Des enfants à la rue en cette rentrée.

Depuis hier, une trentaine de jeunes mineurs isolés n'ont plus aucune solution d'hébergement, à Clermont-Ferrand. Le camping de Ceyrat où ils avaient trouvé refuge cet été ferme.

Ils arrivent, ensemble. Essayant tant bien que mal les sourires et la bonne humeur, la trentaine de jeunes a voulu alerter les pouvoirs publics sur leur non prise en charge. Ils arrivent de pays en guerre, soumis à la pauvreté, fuyant la violence et la misère. Parfois, ils ont traversé seuls plusieurs pays, dans un seul but : avoir une vie digne de ce nom.

C’est en France qu’ils ont trouvé refuge. Souvent parce que venant de pays colonisés, ils parlent notre langue. Ils pensaient alors que ce serait plus facile de s’intégrer.

« On veut un hébergement et surtout aller à l’école« 

Ce samedi à 15h, ils se réunissent donc place de Jaude lors d’un rassemblement qui accueillent militants mais aussi simples citoyens. Mustafa prend la parole : « Nous avons vécu 2 mois au camping, mais à partir du 31 août, nous n’avons aucun endroit où nous réfugier, le camping ferme ses portes pour l’hiver, nous sommes dehors. »

Pour tous ces jeunes, en plus de l’hébergement, une autre priorité les anime : « On veut aller à l’école, apprendre un métier. »

Un autre jeune prend le micro et dans une parole qui ressemble à un cri : « On n’a pas vécu tout ça, pour vivre encore ça. »

Plus d’un an pour arriver en France

« Ca ». Les longs mois de traversée de plusieurs pays. La peur, la faim, le froid.

L’un d’eux d’ailleurs nous raconte son périple. Venant de Guinée Conakry, il est parti en 2024. « Mon père me disait de faire l’école coranique. Heureusement, ma mère m’a appris le français. » Il part avec un oncle, pour la France. « Je me disais que c’était le meilleur pays au monde, qu’en France, j’avais un avenir. » Il se met à rêver. Peut-être même footballeur professionnel. Ou apprendre la cuisine. « Je peux apprendre toutes les recettes. »

Devenir cuisinier

Le jeune adolescent, guidé par l’espoir et son oncle, traverse le Mali, l’Algérie, le Maroc. « En Espagne, nous avons été très bien accueillis. Mais, je ne parlais pas leur langue. Je n’y peux rien moi si les Français ont envahi mon pays et nous ont légué leur langue. »

Alors, seul, il continue jusqu’en France. Sur le chemin, il pense à ses deux petites sœurs jumelles restées avec ses parents. « Dans mon pays, je ne pouvais plus aller à l’école. Ca fait 4 ans que je ne suis pas allé à l’école et ça me manque. Moi je veux apprendre. »

« Je viens d’un pays envahi par la France »

A son arrivée en France, l’adolescent est déçu : « Je parle le français, j’ai fait tout ce chemin, je veux aller à l’école, travailler pour la France, apprendre la cuisine et faire du foot. Au lieu de cela, je suis à la rue. »

Il a été considéré comme majeur par les autorités. Il a donc fait un recours. 80 % des recours finissent par conclure à la minorité et donc à une obligation de prise en charge de l’enfant. En attendant, cela peut prendre des mois d’errance administrative, et donc d’errance dans la rue.

« J’ai une boule d’angoisse toute la journée »

« Ici, certains jeunes finissent par tourner mal, à force d’attendre. Certains commencent à parler tout seul. D’autres finissent par être insupportables. En même temps, moi, j’ai une boule de stress toute la journée dans le ventre. »

Durant cette période de recours, rien n’est prévu pour ces jeunes. Un bénévole qui les accompagne assure : « Ils n’ont même pas droit à la distribution alimentaire. On ne compte que sur les dons. »

A la rue et sans école le jour de la rentrée.

Hier soir, 30 jeunes ont passé leur dernière nuit au camping. Ce matin, en ce jour de rentrée, ils plient bagage, et doivent désormais dormir à la rue, en attendant le recours qui leur permettra une éventuelle prise en charge. « Et surtout, pouvoir aller à l’école. » Insiste la majorité d’entre eux. « Oui, mon rêve, c’était de faire la rentrée ce lundi. »

Un rêve si simple et honorable qui ne sera pas exaucé ce matin.

Si vous voulez aider, si vous avez un canapé ou une chambre : jaiuncanap63@proton.me

Une réunion d’information aura lieu le 15 septembre à 18H salle 2 du centre Jean Richepin à Clermont-Ferrand.

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