Béatrice, malade d’un cancer, abandonnée par l’hôpital.

C'est un message en pleine soirée d'une sœur désespérée qui veut parler, dénoncer, agir. Face au cancer et ses conséquences, elle raconte l'abandon des services médicaux.

En 2013, Béatrice donne naissance à Roméo. 2 mois plus tard, le 15 mars, deux terribles nouvelles tombent coup sur coup : Son père vient de mourir d’un cancer, et on lui diagnostique un cancer du sein agressif. Des tests sont rapidement réalisés, et elle apprend que son cancer est génétique. Un gène que son frère porte aussi, ainsi que sa mère.

A l’annonce de sa maladie, et de son ablation du sein, son mari se barre.

Seule avec son bébé et son cancer, Béatrice affronte les épreuves, soutenue par sa mère et sa soeur.

Mais, en 2018, leur mère décède, elle aussi d’un cancer. « Mon père est mort en 2013, ma mère en 2018, déjà, on a vu l’hôpital public se détériorer en 5 ans. »

Le cancer de Béatrice l’empêche de travailler mais elle se bat et grâce à la chimiothérapie orale, elle parvient à stabiliser la maladie durant plusieurs années. En 2023, la maladie évolue, et Béatrice reprend un traitement en intraveineuse. Les os sont touchés, elle doit se rendre toutes les 3 semaines au centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand alors qu’elle habite un petit village en Corrèze, à plus d’une heure de l’hôpital.

Lasse, elle décide d’arrêter son traitement, cet été. Marre des aller-retours, du traitement lourd et des effets secondaires.

Le 24 décembre, en ce soir de Noël, Véronique, son aînée d’un an, la voit vomir et être terriblement malade. Elle décide alors de l’emmener à Clermont-Ferrand et fait plusieurs allers-retours à Clermont-Ferrand. Le 11 janvier, elle l’emmène aux urgences à Ussel, tant Béatrice va mal. Elle est en train de faire une occlusion à cause d’une masse trop importante sur le côlon.

Le SMUR la transporte au Centre Jean Perrin où elle est opérée. On lui met une stomie, poche permettant l’évacuation des selles. Mais, la tumeur étant trop envahissante, les chirurgiens n’ont pas pu l’enlever.

Véronique, sa soeur, décide alors de rester avec elle, à l’hôpital. Elle dort sur place et au maximum fait du télétravail. « Nous avons pu voir la dégradation de l’hôpital, à ce moment-là. La vitesse des soins, le manque de personnel, et donc des gens à bout, pressés. Un manque de dialogue. »

Un jour, la chirurgienne entre dans la chambre et explique qu’il n’y a plus de place, et que donc, Béatrice doit rentrer chez elle. « Chez elle, c’est à la campagne, à une heure d’ici. Elle ne fait que 42 kilos, et est totalement déshydratée et dénutrie. »

Véronique décide donc de la prendre chez elle, à Clermont-Ferrand. Roméo, le petit garçon de 12 ans est placé chez sa tante. « Il en veut à sa mère, il est en colère contre la maladie. Il n’a toujours connu que sa mère malade. »

Vendredi, donc, Véronique rentre chez elle, avec sa soeur qui ne peut plus se déplacer seule. « Une infirmière vient tous les matins, et tous les matins, elle appelle pour savoir si elle peut être hospitalisée. Et tous les matins, on lui répond qu’on nous rappellera, et on ne nous rappelle jamais. »

Véronique s’occupe donc de sa sœur à domicile, elle ne peut plus s’alimenter, ne boit quasi plus. « J’ai peur, je ne peux pallier les compétences d’une infirmière ou d’un médecin. Je vois bien que ma sœur ne va pas bien. Elle ne parle pas, ne se déplace plus. Mais, depuis hier, elle a de la fièvre et personne ne nous répond. »

Véronique désespère, elle n’a pas le caractère à crier, hurler. Alors, elle subit. « Je ne demande rien aux médecins, je ne sais pas la situation médicale exacte de ma soeur, mais, je vois bien que la prise en charge est nécessaire. »

Véronique connaît malheureusement trop bien les hôpitaux. Entre son père, sa mère, et désormais sa sœur, elle est témoin de la destruction de l’hôpital de ces dernières années. « Aujourd’hui, le consentement du patient est mieux pris en compte mais en revanche, j’ai l’impression que d’autres compétences ont été oubliées. Plusieurs fois, j’ai dû intervenir auprès des infirmières qui ne donnaient pas le bon traitement. Heureusement, que je suis là. Je pense à ceux qui combattent seuls, la maladie. »

Véronique comprend que la responsabilité n’incombe pas aux salariés, « s’ils n’ont plus de lit, ce n’est pas leur faute, mais pas de la mienne non plus. »

Hier, alors que Béatrice ne parvenait toujours pas à manger, sa sœur a appelé. Un interne lui a répondu de lui faire boire de la Saint-Yorre. Un nouveau traitement a été ordonné depuis une semaine. « Avant, l’infirmière coordinatrice faisait le lien entre l’hôpital et le patient, là, nous n’avons reçu aucun appel. »

Les vertèbres de Béatrice sont durement touchées et peuvent se briser à n’importe quel moment, et provoquer une paralysie. « Je vis dans la peur, je ne suis pas médecin, je suis aimante, aidante, mais pas médecin, j’ai besoin d’aide. » Souffle une dernière fois Véronique avant d’aller ouvrir à l’infirmière, qui, une fois de plus, tentera d’appeler un service pour demander une hospitalisation. Demande qui à cette heure n’a toujours pas été honorée.

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1 réflexion sur “Béatrice, malade d’un cancer, abandonnée par l’hôpital.”

  1. Le redressement du système hospitalier est visiblement trop sérieux pour le confier à des politiques. Le message de la sœur de Béatrice est poignant. Que celui qui est dirigeant et n’a pas personnellement affronté une telle épreuve doit immédiatement mobiliser les bonnes instances. J’ai eu une enfance ou l’hôpital signifiait « soigner, guérir » Je parcours les hôpitaux comme la sœur de Béatrice, j’observe la détresse, la souffrance et on va plus loin aujourd’hui on refuse l’accès d’urgence à une structure hospitalière pour Béatrice. Nous pouvons mourir dans la rue… Réveillez vous soutenons Béatrice et sa sœur.

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