Réformes de l’éducation : les parents se mobilisent

Depuis plusieurs semaines, les mobilisations s’enchainent contre les différentes réformes de l’éducation portées par Jean-Michel Blanquer. A Clermont, syndicats et enseignants se sont mobilisés jeudi, vendredi et samedi dernier pour dénoncer leurs conséquences qui toucheront l’ensemble du système éducatif, de l’école maternelle jusqu’au bac. Ce lundi, ce sont les parents qui ont rejoint la contestation. Médiacoop est allé les rencontrer à l’école primaire Jules Verne où ces derniers ont décidé de bloquer symboliquement l’entrée des classes de leurs enfants.

 

Lundi matin, le blocage de l’école Jules Verne (quartier Les Vergnes) n’avait rien d’un poisson d’avril. A 8h45, comme tous les jours, les grilles se sont ouvertes mais pas les salles de classe. Banderoles à la main, les parents se sont rassemblés dans la cour pour s’opposer à la réforme du premier degré.

Cette matinée a été préparée avec précaution. La semaine précédente, les instituteur-trices ont rédigé un tract reprenant les principaux points de la réforme afin de sensibiliser au mieux les parents. Ces derniers ont répondu à l’appel. Mimouna, parent d’élève nous explique que les parents sont restés plusieurs fois après la classe pour discuter des réformes et de la mise en place d’une action. L’école Jules Verne était déjà fermée jeudi et vendredi en écho aux rassemblements qui ont eu lieu à Clermont mais les parents ont voulu « marquer le coup et montrer leur soutien jusque dans les quartiers nord » en bloquant leur école la semaine suivante. Les instits, qui seront les premiers impactés par ces réformes ont assisté avec fierté à l’occupation de la cour de récréation pour la matinée. Certains d’entre eux nous expliquent les principales effets de ces réformes inquiétantes.

De l’aveu des enseignants, le point le plus effrayant repose sur « l’école du socle ». L’idée est de regrouper les écoles sous le collège de secteur. Le directeur d’école sera voué à disparaitre et avec lui l’égalité hiérarchique qu’il entretient avec les instituteurs. Ces derniers dépendraient dès lors du directeur de collège. Les parents craignent encore plus cette idée et veulent éviter à tout pris d’avoir pour interlocuteur un directeur de collège déjà débordé et très loin physiquement et administrativement de la vie de l’école de leurs enfants. La carte scolaire est aussi menacée et les enfants ne seront donc plus nécessairement affectés dans l’école la plus proche de leur domicile. Beaucoup pointent également le manque de formation des enseignants qui seront de plus en plus contractuels notamment après la création de jardins d’enfants devant permettre la scolarisation obligatoire des enfants dès trois ans.  « On entre dans un management à la manière du privé » souligne une institutrice.

Roselyne, Ludivine et Anaïs nous expliquent être excédées par ces réformes : « En REP, on se donne déjà corps et âme pour nos écoles et cette réforme ne va qu’empirer les choses. Il est clair qu’avec ces réformes, le gouvernement veut créer une école à deux vitesses, favorisant le privé et pénalisant le public » nous confie Anaïs, remplaçante à Jules Verne. « Les classes vont être gonflées alors qu’on a déjà du mal à faire avec les remplaçants » poursuit Ludivine. Dès 8h30, des parents arrivent au compte-goutte. Les enfants se disent bonjour, se sautent dans les bras. Ils ne comprennent pas tous pourquoi leurs mamans ou leurs papa restent dans la cour. A 9h, le rassemblement a pris forme. Tout s’éclaire pour les écoliers lorsqu’ils entendent leur parents, devant les classes scander « parents en colère, école de la méfiance ». 

 

 

Mimouna qui s’est beaucoup impliqué dans l’action nous explique que les parents ne sont pas assez informés sur la situation. « C’est pour ça que nous avons organisé des réunions d’information. Nous voulions nous mobiliser ». Elle aussi nous confie ses craintes sur l’école du socle : « Ce qui nous fait le plus peur, c’est la disparition des directeurs d’écoles car nous n’aurons plus d’interlocuteur direct et concerné par le cas de nos enfants alors que c’est quelque chose de très important, surtout dans les quartiers nord ».

A 9h30, l’inspecteur, prévenu par le directeur de l’école, pénètre dans la cour pour dialoguer avec les parents. Celui-ci rétorque que la réforme ne cherche pas à faire des économies ou à supprimer des postes mais répond à un problème d’organisation. « Les contractuels sont la seule solution. Ils ne seront pas moins formés, ce seront les candidats ayant échoué de peu au concours mais ils auront quand même plusieurs semaines de formation ». Face aux parents agacés, celui-ci affirme que beaucoup de craintes ont été exagérées par les enseignants et les syndicats.

Roselyne Bourgès, institutrice pense plutôt que l’union de tous les syndicats ces derniers jours est bien le signe de l’urgence de la situation. Elle précise, à l’image de ses collègues et des parents que leur action ne porte pas seulement sur leur école ni sur le primaire. « Nous soutenons les contestations de la maternelle à l’enseignement supérieur ». Elle tient d’ailleurs à rappeler l’importance de répondre à l’appel des syndicats pour reconduire la grève de cette semaine, jeudi 04 avril.

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