A l’école Jules Ferry, 13 enfants en situation de handicap n’ont pas eu le droit à une AESH, en cette rentrée. Pourtant, il s’agit d’une nécessité reconnue par le monde médical. « C’est une obligation légale. Nos enfants en situation de handicap ont les mêmes droits que les autres en matière d’enseignement. » Explique une maman qui a préféré rester anonyme.
Son fils souffre d’un gros trouble dyslexique. « Il est en CM2, il ne comprend pas toujours les consignes, en classe. Mon fils a juste besoin qu’on lui explique. Il a toujours eu une AESH pour quelques heures, ça lui suffisait pour suivre correctement en classe. »
Certains enfants, faute d’AESH, ont même dû rester à la maison. « Comment un enfant dans un fauteuil, ou non-voyant, ou sourd, peut-il rester dans une classe? on parle d’école inclusive, mais seulement sur le papier…. »
150 élèves dans le Puy-de-Dôme, en cette rentrée n’ont pas eu d’AESH malgré la notification de la MDPH. (Maison Départementale des Personnes Handicapées).
Sur l’école Jules Ferry, il en manque 3. « Ce sont des boulots si précaires que personne ne veut le faire. Les personnes sont payées 24H, ont des contrats de 10 mois et ne sont pas assez formées. Manipuler un enfant handicapé moteur ou gérer les émotions de certains qui souffrent de troubles, ça mérite une formation. » Explique le papa d’un enfant souffrant d’un Trouble de l’Attention, qui lui aussi attend toujours son accompagnant.
Ainsi, les parents, en plus de se confronter à l’handicap de leur enfant, s’inquiètent pour leur avenir. « Nos enfants ont besoin d’une aide, quelques heures par semaine pour être à égalité avec les autres. Avoir les mêmes chances, être en confiance. »
En exemple, N. Elle a un fils dyslexique, qui bénéficie d’une AESH depuis 2019. « 9h par semaine. » Il vient d’entrer en CM2. Son maître a convoqué la maman. « Il est perdu, alors qu’on sent qu’il veut réussir. L’absence d’une AESH met en péril la continuation de sa scolarité. L’année prochaine, il doit entrer en 6eme ! »
De plus, il faut 9 mois pour remplir le dossier de demande d’aide. « Le nôtre fait 15 pages. Bilan d’orthophonie, avis médicaux, psychiatriques. Tous les deux ans, il faut le refaire, on s’y prend en février. »
Ainsi, pour pallier cette obligation du rectorat de mettre en place une aide à leur enfant, les parents sont obligés de payer des cours particuliers le soir ou d’arrêter de travailler pour pouvoir s’occuper des devoirs.
Un autre enfant a 10 ans. il comprend tout, mais est incapable de rester concentré sur une tâche. Depuis quelques mois, il est sous Ritaline, un puissant stupéfiant qui développe une action calmante chez les enfants souffrant de troubles de l’attention.
« Ca lui permet de rester concentré de 8 heures à 16H. Malgré tout, il a besoin de quelqu’un qui de temps en temps lui dit de revenir sur terre. Il peut se déconcentrer et ne pas réussir à raccrocher. » Lui non plus n’a pas d’AESH. « Avec sa maladie, il a accumulé pas mal de retard, il a redoublé son CE2. Mais on avance sur plein de sujets. Malheureusement, si cette année, on le prive de son droit d’être soutenu, on risque de faire marche arrière. »
En effet, pour les parents de ces enfants, il est indispensable de tout contrôler. « Il a tendance à ne pas noter ses devoirs, par exemple. » Raconte une maman.
C’est alors, les enseignants qui tentent de pallier l’absence des AESH. « Le maître vérifie les prises de note, met des choses en place. Par exemple, dans la classe de mon fils, ils sont 2 en situation de handicap, l’enseignant a dû changer la disposition de la classe. »
Pourtant, le droit européen est clair, chaque enfant en situation de handicap, reconnu comme tel, doit pouvoir intégrer une scolarité classique. En France, l’Acte 2 de l’école inclusive a normalement été engagé depuis la conférence sur le handicap, en date du 26 avril 2023.
Malgré tout, cette rentrée est pire que les autres.
Plusieurs parents ont donc entamé une démarche juridique. Ils ont envoyé une mise en demeure au rectorat, au préfet et à la chargée de la politique inclusive. « Si dans les deux mois, nos enfants n’ont toujours pas de soutien, nous saisirons le tribunal administratif puis le conseil d’Etat. »

« Mon enfant ne parlait pas à 2 ans. Il n’a parlé qu’en entrant à l’école. Nous avons compris assez vite qu’il avait un petit dysfonctionnement. Je l’ai emmené chez l’orthophoniste, il avait à peine 3 ans. Il a eu un suivi avec sa pédiatre. On a fait le montage de dossier. Depuis, il progresse. Et là, on l’abandonne sur le chemin, malgré tous les rendez-vous d’orthophoniste auxquels il se rend ? »
Hier, le petit a même dit en rentrant de l’école « Tu sais, maman, je commence à m’habituer à être tout seul. » Mais ses parents refusent qu’il s’habitue à une situation qui n’est pas légale. Alors, la maman s’agace : « Nous avons la notification, ils ont le devoir de proposer une scolarité décente à notre enfant. Plutôt que nous parler d’Abaya, ils feraient mieux de s’occuper des droits de nos enfants et d’une prise en charge correcte de tous les enfants de ce pays. »