La journée Luxfer, convergences de lutte sous le soleil de Gerzat

Ce jeudi 25 juin, à partir de 11 heures, de nombreux soutiens se sont regroupés autour de l'usine Luxfer, pour soutenir les salariés en lutte depuis de nombreux mois. Retour sur une journée de mobilisation festive ou de nombreuses prises de parole se sont succédé...

D’abord, se garer sur le parking réservé aux militants. Puis marcher et traverser le pont. Suivre les drapeaux de la CGT, et arriver dans une jolie foule de plus de 700 personnes, aux alentours de 11 heures. Il fait chaud. Les prises de parole n’ont pas encore démarré. Du côté de la buvette, Jean-louis Borie, avocat émérite, porte un t-shirt bleu à l’effigie de GMS, autre entreprise défendue par le ténor du barreau clermontois. Autour de lui, la bande GMS, avec Laurence Pache, une fidèle alliée. Les gars en ont plein le dos, le front et ont le coeur lourd. Leur pote, leur camarade, leur porte-parole, Yann Augras, est mort accidentellement, il y a une dizaine de jours. IL manque à la lutte, mais justement, il faut le continuer le combat. Un combat qui dure depuis 2017.  » Sur les 157 licenciés de notre boite, seuls 43 ont retrouvé un CDI dont 9 ont créé leur propre boite.les autres vivotent, CD, interim, chômage qui arrive en fin de droit… Il reste 110 salariés dans l’usine, sur les 120 qui étaient repris…ils bossent une semaine sur deux, il n’y a plus de boulot… » Pour que GMS vive, il faut au minimum 17 millions de chiffres d’affaires pour assurer le travail des 120 salariés, l’entreprise arrive difficilement à 10 millions. L’Etat renfloue mais que se passera-t-il l’année prochaine ? L’entreprise construit des pièces pour le secteur automobile. Renault et Peugeot s’étaient engagés à ramener 10 millions et 12 millions de Chiffres d’affaires. Mais, finalement, les entreprises externalisent.  » 60% des pièces sur une voiture française arrivent de Chine…Ca leur coûte moins cher, même s’ils continuent à vendre les bagnoles toujurs plus chères. ils se font juste une belle marge… » Jusqu’en 2000, puortant le secteur automobile se portait bien, et les voitures françaises étaient toutes construites en France. A GMS, on avait un savoir-faire incroyable, dotée d’un bureau d’études, la boite pouvait construire des pièces pour le ferroviaire, l’électroménager, ou les jouets. Aujourd’hui, la structure est devenue une usine de production pour l’automobile. Il ne reste que 4 cadres sur les 22. Le bureau d’études a disparu…

Alors le bande GMS y croit encore, évidemment, mais plus comme avant.  » Il faut que l’Etat ait une volonté politique à faire plier les entreprises qui délocalisent. On leur a même mâché le travail en écrivant un projet de loi  » Un projet de loi qui pour l’instant n’é pas été examiné et, qui, on s’en doute, ne sera jamais voté par la majorité.

Ghislain Dugourd, sécrétaire de l’UD CGT 63 ouvre le bal des prises de parole. Il rappelle qu’il y a 6 mois déjà, le 31 janvier, les militants avaient envahi le rond-point de Gerzat pour respecter l’Etat à respecter ses engagements concernant Luxfer. Et puis, la crise du Covid-19 aurait pu donner un sens à la réouverture de cette usine, la seule en Europe qui sait faire des bouteilles d’oxygène. Mais là, encore, l’espoir s’est envolé à la vitesses des promesses. C’est alors un tonnerre d’applaudissement que reçoivent les salarié-e-s en lutte de Gerzat. Des salarié-e-s en lutte depuis 18 mois.

Ghislain Dugourd

Philippe Martinez, leader de la CGT a fait lui aussi le déplacement. Il a rappelé que viennent d’être accordés 5 milliards d’euros de prêt à Renault. Le lendemain, 4500 emplois étaient supprimés et l’action s’est envolé de 5 %. Le secrétaire général était à l’Elysée hier, afin de discuter du chômage partiel de longue durée. Il y a appris que les employeurs ne paieront plus de cotisations sociales. Enfin, il a rappelé les promesses concernant Nokia, Motors Electric qui n’ont pas été tenues. Il a exprimé son soutien aux personnels soignants, et a appelé à manifester le 30 juin et à préparer une rentrée offensive notamment sur la réforme des retraites, sur le projet de l’assurance chômage.

Philippe Martinez

Après une émouvante prise de parole de GMS, les salariés Luxfer (qui ne tenaient pas tous sur l’estrade) ont rappelé, par la voix notamment d’Axel, toutes les péripéties de leur lutte. 53 jours d’occupation. Axel a rappelé l’importance de l’industrie en France. «  On a maintenu l’arrêt de notre usine pendant la crise du Covid afin que Luxfer puisse faire flamber ses prix sur les bouteilles d’oxygène…On a été licenciés officiellement pour l’arrêt de production des extincteurs, or on n’a jamais fait d’extincteur… » Luxfer a, de plus, réinjecté 13 millionss d’euros afin que le tribunal de commerce ne puisse se saisir du dossier et trouve ainsi un repreneur.  » 13 millions d’euros pour une entreprise vide… Juste pur qu’on n’ait pas de repreneur, or, on en a des repreneurs , il manque juste une chose que l’Etat français fasse respecter la loi française à Luxfer…Ca ne respecte même pas leur putain de lois capitalistes…!  » s’insurge Axel. Le délégué syndical CDFT Luxfer France se présente ainsi : «  Je suis le syndicaliste qui a balancé le bureau de son directeur du 2éme étage…et qui a fini chez les flics… » Il a rappelé que l’inspectrice du travail a refusé le licenciement économique. Luxfer a fait appel.  » On a fait un mémoire de 30 pages avec 55 pièces à conviction grâce à Jean-Louis Borie, notre avocat, qui a aussi déposé 97 dossiers aux prud’hommes. Luxfer arrive avec 5 pages et aucune pièce à conviction, l’inspectrice refuse une nouvelle fois notre licenciement, et c’est finalement dans le bureau de Muriel Pénicaud que nos licenciements sont validés !  »

Axel, de la CGT Luxfer

Après cette intervention de nombreuses entreprises comme l’AIA, les structures de la métallurgie, les soignants, le syndicat étudiant L’Unef, ont eux aussi pris la parole. Un stand des Jeunes Révolutionnaires a pris place en plein centre du rassemblement.

De nombreuses personnalités politiques ont rejoint la mobilisation, comme Jean-Luc Mélenchon, Olivier Bianchi, Marianne Maximi, son opposante pour la mairie de clermont, Cyril Cineux, élu local communiste, Raphael Glucksmann, des élus de Générations et du Parti Communiste, profitant de la période électorale pour apporter leur soutien aux salariés en lutte.

Nous vous laissons déguster la suite de cette journée, en images !

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1 réflexion sur “La journée Luxfer, convergences de lutte sous le soleil de Gerzat”

  1. Nouvelle formule que j’apprécie & surtout pas sectaire genre « je vais tout vous expliquer » !
    Bravo ! A bientôt, à l’UPC ou dans la rue.

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À propos de cet article

Publié le 25 juin 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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