le smic. En moyenne, leur salaire est de 897€ par mois, apprenait-on en juin lors d’un précédent rassemblement. Pour ces agents, le temps partiel concerne 98% des contrats.
« Je n’en peux plus! »
Devant les grilles du rectorat, un peu après 11 heures, deux collègues discutent. « On nous impose un 24 heures à moins de 1000€, ce n’est pas possible. On a le bac pour la plupart, il n’y a pas de raisons qu’on ne soit pas payés comme des catégorie B. », fait remarquer un AESH. « Des fois, on est seuls pour 4 enfants, ce n’est pas possible. Pourquoi il n’y a pas de plein temps alors qu’il en manque tant ? », demande sa collègue. « Parce que on est plus maniables avec un temps partiel. », réplique le premier.

Nos deux interlocuteurs sont frustrés du peu de considération qu’il leur est réservé. « Les gens qui décident ne nous laissent pas notre mot à dire alors qu’ils ne sont pas sur le terrain et que c’est nous qui connaissons les enfants. », explique la dame qui ne souhaite pas donner son nom ni celui de son établissement. Elle et son collègue sont également frustrés du manque de formations accordées alors que très souvent, les accompagnants sont demandeurs.

« Je fais quatre boulots. Mon travail d’AESH, la cantine le midi, la garderie le soir et le centre de loisirs le mercredi. Je n’en peux plus. Mais je suis obligée de continuer si je veux bien vivre. », explique Mercedes, AESH à l’école primaire Jean de La Fontaine de Clermont. Cette dernière voudrait une formation continue et qualifiante ainsi qu’un vrai statut. Mais c’est tout autre chose que réserve le gouvernement aux AESH.
Fusion
Lors de la Conférence Nationale du Handicap en avril, Emmanuel Macron a annoncé que dès la rentrée 2023-2024, un nouveau métier serait créé à partir de deux. Les AESH et les AED (Assistants d’éducation, surveillants) deviendront tous des ARE (Accompagnant à la réussite éducative). Ainsi, les uns pourront s’occuper des tâches des autres et même en effectuer de nouvelles.
Cette fusion laisse donc imaginer que ces métiers sont interchangeables. Du mépris total. « De toute façon, il est hors de question qu’on fasse un autre métier que le nôtre », gronde notre interlocuteur. Pourtant, d’après des retours du ministère rapportés par Olivier Ton That du SNALC, la mise en œuvre du projet serait validée.
À la rentrée, 130 enfants notifiés par la MDPH n’avaient pourtant pas d’AESH affectés. Le chiffre grossit chaque semaine. Pour leur intégration et les conditions de travail des accompagnants, ces derniers réclament un vrai statut, la généralisation des temps plein, plus d’embauches, de la formation et des temps de concertation hebdomadaires.