Saccageclermont : sous le masque du militant, la méthode d’un harceleur.

​Depuis trois ans, une page Facebook baptisée SaccageClermont agite la scène politique clermontoise. Analysée en détail, elle se présente comme un espace de contestation urbaine légale et légitime. Mais, elle flirte de manière répétée avec la diffusion d’informations non vérifiées et ses publications sont trop souvent orientées, illustrant parfaitement la définition de la désinformation. De plus, de nombreux commentaires y sont discriminatoires et trop peu modérés. Derrière cette vitrine numérique de critique de l'ancienne municipalité se cache un administrateur au parcours singulier, marqué par de nombreux différends professionnels et un passif judiciaire avéré. Révélations sur le profil de son fondateur, Philippe Killing.

Note de la rédaction : La révélation d’éléments touchant à la sphère privée ou au parcours professionnel d’un individu répond à des critères déontologiques stricts. Fidèle à sa charte d’information, Mediacoop considère que le rappel des antécédents judiciaires pour harcèlement de Philippe Killing, ainsi que ses ruptures contractuelles successives, relèvent ici d’une intérêt public majeur. Ces éléments factuels, étayés et vérifiés grâce à 3 ans d’enquête, constituent des clés de compréhension indispensables pour éclairer le lectorat sur les modes d’action, le profil et les motivations réelles de l’administrateur de SaccageClermont. Notre démarche s’inscrit exclusivement dans le cadre du droit à l’information et du décryptage d’un phénomène de société local, loin de toutes démarche d’ordre personnel. Afin d’assurer la sécurité des nombreux témoins, les prénoms ont été modifiés.

Années 2000 : les premiers piratages anonymes.

​Stéphane est arrivé à Clermont-Ferrand pour le travail. Nous sommes dans les années 2000 et la plateforme Caramail propose des « sites de rencontres amicales » pour les nouveaux arrivants. A la tête de la page clermontoise, un certain Philippe Killing. « J’ai fait quelques sorties avec lui et d’autres nouveaux arrivants. Je ne le trouvais pas forcément intéressant, assez vulgaire et avec des blagues malaisantes. Il nous donnait son doigt sur lequel tirait et il pétait. Ca ne faisait rire que lui. » Exprime celui qui aujourd’hui a coupé les ponts avec le modérateur de Saccage Clermont. Et pour cause ! Un jour, Philippe lui propose de nettoyer son ordinateur. « J’ai accepté, je ne suis pas un grand informaticien, alors que lui en a fait son métier. D’ailleurs, à l’époque il travaillait pour l’école d’architecture de Clermont. » . Quelques jours plus tard, Stéphae est convoqué par les services de police dans le cadre d’une enquête sur des messages malveillants anonymes – qualifiés de « corbeau » – ciblant justement l’école d’architecture. L’enquête technique révélera que les messages incriminés avaient été émis depuis l’adresse IP de Stéphane, à l’insu de ce dernier et durant la période où l’informaticien avait eu accès à sa machine. « J’ai rompu tout lien avec lui, et je me suis dit qu’il était vraiment dangereux. »

Une succession de conflits professionnels

Embauché initialement dans le cadre d’un dispositif d’emploi jeune au sein d’une école d’architecture, son passage est décrit par d’anciens collègues comme particulièrement complexe, marqué par des tensions internes lors d’élections professionnelles.

À la suite de la diffusion massive de courriels anonymes signés par un corbeau, sur les messageries des salariés, la direction dépose plainte. Philippe Killing sera mis en garde à vue comme le confirme ce courrier émanant de l’informaticien lui-même.

Des menaces contre un directeur d’université

L’informaticien est donc rapidement remercié. Mais, dans les années 2000, tout le monde a besoin d’un informaticien, et Philippe Killing intègre ainsi l’Université de Clermont-Ferrand en tant que contractuel pour développer les réseaux informatiques de l’UFR LACC. Éric Agbessi, alors directeur de la structure, se rappelle une période d’essai extrêmement négative : « Les retours étaient très négatifs tant sur ses compétences que sur son rapport aux autres. Il cherchait à diviser les gens et écoutait les conversations. Pour moi, il présentait une inadaptation sociale. »

Informé de la décision de ne pas prolonger son contrat, l’informaticien se serait montré menaçant. « Devant moi, il s’est bien gardé de quelconque protestation. Mais, il a indiqué à ses collègues de l’époque qu’il m’attendrait sur le parking. Ses menaces n’ont jamais été exécutées, évidemment. Et lors de la fin de son contrat, il était très cordial par devant. » Un comportement similaire aurait été constaté quelques semaines plus tard lors d’un passage éphémère au rectorat. « On m’a rapporté qu’il racontait des absurdités sur moi. Mais au rectorat non plus, il n’a pas fait l’affaire… »

Des images pornographiques pour punir les salariés qui n’ont pas éteint leur ordinateur

En 2013, c’est au sein de l’ANEF, une structure dédiée notamment à la protection de l’enfance, que les faits se répètent. Alors qu’il intervient en sous-traitance via son auto-entreprise, les salariés sont si agacés de son comportement que ce la remonte en CSE. Le point de rupture survient lorsqu’un employé découvre une image pornographique affichée sur son poste de travail, un matin en arrivant au travail. Interrogé par la direction, l’informaticien aurait soutenu avoir agi de la sorte pour infliger « une leçon » au salarié qui n’avait pas éteint son ordinateur. Jugé incompatible avec les missions de protection de l’enfance de la structure, il est renvoyé sur-le-champ.

