Eva est déjà accoudée à une table, petit verre de blanc, devant son sourire de gosse. Pourtant, elle « est quasi ménopausée » confie-t-elle, en rappelant qu’elle vit malgré tout « ses plus belles années ! »
Mais trèves de confidences de copines, Eva est là pour parler du livre qu’elle sort en collaboration avec Jean-Yves Séguy, sur l’histoire de l’éducation. « C’est une véritable collaboration. 283 pages, tu pourrais te dire que ça va être très pénible et en fait, grâce au pouvoir de la BD, ça passe hyper vite. »
Un livre sérieux et drôle à la fois
Jean-Yves Séguy est universitaire, Eva dessinatrice. « Mais normalement, moi, je fais des trucs drôles, alors j’ai mis de la légèreté dans le récit de Jean-Yves. »
Il faut dire que raconter l’Education depuis la nuit des temps, c’est un peu « bavard ». « On est un duo improbable, j’ai l’impression quand on est en déplacement ou dédicace d’être son Garcia, tu sais celui qui faisait n’importe quoi à côté d’Antoine de Caunes dans Nulle part ailleurs. » Jean-Yves Séguy explique, parle beaucoup, Eva, à ses côtés dessine. « Je crois que les éditeurs sont contents de cette complémentarité. »

Le bouquin aurait pu ne jamais naître. Le Covid a retardé sa sortie de plus d’une année. Mais, tout le monde y croit. Et personne ne lâche. Eva se plonge dans l’histoire de l’éducation.
« J’y ai trouvé du sens, car c’est un livre intelligent. A chaque fin de chapitre, ça questionne la place des filles. Et comme je suis un tantinet féministe… »
Des anecdotes croustillantes
Alors, Eva raconte les petites anecdotes qui l’ont marquée. « Bon déjà Charlemagne, c’est pas lui qui a inventé l’école. Et tu sais, que les petits cailloux pour apprendre à compter au Moyen-âge, eh ben ça s’appelait des calculies. »
Pour cette maman solo qui questionne quotidiennement l’éducation avec son fils, « ce livre a eu une résonnance particulière. Ca a même été dur parfois car avec mon fils, c’est compliqué. »

Mais, au détour de quelques confidences, Eva continue de faire marrer. « En revanche, j’ai jamais dessiné autant de moines, moi. C’est très religieux, à la base l’éducation ! »
Connaître hier pour comprendre aujourd’hui
Eva est devenue assez critique sur l’Education nationale. « Le livre parle de l’éducation des parents autant que de l’école. Bon, on se rend compte que 7 heures de cours par jour plus des devoirs, c’est pas non plus hyper efficient. Et l’école n’est fait que pour un profil d’élèves. On n’a toujours pas compris que personne n’avait le même niveau… »
Selon la dessinatrice, l’Education est élitiste et creuse encore plus les inégalités sociales. « Déjà à l’Antiquité, seuls ceux qui avaient des esclaves pouvaient être instruits. » Se la pète-t-elle. « Bon aujourd’hui, on a d’autres problèmes, le manque de moyens, les classes surchargées, et des familles qui délèguent à l’école l’éducation de leurs enfants. »

Eva feuillette la BD. « Non, vraiment c’est un livre drôle et intelligent, c’est lisible, on vulgarise sans être vulgaire. Pointu mais avec légèreté. » Et puis, Eva ne tarit pas d’éloge à l’encontre de la maison d’Edition « Les Arènes. »
Une maison d’édition qui prend soin des auteur-e-s
« Tu es hyper accompagnée. La collection « La véritable histoire de » qu’ils ont lancée est vraiment top. Et ils prennent soin de leurs auteurs, et je peux te dire que c’est rare dans la profession. »
Chaque année, 5000 BD remplissent les étagères des librairies. « Maintenant, quand tu en vends 2000, tu appelles ça un succès. On ne laisse plus le temps aux livres de vivre. En gros, un livre reste 15 jours en tête de gondole. » Enrage Eva.
Le pouvoir du dessin
Mais pour elle, la BD est un incroyable medium. « On touche des gens qui ne lisent pas forcément beaucoup. Le dessin demeure un outil de dialogue extraordinaire. On a tous dessiné. Même sans aucune technique. C’est enfantin, populaire. Je pense que l’adulte cherche une part d’enfance quand il dessine ou quand il regarde un dessin. Et moi, je crée du lien avec mes illustrations. On vient me parler quand je gribouille. D’ailleurs à l’école, on devrait exploiter davantage les cours d’arts plastiques. »
Alors qu’elle vivait à Montréal, elle a pu grâce aux dessins libérer la parole de personnes qui avaient subi des abus. Elle intervient encore aujourd’hui, dans les écoles et les maisons de quartiers. « J’ai l’impression de faire ma part avec la transmission. De rendre à la société ce qu’elle m’offre. »
De Mickey à Gotlib
Elle, c’est toute petite, qu’elle a voulu dessiner. « A travers les barreaux de mon lit de bébé, je dessinais sur les murs. Puis après, j’ai recopié des têtes de Mickey. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui lisaient et collectionnaient les Pilote, L’écho des savanes, Gotlib. Alors, c’était assez naturel chez moi. D’abord, tu recopies, puis, un jour tu crées tes propres personnages. »
Après un bac littéraire, un DEUG d’histoire de l’art, elle passe son Diplôme National d’Arts Plastiques à Angoulême. Elle partira s’installer à Montréal. « Pour une histoire d’amour à la con… » reviendra 10 ans plus tard, un gosse sous le bras. « J’ai pas mal de projets de bouquins, je suis contente, même si c’est très précaire la vie de dessinatrice de BD, j’aime vraiment ce que je fais. Et puis, ça permet des rencontres improbables, des moments sympas. Tiens d’ailleurs, on se reprend un petit blanc ? »