Un collectif de parents se monte à l’IME de Vertaizon

Des parents dont les enfants sont placés à l'IME de Vertaizon, ont décidé de se réunir en collectif afin de réclamer plus de clarté auprès de l'ADAPEI 63.

Réunis autour de cafés, les parents n’ont de cesse de parler de la situation préoccupante que leurs enfants, (souffrant d’autisme sévère ou polyhandicapés), à l’IME de Vertaizon vivent depuis quelques semaines.

Elles sont 5 mamans. Un papa. Tous ont décidé d’apporter leur soutien aux salariés en place et veulent dénoncer la situation générale en France de la prise en charge du handicap: «Il faut se saisir de ces événements pour alerter sur le secteur sanitaire et social globalement. Nos enfants font partie des publics vulnérables. Il faut des moyens en face. Il faut de l’humanité. Des directions à l’écoute. Il faut arrêter avec les écritures de rapports, former les gens. » S’insurge le papa d’une petite fille de 12 ans.

« Le handicap ce ne sont pas que des lois sur l’accessibilité. Il faut des places en IME, des professionnels formés. » Pour ce père de famille, pas question de se déresponsabiliser : « Chacun doit être conscient de ce que cet IME vit. La direction est défaillante, les professionnels doivent aussi se remettre en question. Mais où est l’ARS ? Le département ? La Haute Autorité de Santé ? On glisse vers un scandale ORPEA ! »

Une prise en charge défaillante du handicap en France

A l’IME de Vertaizon, les parents ont décidé de leur mieux de défendre leurs enfants. Pour eux, certains des meilleurs éléments salariés ont été mis à pieds ou mutés. « Et c’est bizarre ces professionnels qui s’accusent les uns les autres. Comment en arrive-t-on à une telle dégradation de liens sociaux ? » S’insurge une maman.

« Beaucoup des bons éléments finissent par partir. » Entame une maman. « On ne peut pas rester dans un cadre maltraitant quand on est bienveillant. Les personnes consciencieuses se démotivent. La direction qui a dénigré les professionnels, ça ne peut pas faire avancer les choses. »

Des intérimaires pour une journée

Des parents qui voient chaque jour des professionnels bricoler, faute de moyens. « Mais, nos enfants quelque peu atypiques » s’amuse une maman « ont surtout besoin de repères. Or, il y a un tel turn-over qu’ils sont perturbés. Des intérimaires d’une journée. Est-ce vraiment mettre nos enfants dans de bonnes conditions ? C’est pour faire des économies ? Surtout que certains ne sont absolument pas formés… »

Les parents, très en lien avec l’équipe éducative de leurs enfants, ont parfois entendu combien il fallait former les nouveaux, prendre le relais, à cause d’un turn over énorme.

« Nos enfants peuvent monter en pression rapidement, et ça peut devenir ingérable pour certains qui ne sont pas assez formés. » Explique une maman.

« Il faut accompagner les professionnels et leur proposer des formations régulièrement. » Rebondit le papa qui déplore que parfois sur le cahier de liaison il y ait écrit seulement : a bien mangé. « J’aimerais parfois que ce ne soit pas qu’une garderie. Sauf que les éducateurs et éducatrices n’ont pas les moyens parfois de faire plus. »

Des enfants habillés pour l’hiver en plein été

D’autres se plaignent que leurs  enfants soient habillés en hiver, l’été, et vice-versa. « Le nombre d’habits que j’ai lavés et qui n’appartiennent pas à mon fils. » Raconte une maman. « Mais on sait que quand c’est comme ça, c’est parce que ce sont des remplaçants. » Une autre maman, en réunion de projet pour son fils se met en colère quand on lui apprend qu’il y a une place en foyer et que son fils n’est pas prioritaire, alors qu’elle attend depuis 4 ans.

« Enervée, je leur ai demandé s’ils avaient l’intention de le garder encore longtemps alors qu’il y a des enfants qui sont en attente de place à L’IME. Le lendemain, à sa grande surprise, on lui propose une place. « Je suis contente qu’il parte au bon moment car je ne veux plus qu’il soit en plein milieu de tout ce qu’il se passe en IME. » Elle allume une cigarette puis poursuit, en recrachant sa fumée : « C’est quand même pas une chance d’avoir une place. C’est un droit. Il faut que la direction arrête de nous martyriser. »

Même discours de la part d’une maman dont les 4 enfants sont autistes et dont l’une a été placée à l’IME de Vertaizon. « Après 4 mois d’attente. » Avant cela, la petite a tout vécu : l’école, les AESH, le privé, le public, le CMP.

A Vertaizon, elle est prise en charge par une équipe en or. « Ma fille rentre tous les soirs. Et parfois, Mes educs, oui, je les appelle comme ça, n’en peuvent plus. » Un jour, l’une d’elles se met à pleurer juste parce que cette maman la remercie pour son travail.

