L’urgence de l’indépendance médiatique : lutter contre les faux médias!

Le constat est amer. Aujourd'hui, les médias sont dirigés par des milliardaires qui veulent propager leurs idées, majoritairement de droite extrême ou extrême droite. Une poignée de médias indépendants se battent pour garantir le pluralisme de l'information. Aujourd'hui, pourtant, de nouveaux adversaires tentent de semer la confusion sur le métier de journalisme. Etudions aujourd'hui la page Saccage Clermont, entre censure et propagande !

Ils rêvent de devenir journalistes, en tous cas rêvent de prendre leur place. Ils sont influenceurs ou gestionnaires de pages sur les réseaux sociaux. Sans aucune éthique, ni méthode, ils estiment faire de l’enquête, et révéler des « dingueries » aux yeux du monde.

Pourtant, être journaliste ne s’improvise pas. Et le terme de journalisme citoyen arrive à ses limites. Car, que dire de ce jeune militant, qui armé de ses seules valeurs, fait des posts instagramables qui ne vont que dans le sens de ses idées ? Que dire du modérateur de Saccage Clermont qui répand de la désinformation en manipulant ses lectrices et lecteurs, sans aucune déontologie.

Les journalistes, eux, sont payés pour vérifier, recouper, interroger, et non mettre sur les réseaux ce qui pourra buzzer ou mettre à mal telle ou telle personne. Le but du journaliste est d’informer, pas de manipuler.

Malgré tout, dans le flux des réseaux sociaux, les enquêtes sérieuses côtoient les approximations et fake news.

Fake new et l’intention de mentir

Lors de nos ateliers d’éducation aux médias, très souvent, il nous faut reprendre du début. Un journaliste peut se tromper, comme tout le monde dans sa profession. Il peut avoir eu de mauvaises informations, il peut s’être fait avoir par ses sources. C’est malgré tout très rare, d’où le peu de condamnations pour diffamation. Mais, à force de vivre dans un monde médiatique en continu, et où le buzz prime sur la vérité, de nombreux médias sortent des informations trop rapidement. La précipitation impose un manque de recoupes. Ainsi, nombre de journaux de la Presse Quotidienne Régionale ont titré avoir retrouvé Dupont de Ligonnès à l’aéroport d’Edinbourg, alors qu’il s’agissait d’un simple voyageur. Le lendemain, les médias se sont excusés. Cette mésinformation ne doit pas être confondue avec les fake news.

Surfer sur l’émotion des gens

Prenons alors l’exemple de Saccage Clermont, page désormais reconnue comme propagandiste, n’autorisant aucune contradiction. Pourtant, nombre de ses visiteurs l’utilisent pour se plaindre des problèmes urbains, ou dénoncer les manquements de la municipalité, notamment en terme de ramassage des poubelles.

Au-delà du fait de se demander pourquoi les gens ont besoin d’exprimer colère et exaspération au vu et au su de tout le monde, il est intéressant de prendre conscience de la manipulation du modérateur, Philippe Killing, envers les personnes qui pourtant lui font confiance.

Ainsi, cet informaticien à la Région, payé par nos impôts, donc, (puisqu’il attaque formellement tout fonctionnaire, et argent public) travaille notamment pour le service des lycées. Epinglé à plusieurs reprises pour cyber-harcèlement, nous reviendrons sur lui dans un article spécifiquement dédié.

Mais, poussé par des milliers de followers sur sa page, dont pourtant, seulement une centaine est active, il ordonne quoi et comment penser, en ne travaillant que sur l’émotion et la dénonciation.

Philippe Killing n’a comme conscience politique que la revanche et la vengeance d’un maire qui n’a pas reconduit son poste à la mairie de Clermont. Là encore nous y reviendrons dans un prochain article.

Armé de sa simple colère et de son savoir-faire informatique, il va donc créer une page, copié sur les pages existantes « SaccageParis ».

Si vous voulez voir la noirceur de ce monde, la colère, la haine, rendez-vous sur cette page. Chacun y déverse ses frustrations, revendications. Beaucoup sont légitimes et permettent le débat. Mais, nombreuses sont en dehors du respect de la loi. Nous avons pu voir, par exemple que dans les dernies jours (on essaie de s’épargner un peu !) de nombreux commentaires racistes ont été postés sans être invalidés ou supprimés par les modérateurs, sous un post qui dénonce de façon factuelle, des détritus dans un parc :

Ou ici, sous le post d’un article de La Montagne sur un fait-divers dont les auteurs sont alors inconnus :

D’autres techniques sont expérimentées sur cette page. Celle de n’autoriser aucune contradiction, faisant penser ainsi qu’une pensée unique existe. Chaque contradicteur est alors mis sous pression, on leur demande des comptes sur leurs informations, et des justifications, quand jamais ce procédé n’est utilisé pour les autres commentateurs.

