Cette année, le Festival Étudiant contre le Racisme et les Discriminations revient après une édition chamboulée par le contexte sanitaire. À l’initiative du syndicat étudiant UNEF, le rendez-vous propose durant deux semaines ateliers, conférences, projections et concert autour d’invités variés. Le but : sensibiliser le public aux questions des discriminations.
Tête d’affiche
Après Martin Luther King ou Frida Kahlo, le festival qui propose le parrainage d’une personnalité inspirante chaque année a choisi Gisèle Halimi en 2022. Qui pouvait mieux que l’avocate militante, activiste et féministe porter haut les valeurs de cet événement ? La franco-tunisienne s’est battue toute sa vie et a été la seule avocate à signer le Manifeste des 343 sur la légalisation de l’avortement en France. Elle a aussi défendu Marie-Claire Chevalier, mineure violée accusée d’avortement illégal dans le procès de Bobigny. Sa détermination a notamment permis à trois femmes d’être acquittées, ou encore, l’avancement de la Loi Veil.
Thèmes actuels et combats de toujours
Le festival a commencé hier et durera jusqu’au 11 mars avec une variété de thèmes et d’angles d’étude. Entre autres, une conférence sur l’accès à la santé pour les personnes LGBTI mardi 1er mars à 18h à Gergovia, une autre au même endroit et à la même heure sur l’essentialisme comme outil de division pour la droite et les extrêmes droites le 07 mars. Le FECReD propose également des ateliers textiles, des projections de film et un concert pour clore l’événement. Plusieurs ateliers « surprise » seront annoncés durant la quinzaine.

Afin d’ouvrir le festival, un premier rendez-vous avait lieu ce lundi 28 février. On a assisté à la conférence « Le racisme à la française » qui abordait les différentes formes et applications spécifiques du racisme en France. Parmi les intervenants, Verveine Angeli, militante syndicale et antiraciste auteure de « Racismes de France » sur la thématique du travail, Samy Joshua, professeur en sciences de l’éducation, militant politique, antiraciste et membre du conseil scientifique d’ATTAC, Marwa El Yamni, la soeur de Wissam, mort à la suite de violences policières en 2012 et membre du collectif Justice et Vérité pour Wissam et la politologue Françoise Vergès.
Racisme institutionnel
C’est cette dernière qui a ouvert la conférence à travers une analyse historique de la notion de race. « Il est évident qu’il y a un racisme institutionnel en France », commence-t-elle par expliquer. Surtout, la politologue invoque la théorie de « l’effet retour » popularisée par l’écrivain Aimé Césaire pour éclairer ce propos. Selon lui, le racisme n’a pas lieu que sur le territoire colonisé mais aussi au sein du pays colonisateur, encore des années plus tard.
À son tour, la militante Verveine Angeli pointe cette absence de frontières mais à l’échelle du monde du travail. « La question des discriminations racistes au travail ne peuvent être séparées de toutes celles au sein de la société », précise cette dernière. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une personne blanche a 83% de chances en plus d’obtenir une embauche. À l’inverse, la possibilité d’avoir un salaire au-dessus de 3000€ par mois pour les non blancs est de 25% inférieure pour les hommes et 15% pour les femmes. Les personnes maghrébines ont 31,5% de chance en moins d’être rappelées après une demande d’embauche.
Samy Joshua, lui, est spécialiste des sciences de l’éducation. Pour ce dernier, on peut penser que le racisme est invisibilisé en France. En effet, si pour 90% de la population adulte française, du racisme est présent en France, peu de personnes disent en avoir été témoins. Comme exemple de racisme institutionnel, ce dernier prend notamment l’exemple des carnets anthropométriques imposés aux gens du voyage jusqu’à la fin des années 1960 précédent le livret de circulation. Il questionne : « Le Président ne veut pas qu’on utilise le terme de violences policières. Poutou a dit « La police tue », Darmanin lui a fait un procès. Pourtant, que dire des contrôles au faciès ? Pourquoi la police refuse les récépissés de contrôle ? ».
Dix ans
Enfin, c’est à Marwa El Yamni de prendre la parole. Il y a dix ans, son frère Wissam était assassiné par la police à Clermont-Ferrand. « Dix ans et toujours pas de justice », lance cette dernière. Elle raconte les photos antidatées, l’absence de caméra, les expertises douteuses, l’absence d’audition de certains témoins. « On a vraiment un problème de police et de justice », conclut-elle. Tout au long de la quinzaine, les conférences seront à prix libre et accessibles et traduites en langue des signes.