Condamnation pour harcèlement

​​Les dérives comportementales reprochées à l’administrateur de SaccageClermont ne se limitent pas au cadre professionnel. En 2011, sa compagne de l’époque, Élodie, découvre progressivement la réalité du passif familial et judiciaire de l’informaticien. Durant leur relation, ce dernier fait l’objet de strictes restrictions concernant l’exercice de son autorité parentale issue d’une précédente union et surtout l’interdiction stricte d’approcher le domicile de la mère de son enfant.

L’informaticien a fait l’objet d’une condamnation pénale pour des faits de harcèlement et de cyber-harcèlement commis entre 2003 et 2007 à l’encontre de la mère de son enfant.

​La séparation d’avec Élodie s’inscrit dans un même climat de surveillance psychologique et technique. Le père de la jeune femme, alors maire d’une commune du Puy-de-Dôme, décrit une situation d’emprise. Elodie regrette quant à elle de ne pas avoir déposé plainte à son tour.

Après la rupture, des menaces de piratage informatique sont proférées et un logiciel espion (« mouchard ») est découvert sur le téléphone de la jeune femme. « J’ai vécu les pires années de ma vie avec lui. Il m’espionnait constamment. Et surtout, à notre rupture, il a fallu plus d’un an pour qu’il parte de mon domicile. Je m’enfermais à clef dans ma chambre. Il me menaçait de pirater mes comptes bancaires et ceux de ma mère. Il a menacé mon nouveau compagnon en disant qu’il ferait venir un de ses amis pur le frapper. »

Des incidents similaires touchent le club de badminton local où le couple évoluait. « Il a fait beaucoup d’histoires, jusqu’à dire qu’un entraineur avait des gestes déplacés. On a contacté les parents, c’était totalement faux. » Explique un membre du bureau de l’époque. Bizarrement au départ de l’informaticien, le site du club ne fonctionne plus. Même topo pour le site internet de la mairie dirigée par le père d’Élodie, qui cesse subitement de fonctionner.​ « La gendarmerie a retrouvé son adresse IP. On a laisse tomber, le mieux étant de ne plus avoir de ses nouvelles. » Explique l’ancien édile.

De la mairie de Clermont-Ferrand à Saccage Clermont

​En 2014, Philippe Killing intègre les services techniques de la mairie de Clermont-Ferrand.. Là encore, son contrat se solde par une exclusion pour des motifs superposables : manquements déontologiques, incompétences notifiées et altercations avec ses collègues. Son non-renouvellement de contrat, formalisé par une note du maire Olivier Bianchi, déclenche chez l’informaticien une vive rancœur à l’égard de l’élu et de l’institution municipale.​ Quelques années après son éviction définitive de la collectivité, en 2019, que Philippe Killing participe activement au lancement et à l’administration de la page SaccageClermont. On découvre que les premiers invités de la plateforme sont par exemple, Alexis Blondeau et Cécile Cros-Laporte, à l’époque dans l’opposition, et aujourd’hui élus à la ville de Clermont-Ferrand.

Contacté par notre rédaction

​Contacté par notre rédaction afin de répondre de manière contradictoire aux éléments de notre enquête, Philippe Killing a choisi dans un premier temps de nous répondre par écrit. S’étonnant d’abord de notre démarche en affirmant avoir été bloqué de nos espaces de discussion par le passé, l’informaticien dresse un bilan « globalement très positif » de la page SaccageClermont.

Selon lui, ce collectif calqué sur des initiatives similaires (SaccageParis, SaccageLyon) répond à « un besoin réel d’expression d’habitants » face aux travaux, aux choix d’urbanisme et au « sentiment d’insécurité ».​

Pour prouver l’ouverture de sa page, il affirme que des personnalités locales opposées à ses idées peuvent s’y exprimer librement tant que les règles sont respectées. Il met également en avant le succès d’audience de son groupe, revendiquant « près de 1,5 million de personnes touchées par mois » pour démontrer que ses sujets dépassent le cadre militant.​

Interrogé en revanche sur les accusations précises d’attaques ciblées, de diffusion de conversations privées ou de contenus discriminatoires, Philippe Killing a refusé de répondre sur le fond, qualifiant ces termes d’« extrêmement larges » et exigeant l’apport d’exemples précis.

Une stratégie de défense identique concernant son parcours professionnel depuis 2003 : l’informaticien a botté en touche en jugeant la question « particulièrement vaste et peu définie », concluant qu’il lui est « difficile d’en faire un résumé pertinent sans savoir précisément quel aspect t’intéresse ».

Le choix du silence face à son passé

Une ultime tentative de dialogue est restée lettre morte. Dans un dernier échange, notre rédaction a formellement rappelé à Philippe Killing que l’utilisation d’un canal de communication sécurisé (Proton Mail) constituait une mesure de protection légitime pour notre journaliste. Une précaution directement motivée par le passé de l’informaticien, déjà condamné pénalement pour harcèlement envers son ex-compagne, une procédure assortie d’une interdiction de l’approcher. ​Interrogé par la même occasion sur son incapacité à percevoir les dérives et le harcèlement qui pullulent aujourd’hui sur sa propre page, ainsi que sur les motifs factuels de ses ruptures de contrats successives (Université, ANEF, Collectivités), l’administrateur de SaccageClermont a choisi de murer son silence.

La justice saisie collectivement

​​La contestation de ses méthodes a pourtant bel et bien quitté le seul terrain des réseaux sociaux pour s’engager sur la voie judiciaire. Selon nos informations, une plainte collective a été formellement constituée contre Philippe Killing, la page SaccageClermont et X. ​Cette procédure vise à faire sanctionner des dérapages répétés et caractérisés, notamment pour « propos discriminatoires et à caractère raciste », injures publiques, ainsi que pour des faits de « harcèlement » répétés visant l’ancien maire, des élus de l’ancienne équipe municipale et plusieurs agents publics de la collectivité clermontoise. C’est désormais à la justice de trancher.

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