« on lui a changé d’éduc sans la prévenir : elle se tape la tête et hurle depuis un mois. »

Mais depuis un mois, la petite fille rentre stressée. « Ces derniers temps, elle se tape la tête, hurle. Dans le cahier de vie, on ne sait plus ce qu’elle fait. Même son chauffeur voit qu’elle ne va pas bien. Et j’ai appris qu’elle n’était pas la seule à aller mal. » La maman prend rendez-vous, et elle apprend par la direction que l’équipe a changé. « Il faut faire tourner le groupe » Lui explique-t-on. « Le rendez-vous s’est mal passé. Mon interlocuteur n’était pas dans l’écoute. Je suis partie fâchée, et presqu’à me faire maltraiter par cette personne. » Cette maman est convaincue que la direction ne pense pas au bien-être des enfants en faisant un tel turn-over. « Avant l’équipe s’occupait parfaitement bien de nos enfants mais aussi de nous. Je suis en colère, et je défends les salariés qu’on met à pieds, ou qu’on fait tourner sans raison. »

Des éducateurs passionnés

Même son de cloche pour cette maman dont l’enfant a été placé à 11 ans. « Mon enfant fait partie des inclassables, on les appelle Autre. Ni polyhandicapé ni autiste sévère. »  Avant la communication était parfaite. Un soir, il y a quelques années, cette maman se rend compte que son fils est rentré à la maison avec les médicaments d’un autre enfant. « J’ai appelé tout de suite. L’éducatrice que j’aime beaucoup a pris l’initiative d’appeler son collègue de travail. Celui-ci est venu chez moi chercher les médicaments et les a emportés à Ambert puis il est revenu me déposer les médicaments de mon fils. » Pour elle, nul doute que ce sont des éducateurs investis et passionnés.

Son fils a un jour été piqué par une seringue d’adrénaline qui traînait, elel en a été prévenue que le lendemain, et a appris que les séquelles auraient pu être irréversibles. « Ils ont couvert l’infirmière, et la direction. ILs ont tendance à vouloir faire porter le chapeau aux éducateurs. Mais nous ne sommes pas dupes. »

Des progrès énormes du côté des enfants

Cette maman a un regret : « Ne pas avoir porté plainte à l’époque contre l’infirmière ou l’ADAPEI. » Depuis, son fils rentre avec des slips qui ne lui appartiennent pas. « Les bons éducateurs spécialisés dans la prise en charge de mon fils ont été mutés. Tu sais, quand ce sont des remplaçants, on le sait tout de suite quand notre fils rentre le week-end. Je suis très triste, car ces éducateurs avaient fait un travail de fou avec mon gosse. »

« Le handicap, ça fait du dégât dans les familles. »

Une autre maman peine à prendre la parole. Sa fille souffre d’autisme sévère. Elle est, elle aussi dans cette même unité. « Elle était à l’IME de Chateaugay et c’était très bien. Mais ils n’avaient pas l’agrément pour la prise en charge de ma fille, une fois le diagnostic posé. » Cette maman célibataire a dû récupérer son enfant, pendant 4 ans, le temps qu’une place se libère à Vertaizon.

L’IME de Chateaugay, pour ne pas laisser la maman sans solution, accueillaient la petite fille 3 matinées par semaine. « Elle n’avait pas vraiment d’activité approprié à son état de Santé. C’était de la garderie. » Ce qui soulage quand même cette maman célibataire : « Ce fut très dur. J’ai deux autres enfants. Je prends des anti-dépresseurs. Ma fille ne dort quelques heures par nuit. J’ai beaucoup souffert. » Insiste-t-elle dans un souffle. « Son père est partie quand elle avait 5 ans. Le handicap, ça fait peur jusque dans les familles. On est très isolés. On perd des proches et des amis. »

« Elle est devenue propre en quelques mois. »

Lorsque sa fille arrive, à 12 ans, à Vertaizon, elle est en lien avec la même équipe. « Ils étaient spécialisés dans l’autisme. C’était une renaissance pour ma fille. On sentait que pour les éducateurs, leur métier était une passion. »

Elle portait des couches, mais devient propre en quelques mois. « Puis, dernièrement, son éducateur a été muté. Depuis, elle régresse. « L’enfer a recommencé. Les troubles du sommeil se sont multipliés. »

La maman laisse couler ses larmes : « Vous savez on m’a enlevé mes éducs, je me sens comme un enfant qui perd sa famille. Ils ne sauvent pas que nos enfants, ils sauvent des familles entières. » Car cette maman finit par l’avouer : « Le cas de ma fille est très très grave. Je ne peux plus travailler car elle me demande beaucoup de temps, je ne dors pas la nuit. J’aurais pu être à la une d’un sordide fait divers…J’aurais pu tuer ma fille et me suicider après. » Explique-t-elle avant d’étouffer un sanglot.

Manque de reconnaissance des familles, salarié.e.s et enfants.