Ici, une ancienne élue est affichée publiquement par le modérateur Philippe Killing, qui tel un dictateur, lui impose de se justifier, sans qu’aucun mandat ne lui ait été confié pour obliger une commentatrice à la parole.

Cette tentative d’intimidation tend à ridiculiser l’autrice en désaccord avec le groupe. Heureusement, malgré un fonctionnement sectaire, plusieurs personnes s’insurgent, et publient à leur tour leur désaccord

Ainsi, chaque personne en désaccord est « banni » de la page. Il est impossible de remettre en question le « leader ». Fonctionnant de manière sectaire, le pouvoir reste cependant purement numérique. La vrai vie étant ailleurs. D’ailleurs, on se demande comment l’employé de la région passe autant de temps sur les réseaux. Nous ne nous épuiserons cependant pas à questionner la profondeur de sa véritable existence.

Propagande et censure

On remarque aussi qu’il hiérarchise les commentateurs. Le pauvre Jason n’étant qu’un simple participant n’a pas le droit à la parole. Bart Brandsma, dans « La société polarisée, des extrêmes et du moyen de s’en sortir » explique parfaitement ce phénomène. Selon lui, dans la polarisation que rejoue Philippe Killing, il existe un « Nous contre eux ». Les autres sont forcément méchants, parce que pas d’accord. Cette polarisation a continuellement besoin d’être alimentée. Jamais il ne pourra donner raison à l’autre. Il en résulte alors une dynamique non rationnelle, à laquelle tout le monde est sensible et qui ne s’adresse qu’à nos instincts. La réfutation sensée n’a alors qu’un effet limité.

Nous contre eux

D’ailleurs, cet article le prouvera, s’il arrive jusque chez Saccage Clermont il sera dépouillé de son essence intellectuelle pour alimenter le « nous contre eux ». On parie ? Comme si cet article servira encore à les nourrir, alors même que son rôle, d’utilité publique est de prévenir de la dangerosité de ce genre de page.

Bart Brandsma explique qu’il existe 5 personnages pour que ce genre de phénomène puisse exister. L’instigateur, donc ici le modérateur à l’origine de la page. Il a besoin d’autosatisfaction permanente. Il est sûr de ses faits, ne se remet jamais en question. La pensée nuancée n’existe pas. Pour s’identifier, il doit constamment se mettre en opposition et se comparer. L’instigateur est dans l’incapacité de modérer son fonctionnement, ce qui finit toujours par le faire perdre.

Les 5 personnages de la polarisation

Autour de lui, existent des partisans. Ils sont le deuxième personnage. Sur Saccage Clermont, ce sont les quelques dizaines qui participent activement à la page, convaincus à leur tour, et ne permettant aucune remise en question de l’instigateur, quoi qu’on puisse révéler sur lui. Puis vient le groupe silencieux. Ils sont plus de 20 mille sur cette page, à ne pas participer, parfois effrayés ou effarés, mais souvent curieux de ce qui se trame. Ils ne prennent pas parti. Se taisent. Ils préfèrent la nuance et la polarisation des échanges ne les intéresse pas, trouvant cela trop violent. Le constructeur de passerelle est celui qui va se mettre au-dessus de la mêlée, en tentant de comprendre comment, dans le cas de Saccage Clermont, tant de violence et de haine peut intervenir. IL s’agit là de politiologues, sociologues, chercheurs ou journalistes…

Enfin, le 5eme personnage de cette polarisation de la société est évidemment le bouc émissaire. Sur Saccage Clermont, l’ancienne municipalité est vue comme responsable de tous les maux. Alors qu’un nouveau maire a été élu, les problèmes d’aujourd’hui sont encore le conséquences d’hier. Et si quelques-uns tendent à remettre en question la majorité, il s’agit forcément d’un « troll » ou de quelqu’un de l’autre bord, comme le prouvent ces captures d’écran.

