L’école primaire contre la loi Rilhac

Mercredi 29 septembre, plusieurs syndicats et des membres du personnel de l’Éducation nationale se sont réunis devant le rectorat. En ligne de mire, la loi Rilhac. Du nom de la députée LREM, le projet menace le fonctionnement et la hiérarchie des écoles primaires.

« On n’a pas besoin d’un chef ! »

Le projet de loi est un pavé dans la mare. Il doterait les directeurs d’école d’une autorité fonctionnelle là où ils n’occupaient jusqu’alors qu’une mission administrative sans pouvoir hiérarchique. Ainsi, les directeurs et directrices pourraient imposer des formations à leurs collègues, émettre des avis ou encore choisir eux-mêmes leur équipe enseignante.

Emmanuel Macron annonçait le 2 septembre lors de son déplacement à Marseille vouloir expérimenter ce fonctionnement dans 50 écoles de la ville dès la rentrée prochaine.

Quand l’école devient une entreprise

Pour la plupart des enseignants et directeurs, donner du pouvoir à un membre de l’équipe pédagogique revient à installer un fonctionnement managérial dans les écoles. Un sentiment appuyé par la possibilité pour le directeur de modeler son équipe pédagogique en choisissant ses enseignants. « Les rapports entre collègues vont être bouleversés », lance quelqu’un dans le groupe.

« En fait, ça va donner les fonctions d’un principal de collège mais sans la rémunération qui va avec », explique le directeur d’une école de Clermont.  « On commence à savoir ce que c’est que d’avoir des chefs et on voit bien le danger que cette loi représente pour l’école primaire », ajoute une collègue du secondaire, venue en soutien.

Tous ensemble contre la loi

« La mise en place d’un chef n’est ni une demande des directeurs, ni des enseignants ni des parents d’élèves. Cette loi ne répond à aucun besoin», s’exclame la directrice d’une école non loin de Clermont.

Devant les grilles du rectorat, enseignants, collègues du secondaire directeurs et directrices en fonction ou à la retraite sont là. Le SNUipp-FSU, SUD, le SNUDI-FO et la CGT composent l’intersyndicale mobilisée.

« J’ai été directeur dans une école vers Gannat. La directrice actuelle, n’a que 12 jours de décharge par an. ». Une situation jugée ridicule par ce maitre d’école venu soutenir la mobilisation à Clermont. Pour lui, la loi devrait donner plus d’heures de décharge aux directeurs plutôt que du pouvoir et plus de tâches.

Ridicule, la situation l’est. L’Éducation nationale avait lancé un grand sondage après le suicide de Christine Renon, directrice en Seine-Saint-Denis en septembre 2019. Largement défavorable à un directeur-chef, le sondage a pourtant été écarté d’un revers de main.

Rendez-vous le 05 octobre

La proposition de loi a été déposée en mai 2020. Après plusieurs lectures et amendements, elle était examinée mercredi 29 septembre à l’Assemblée nationale, jour de la mobilisation devant le Rectorat. Les débats devaient durer environ deux jours. Pourtant, en une après-midi, la majorité a adopté le texte. Le texte doit désormais être voté par le Sénat avant d’entrer en application.

Si une bataille est perdue, pas la guerre. Syndicats et personnel de l’Éducation nationale se donnent déjà rendez-vous pour la manifestation du 05 octobre, portée par une large intersyndicale et de nombreuses professions. 

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