A 25 ans, il reprenait la ferme familiale. « Mon père a aidé à monter le syndicat. » Pas besoin de sous-titre, quand on parle du syndicat, on parle de la conf, dans laquelle, Mickaël a baigné depuis tout petit.
Parce que, pour lui, l’agriculture doit rester noble et pas seulement un des rouages de la société capitaliste. Mais, pour cela, il faut affronter un sacré chantier, celui de rénover le monde…
A commencer par celui des chambres de l’agriculture. « Aujourd’hui, les chambres de l’agriculture sont contrôlées par le seul syndicat qu’est la FNSEA, ainsi que des sociétés comme le Crédit Agricole ou Groupama. »
En effet, sur 35 sièges, 18 seulement sont dédiés aux agriculteurs. Les autres sièges sont réservés à des structures extérieures.
« Ce devrait être un lieu de conseil pour les paysans, où on réalise des plans de filières locales, où on réfléchit à des productions diversifiées. Ce devrait être un outil qui développe l’agriculture sur le terrain. Aujourd’hui ce sont des coopératives ou des industriels qui décident. »
Car pour Mickaël, réfléchir l’agriculture, c’est questionner l’environnement, le travail, l’animal, l’entraide et plus globalement la société.
« La politique agricole doit être globale pour proposer une nourriture de qualité, et ça, c’est un choix politique. »
La préoccupation principale de Mickaël reste l’environnement. « On peut tourner la question dans tous les sens, comment on va nourrir le monde demain, si ce monde n’existe plus? »

Pour lui, des solutions existent : restaurer des fermes à taille humaines, qui respectent les animaux, et le développement local. « L’alimentation fournie par le paysan, c’est la base de toutes les sociétés. Mais, désormais, le paysan fait partie d’un monde industriel auquel il participe. Mais l’agriculture devrait revenir à sa base : entretenir et nourrir son territoire. »
Mickaël ne joue pas le jeu de le division. De nombreux paysans qui ne sont pas adhérents dans son syndicat font eux aussi ce qu’ils peuvent. » On connaît beaucoup de paysans qui font ce qu’ils peuvent en respectant leurs animaux. Mais, ils se retrouvent dans une logique de marché qui les bouffe. » Ajoute-t-il.
En effet, à la sortie de la guerre, il fallait nourrir le plus de monde possible à un coût réduit. C’est comme ça qu’est née l’industrialisation de l’agriculture. Sauf qu’aujourd’hui, le système est arrivé à bout de souffle, notamment pour les agriculteurs eux-mêmes. « Nombreux sont ceux qui ont une ferme de 40 hectares avec des vaches qui sont dehors. Mais, leurs bêtes finissent engraissées en Italie pour être commercialisées en France, face à la viande importée d’Amérique du Sud. Alors, qu’ici, on a respecté l’animal. Comme si l’agriculture avait perdu son sens… »

Pourtant, selon la Confédération Paysanne, à l’échelle de la planète, il existe bien plus de paysans à la production vivrière. « C’est le premier sens de notre métier, se nourrir. Sauf qu’avec l’agrobusiness, non seulement on use de l’argent public mais en plus on finit par ne plus nourrir ou mal nourrir. »
On dénombre 400 mille paysans en France aujourd’hui. « Il en faudrait un million » S’exclame Mickaël. Mais, il le sait et le confirme, les installations sont de plus en plus compliquées. Là encore, la faute à la société capitaliste qui rend hors de prix les fermes. « Pourtant, de plus en plus de gens reviennent à la campagne et ont le désir de créer leur exploitation. »
Pour le jeune paysan, une seule solution « décapitaliser les fermes. Désormais, elles ne peuvent être rachetées que par des entreprises plus grosses. On travaille à perte toute notre vie pour se rendre compte à la retraite que personne peut racheter le fruit de notre investissement. »
Dans une société dans laquelle, les gens peinent à se nourrir convenablement, à cause de l’inflation et de la précarité, Mickaël a pris conscience que le véritable frein à son modèle est le consommateur lui-même. « Peu importe si ce qu’il mange est bon pour la santé, il n’a pas les moyens ni le temps de choisir les bons produits locaux. »
Pour lui, le Bio devrait être une norme standard, out comme les circuit-courts, les AOP, etc. « Aujourd’hui c’est réservé à une certaine population privilégiée qui peut s’intéresser à leur mode d’alimentation. »
Pourtant, la nourriture est gage de bonne santé. D’ailleurs, Mickaël milite pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation, qui permettrait l’accès à des produits conventionnés, pour une valeur de 150 euros par personne et par mois.
Avec une centaine d’adhérents, la conf paysanne espère que plusieurs de ses représentants seront élus à la chambre de l’agriculture pour faire poids dans les décisions. « On doit avancer sur les retraites notamment des femmes, la multiplication des installations, la lutte contre le réchauffement climatique, des prix plus rémunérateurs. Bref, l’agriculture a un siècle de retards sur nombre de questions. On est dans un système patriarcal et d’héritage. Il faut réformer notre monde. Pas seulement celui de l’agriculture. Mais, nous faisons partie du changement. Nous en sommes peut-être même l’un des principaux acteurs. » Conclut Mickaël, sur un ton déterminé.