La première capture d’écran répond à une femme qui demande pourquoi le maire n’a pas baissé les indemnités des élus alors qu’il en parle dans son programme :

On se rend compte ici que le modérateur s’octroie des droits juste parce que la personne le remet en question ou pose une question qui ne lui convient pas. Philippe Killing dit ne pas être politisé. Mais une telle polarisation est purement politique. D’ailleurs, il s’en prend aux amis Facebook de ce commentateur, en ne citant que ceux de gauche. Comme si avoir des amis Facebook de gauche suffisait à discréditer le discours. Philippe Killing a fait campagne contre l’ancien maire, et a salué la victoire du maire LR. Il est aussi proche de figures de l’extrême droite, que nous vous dévoilerons lors de notre prochain article.

Professionnel de l’information contre propagandiste

Pour terminer notre analyse, il est essentiel de revenir à un fondamental : une page Facebook n’est pas du journalisme. Philippe est loin d’être un professionnel de l’information. Aucune enquête sérieuse ne sort de sa page, même s’il reprend la didactique journalistique en parlant de révélation, par exemple. Tous ses sujets sont à charge, orientés et non documentés. Mais, ses publications reçoivent un public qui ne demande pas la véracité des faits mais juste d’être en accord avec leurs propres opinions. C’est tout le travail de Remy Rieffel, dans « Sociologie des médias » qui tend à démontrer que le lien entre propagande et publicité.

Gabriel Tarde, dans « L’opinion et la foule » démontre qu’en orientant l’information vers tel ou tel personnage ou fait, l’opinion publique peut se renverser. Si vous ne montre que les poubelles renversées, vous aurez tendance à croire que la réalité de 2 photos démontrent la saleté globale d’une ville entière. La technique est connue par l’extrême droite qui va prendre l’exemple d’un délinquant étranger, faisant croire que tous les délinquants sont étrangers. Les pages complotistes sont exactement calquées sur le même phénomène. Vous n’aurez que des gens mécontents qui posteront leurs colères ou frustrations. Celles et ceux qui inversent le phénomène sont alors exclus. Le fait de ne montrer que le retard des trains a fini par ternir la réputation de la SNCF qui comptabilise en réalité bien plus de trains à l’heure que le contraire. Saccage Clermont fait la même chose.

Jouer sur les sentiments

La manipulation des affects est un procédé classique qui peut être décrit par deux techniques : l’appel aux sentiments et l’effet fusionnel. Le premier à avoir étudié cela n’est autre que Gustave Le Bon, en 1895 ! Il explique que faire partie d’un groupe fait réfléchir autrement, en collectif et annule le libre arbitre. Pour faire partie de la communauté, il faut adhérer aux idées et aux façons de faire : Ainsi, quand Philippe Killing dénonce publiquement une personne, certains likent alors même qu’ils sont en désaccord avec ce procédé qu’ils ne tolèreraient de personne d’autre. La manipulation des masses, comme le raconte Gustave Le Bon fait appel aux pulsions, et à ce sentiment de se sentir tout puissant lorsque l’on fait partie d’un groupe.

Manipulation de masse

La mauvaise nouvelle c’est que le travail de Gustave Le Bon a surtout servi à un personnage tristement célèbre : Goebbels, responsable de la propagande sous Hitler. Le dictateur allemand lui-même est l’un des premiers à avoir saisi les ressorts du comportement de la masse et mis à jour la manière dont les hommes rassemblés en grand nombre « sont pénétrés par des émotions semblables » et acceptent des choses qu’ils n’accepteraient jamais dans d’autres cercles.

Ainsi, les journalistes ont la lourde tâche de démanteler ces réseaux de fake news, d’intimidation, de censure et de propagande comme la page Saccage Clermont, prise en exemple. Malheureusement, d’autres existent. Sur les réseaux sociaux, de nombreux personnages en manque de reconnaissance dans la réalité, ont des besoins de manipuler les foules de façon virtuelle. C’est à chacun de prendre ses responsabilités. Aucun élu, aucun responsable politique ou associatif ne doit donner de sens à ce genre de page propagandiste.

Cependant, la bonne nouvelle, c’est que de plus en plus de personnes semblent, comme le montrent nos captures d’écrans remettre en question le fonctionnement dictatorial de ce genre de page. De plus, Facebook est en perte de vitesse dans le milieu numérique. La nouvelle génération se détourne de ces pages et refusent la polarisation de la société, ne voulant intégrer aucun camp. C’est un espoir qu’il faut saisir.

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