Portes ouvertes du tribunal de Clermont : la profession en colère

Mardi 29 juin, avocats et magistrats ont ouvert les grilles du palais de justice clermontois afin de démocratiser ce lieu, trop souvent enfermant et enfermé pour les justiciables. L’occasion pour les quidams d’aller à la rencontre des robes noires lors d’une après-midi « portes ouvertes ».

laxisme ou fermeté?

« Le problème de la police, c’est la justice » La phrase prononcée par le secrétaire général du syndicat de police Alliance, en mai dernier, a fait bondir du côté des palais de justice. Sur le banc des accusés : avocats et magistrats. On leur reproche tantôt trop de laxisme, tantôt trop de fermeté. Mais un autre constat trouble la profession : « Notre institution a besoin de plus de lien avec le public. » explique Maître Arsac, du barreau de Clermont-Ferrand. « Le covid a renforcé cette idée avec les procès à huis-clos. notre institution fait peur, elle est un lieu de jugement, et parfois de condamnation. Mais, les gens peuvent venir assister aux procès, ainsi ils désacraliseraient notre pouvoir et comprendraient que notre travail n’est pas aléatoire, que notre travail n’est pas laxiste, que l’on fait appliquer les lois.« 

Un palais de justice en forme de Bunker

Ainsi, ce mardi, les justiciables pouvaient venir prendre un café et discuter avec avocats et juges pour comprendre un peu mieux le fonctionnement d’un tribunal. Maître Borie, avocat, insiste : « Le palais de justice est un bunker désormais. Avant, pur aller de cette rue à celle-ci, on passait par la cour du tribunal, désormais, nous sommes enfermés par des grilles. Ce lieu, par son architecture, contraint à son espace entre nous et le public. La semaine dernière, pour un accident de la route dont la victime est décédée, on a empêché à la famille d’assister au procès, sous couvert de Covid, de vigipirate. » Maître Borie continue « D’ailleurs, même pour nous avocats, ce tribunal est une chambre des secrets. Notre badge ne permet d’ouvrir que deux portes ! »

les avocats ouvrent eux-mêmes les portes du tribunal clermontois
Des procédures de plus en plus écrites

De ce manque de lien humain, les jugements en sont eux aussi impactés. « Nous jugeons de plus en plus sur dossier, on tente de nous limiter la plaidoirie, pourtant un avocat croit à la force de l’oralité. » Certains magistrats sont d’accord, les procédures sont de plus en plus écrites. « Aux prud’hommes, on peut encore avoir un vrai débat, mais il ne faut pas dépasser 10 minutes, car tout ça provient du fait que notre justice subit la crise. Nous avons plus de 2 ans et demi de délai d’audiencement » Explique un juge.

Des délais d’attente de 11 mois à 2 ans et demi

« Nous sommes débordés, nous manquons cruellement de moyens. En correctionnel, il y a 11 mois d’attente. Ca dissuade des gens de porter plainte, parfois, quand ce n’est pas la police qui refuse de prendre les plaintes. Nous nous confrontons aussi à la surpopulation carcérale. On nous pousse officieusement à trouver d’autres solutions pour ne pas surcharger davantage les prisons. » Pour ce juge d’instruction, les propos tenus contre la justice sont insupportables. « On nous reproche trop de laxisme et on voudrait nous rendre responsables des violences, des assassinats. Mais, à mon sens, il est difficile de prévenir le crime. C’est l’assassin qui est le seul coupable, non?« 

Des manques de moyen

Même s’il reconnaît que la justice peut avoir un aspect dissuasif pour certains profils, elle ne peut, en revanche, pallier les manquements de la police. « Une femme battue, si sa plainte n’a pas été enregistrée, si elle a peur des représailles, etc, si nous n’avons pas de preuves suffisantes, nous ne pouvons condamner au bénéfice du doute. On peut prévenir un drame quand un enchainement nous le permet. On peut prescrire l’éloignement etc. Mais parfois, on voit des victimes retourner dans les bras de leurs bourreaux, malgré notre tentative de mise en sécurité.« 

Une politique du chiffre

Le magistrat, tout comme les avocats sont unanimes, le manque de moyens provoque des ratés dans les jugements. « Il nous faut plus de police judiciaire, plus d’avocats, de magistrats. » Tous dénoncent une politique du chiffre. « Un bon magistrat fait du chiffre. Quand on ne rend pas assez, on est mal vus. Il faudrait bâcler. Comme il n’existe pas d’outil pour juger la qualité, on juge la quantité. » Il était donc important pour l’ensemble de la profession de prendre le temps d’aller à la rencontre des justiciables afin qu’ils comprennent le fonctionnement d’un palais de justice.

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