9 heures. Ciel gris. Café chaud. Coeurs froids.
Depuis 2 jours, les salariés du secteur Energie sont en grève. « Nous avons plusieurs revendications. » Commence Rémi Coupas, syndicaliste CGT. « Nous aimerions revaloriser notre grille des salaires qui commence au-dessous du SMIC. Nous demandons donc 9% d’augmentation afin que la première case soit au niveau du minimum légal. » Cette revendication, même Elisabeth Borne l’avait exigée, en 2023, menaçant de le faire par décret si l’employeur ne s’y engageait pas.
Revendications salariales
Autre point sur lequel les salariés veulent des avancées : « Nous aimerions que la majoration résidentielle soit revue car aujourd’hui, en l’état nous touchons quasi le même salaire que nous vivions en Creuse ou à Paris. »
Mais, surtout, les salariés dénoncent depuis cet été l’alignement de la tva à 20% sur la consommation et l’abonnement. « La commission européenne a demandé de mettre les 2 à la même TVA. Nous avions deux TVA, 5 % pour la conso et 20% pour l’abonnement. Et plutôt que de tout mettre à 5 %, on a tout mis à 20%. Ca représente 200 euros d’augmentation pour un foyer de 4 personnes sur une année. »
TVA à 5%
Le syndicat demande donc une TVA à 5% : « Cela montrerait que l’énergie est un bien de première nécessité. »
La CGT Energie demande aussi l’arrêt des coupures pour les plus précaires. « De plus en plus de gens ne peuvent plus payer. 40 % des foyers abaissent leurs températures pour ne pas plus dépenser qu’avant. On laisse les gens vivre dans l’inconfort. »
Sabrina salariée à EDF, souligne : « On devrait être un service on est devenus un produit marchand… »
Une service devenu un produit marchand
Sur le territoire, 30 % des salariés sont en grève. « Pour l’instant, c’est pacifiste. On a le pouvoir de mettre le pays dans le noir. Mais on défend le service public, on ne veut pas mettre en danger les gens, les hôpitaux… »
De plus, les grévistes connaissent la répression syndicale. « Une camarade est auditionnée demain pour une coupure lors de la loi travail. »
Les salariés regrettent le sort réservé à l’Energie en France.
Nationalisation en 1946
Pour mémoire, avant 1946, de petits patrons avaient des régies et le territoire était ainsi maillé de distributeurs privés d’électricité et gaz.
Après guerre, EDF-GDF est né grâce à la nationalisation. La France avait donc un service public de l’Energie, grâce à Marcel Paul, ministre communiste. Mais les différents gouvernements successifs ne voient pas ça d’un très bon œil. En effet, cette nationalisation s’accompagne du Régime des Industries Electriques et Gazières avec des avantages comme la reconnaissance de la pénibilité et donc d’une retraite plus tôt.
2004, division des entreprises
A forces d’attaques successives du système, en 2004, sous le gouvernement de Jacques Chirac, EDF-GDF éclate en plusieurs entreprises telles que Enedis, RTE, GRDF, EDF ou GRT GAZ. Des mesures salariales sont prises en fonction des différentes structures.
En 2023, une lutte syndicale aboutit à une augmentation de deux niveaux de rémunération.
Ecoute de la direction
Ce matin donc, le directeur et son adjoint descendent noter les revendications afin de les faire remonter. L’entente est très cordiale et respectueuse. Le directeur va même jusqu’à glisser : « Nous aussi on aimerait que des choses bougent, mais le gouvernement du moment est trop instable. » Mais les syndicalistes rétorquent : « Même quand Elisabeth Borne vous demande de mettre les grilles à jour, vous ne le faites pas. »
La CFDT appelle, elle, à une journée le 18 septembre.
Grève reconduite
Après l’entretien avec la direction du site, les syndicalistes s’abritent sous le préau : « Nous allons reconduire la grève certainement en fonction de ce qui sera négocié. On reste dans une démarche pacifiste, même si l’absence de maintenance des sites nucléaire oblige à des reports, et des bateaux sont bloqués en mer à cause des terminaux de gaz fermés. »
l’Energie est un luxe
Les grévistes réfléchissent aussi à la reprise des Robin des bois de l’Energie. « Remettre de l’électricité et du gaz aux foyers qui en sont privés. » La préfecture a refusé leur demande d’entretien. « On n’a pas envie de lâcher. Aujourd’hui, se chauffer est un luxe, ce devrait être un droit… »