Le 29 novembre dernier, les organisations syndicales (FSU, SE-UNSA, SNETAA-FO, CGT Éduc’action, SGEN-CFDT, Fep-CFDT, SNALC, SUD éducation, SNEC-CFTC, CNT-FTE et la FCPE) étaient réunies en commission spécialisée des lycées afin de discuter, avec le gouvernement, les différentes mesures de la réforme du lycée professionnel. Toutes ont claqué la porte face à un texte bricolé depuis plus d’un an, jugé destructeur et qui pourrait être mis en place dès septembre 2024.
Le prisme de l’entreprise
Souhaitée par Emmanuel Macron, la réforme du lycée professionnel ressemble à une grande variable d’ajustement dédiée aux entreprises. Jeudi 4 mai, le Président était en Charente-Maritime dans un lycée professionnel pour dévoiler les grands axes de son projet. Quelques mois plus tard, la ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels Carole Grandjean précisait les termes.
D’une part, ce texte comprend des pertes importantes d’heures de cours avec la suppression de deux heures hebdomadaires en seconde et première et de 4 semaines en terminale soient 203 heures durant les trois ans du bac professionnel au total. Cette perte représenterait 85 heures supprimées pour les terminales.


Ainsi, une plus grande place est donnée aux entreprises. Une volonté soutenue par la mise en place d’interventions de professionnels privés dans les classes dès la 5ème pour venir sensibiliser les élèves à certains métiers. Sans oublier l’installation d’un « bureau des entreprises » dans chaque établissement pour faciliter l’information, l’insertion et les stages.
Autre gros morceau de la réforme : la refonte de la carte de formation. En effet, le gouvernement souhaiterait adapter les formations proposées aux bassins d’emplois propres à chaque territoire. Ainsi, un établissement pourrait voir la moitié de ses formations supprimées car ne correspondant pas à la demande des entreprises présentes. De plus, un élève Clermontois souhaitant faire de la cuisine pourrait devoir changer de région pour trouver cette formation s’il elle n’existe plus près de chez lui. «L’objectif est de transformer le quart de ces formations dont ces taux sont les plus faibles pour qu’elles ne soient plus proposées aux élèves à la rentrée 2026», explique le Gouvernement. Les préfets de région et les régions académiques auront leur mot à dire dans ces décisions.
Mais que deviendront les professeurs dont les formations sont supprimées ? « Les élèves vont avoir plus de temps en entreprise et moins à l’école. Mécaniquement, ça fait des heures de cours en moins pour eux et pour nous. », se désole une professeure du lycée professionnel d’Issoire. « Ils peuvent se diriger vers le professorat des écoles ou vers les écoles, certains l’ont déjà fait. Ils pourront aussi animer des choses dans les lycées pro, animer des formations en demi-groupe. Ils ont des savoirs qui restent utiles. », expliquait l’ancien ministre Pap Ndiaye au mois de mai.
Détricoter la terminale
La situation semble encore plus urgente pour les élèves de terminale pour qui les annonces devraient se concrétiser dès la rentrée prochaine. Ainsi, le souhait de Carole Grandjean est de rendre l’année de terminale « plus modulaire » pour les élèves. Concrètement, l’année de terminale devra durer trente semaines partagées en vingt-deux semaines de cours et six semaines qui peuvent être passées en entreprise pour un stage rémunéré ou en cours afin de préparer la poursuite d’étude. Chaque élève pourra choisir.


Si d’une part, le choix de suivre moins de cours dérange de nombreux enseignants, l’aspect rémunéré du stage de six semaines semble être un atout de taille pour peser sur la décision des élèves qui ne peuvent parfois pas se permettre de refuser un salaire, même mince.
« Cette réforme, c’est de la précarisation. Ce sont les jeunes des milieux populaires qui seront offerts au patronat. », dénonce Sophie Brutus de la CGT Éduc’action. « Lorsqu’ils arrivent, ils ne viennent pas des milieux les plus favorisés. Nous, on arrive à les remotiver. En réduisant les heures, on fabrique des gens corvéables à merci qui ferment leur gueule quand on leur demande quelque chose parce qu’ils n’ont pas les outils pour se défendre. », abonde l’enseignante d’Issoire.


Pour les professeurs, les jeunes n’ont pas besoin de plus d’entreprise mais de plus de cours. « Quand on est enseignant, on a une conscience de ce qu’on veut pour nos élèves. Et puis le fait que les formations doivent être utiles, c’est inquiétant. S’il n’y a pas de besoins sur le territoire, ça veut dire qu’on va fermer ? », se questionne une membre de l’équipe pédagogique du lycée pro Pierre-Joël Bonté
Mobilisation
Hier matin, le rendez-vous était donné à 10h30 devant la CCI à Clermont-Ferrand. 200 personnes étaient présentes à l’appel d’une large intersyndicale. « On va aller sur la rue car c’est bien d’être sur les trottoirs mais on va prendre notre place. » a annoncé Sophie Brutus avant qu’un cortège ne parte en direction de la préfecture. Des lycéennes sont aussi là. « On ne veut pas être, dès le plus jeune âge, balancées dans le monde du travail. », affirme l’une d’elles, élève à Godefroy de Bouillon. « Au lycée, la majorité des élèves sont contre et sont inquiets. », ajoute sa camarade. Aujourd’hui en France, un tiers des lycéens sont en voie professionnelle.
1 réflexion sur “Dans la rue pour défendre le lycée professionnel”
En France, 6 jeunes sur 10 sont en emploi à l’issue de leur formation professionnelle ( taux d’insertion au bout de 6 mois), au Canada, ce sont 8 jeunes sur 10 qui ont un emploi permanent une fois leur diplôme en poche. La formation professionnelle dans les écoles canadiennes est axée sur l’évolution des besoins et adapte les compétences à acquérir par les jeunes en fonction des réalités économiques régionales.
Dire que ce processus c’est faire la part belle au patronat est idéologique.
Le but de la formation est bien de donner des compétences en lien avec les besoins de travail. Le mot main d’œuvre de qualité est encore connoté de manière péjorative : les jeunes n’ont pas à devenir ce que l’entreprise attend d’eux. En France nombre de jeunes sans diplôme ont subi des formations « théoriques » qui ne leur ont pas permis d’entrer sur le marché du travail. Les AFPA les GRETA ont quelquefois proposé des formations sans aucun lien avec le marché du travail : formations généralistes et peu certifiantes.
Est il cohérent de former des marins pécheurs dans nos départements auvergnats ? Non, on va les former là où il y a un habitus océanique.
Le territoire économique et industriel a donc une importance dans le choix de carrière ou de métier et c’est bien de faire connaitre cet environnement aux jeunes désorientés. Ça peut leur donner un désir de faire qu’il est un peu plus difficile d’avoir en consultant un site éducatif dédié.
Car si les formations ne sont pas en adéquation avec les besoins du marché, la morale socialiste est sauve mais l’insertion sociale du citoyen formé est un échec.