La semaine dernière, comme tous les parents, elle a reçu une convocation à une réunion de la part de la direction. « On a reçu un courrier de la direction qui nous invite pour parler de la fin de la grève des salariés. Moi, je ne peux pas y aller à cette heure-là. 19H. Je récupère ma fille à 17H, tous les soirs. J’ai appelé, on m’a dit qu’il y aurait d’autres réunions, mais encore une fois, je ne pourrai pas m’exprimer. »

« Ces mutations sont du gâchis. »

Une autre maman dont l’enfant est aussi placé à l’IME de Vertaizon a écouté chacun de ces témoignages. « En fait, la direction manque de respect envers les familles, les salariés et les enfants. Cet éducateur qu’on a muté, c’est le plus grand gâchis. Il est spécialisé dans l’autisme et on le met ailleurs. Pour moi, nous vivons dans un monde tyrannique. La direction fait régner la terreur. »

Un collectif de parents s’est créé.

Et les parents s’en sont rendus compte, notamment grâce à la grève des salariés. « Nous avons donc créé un collectif de 20 familles, en quelques jours. Nous réfléchissons à une plainte collective contre l’ADAPEI 63. »

En effet, ces parents qui voient leurs enfants aller de plus en plus mal, dénoncent les constantes menaces de dépôt de plainte contre les éducateurs ou encore les menaces de retrait de place pour leurs enfants.

« La direction n’est pas sur le terrain, elle n’a fait qu’écouter une ou deux personnes. Mais, nous, nous n’avons jamais été entendus. Alors, certes, le problème est national, et la filière manque cruellement de moyens, mais au moins que les bons éléments soient bien traités, et que les familles soient un peu mieux considérées. »

Manque de considération

La semaine dernière encore, alors que la direction annonçait une reprise normale de l’IME, les enfants n’avaient pas tous reçu leur traitement, l’infirmière était absente. Et selon les parents, il n’y avait que des remplaçants. « Ces gens-là nous racontent n’importe quoi. Désormais, on a arrêté de les croire. Il s’agit de la vie de nos enfants. On a trop vu les éducateurs acheter de leurs propres poches, utiliser leur propre Wifi. C’est un peu facile de parler de maltraitance et punir quelques éléments… »

Le collectif de parents a demandé un entretien avec l’ARS et si rien n’aboutissait, il se prépare à d’autres actions.

« On n’a pas choisi le handicap de nos enfants. Ils ne sont pas là pour être rentables, ou malmenés. Etre parent d’enfant « autre » ce n’est pas simple, même si pour rien au monde, on échangerait nos enfants. Alors, qu’ils aient la prise en charge nécessaire et qu’ils soient heureux, comme n’importe quels autres enfants. »

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3 réflexions sur “Un collectif de parents se monte à l’IME de Vertaizon”

  1. nicoledeltour63@gmail.com

    nicoledeltour63@gmail.com je suis tres solidairecavec vous tous je suis maman d un grand garçon autiste qui vit dans un foyer en isere nous avons passé son enfance dans le puy de dome de retour pour ma retraite.je constate le désastre de la prise en charge des enfants differents dans ce département je pense que l ARS devrait.prendre sa part de responsabilite et que fond k
    les parents du conseils d administration de adapei ??? courage

  2. J’ai signé un CDI à l’adapei de chignat au bout d’1 mois on ma annoncé qu’on ne me garderai pas après les 2 mois à l’essai. Apparemment je n’étais peut-être pas faites pour travailler avec du polyhandicape. Mais on a pas hésité à me confier le service où je travaillais le week-end, en sachant qu’on est seul pour gérer le service le week-end. Donc gros point d’interrogation. A aucun moment on a pris en compte le bien être des résidents. On vous prend, on vous jette.

  3. Je n ai jamais travaillé à l adapei mais dans une autre structure proche pour adultes polyhandicapés (MAS)
    Pour avoir participé à plusieurs échanges entre établissement les équipes étaient au top, avec leurs patients, toujours dans le souci de bien faire, malgré les grandes difficultés de prise en charge et l investissement.
    Malheureusement toutes les structures recevant ces personnes handicapées, parlent que de rendement, baissent les effectifs, donc ça devient des structures de gardiennage. Avec des horaires de 12 h les weekends. Et souvent en effectif réduit. Les turn over abusif
    Ce n est pas nouveau…. Malheureusement ça dur depuis trop longtemps….
    Trop facile de blâmer les professionnels …
    C est l institution qui est maltraitance…
    Des managers c est comme ça qu on les appelle maintenant. Plus de bienveillance, ni pour les patients et encore moins pour les équipes qui sont pourtant formes pour la majorité., mais les conséquences de ces manageurs entraînent des burn out… C est désastreux, lamentable.
    Moi un weekend on m annonce ( une cadre) que je travaillerai seule un weekend… Moi je lui dis que je ne sais pas comment je vais gérer
    Elle m a dit VMF
    MOI?????
    Visage maintenant fesses.
    Ben voilà la réalité
    Ne lâchez rien
    Batter vous Parents et équipe éducative, il faut absolument que ça change.
    Bon courage à tous
    NE RIEN LÂCHER

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