Maître Guillaneuf tombe d’abord sur notre répondeur. On rappelle. « Bon, ils se désistent. » Un tantinet agacée. Il faut dire qu’on avait bien bossé le dossier, et qu’on y a passé du temps à se défendre de juste faire notre métier. Les témoins avaient reçu leur convocation. Et de nombreuses personnes nous avaient assuré de leur présence.
Mais le 8 octobre, nous ne nous présenterons pas au tribunal. Nous avons évidemment accepté le désistement. On vous explique pourquoi.
Depuis cette rentrée, un nouveau bureau gère la gouvernance de l’ADAPEI 63. Composé de parents, cette instance prend les décisions importantes pour l’association. C’est le bureau qui donne les axes de travail de la direction.
Nous alertions dans nos anciens articles sur le fait que la directrice générale, Myriam Viala, faisait régner une politique « de terreur ». Très critiquée par les parents auxquels elle était capable d’envoyer des mails de menaces, elle l’était aussi par les salariés, voire des cadres qui disaient « en avoir peur. »
Aujourd’hui en arrêt maladie, son poste est repris en intérim par le directeur de l’ADAPEI 42, qui a déjà pris des engagements.
Le bureau nouvellement constitué, a pris aussi ses engagements, en réalisant une enquête interne par des avocats qui devraient rendre rapidement leurs conclusions, notamment sur le management toxique et le mal-être salarial.
D’autres membres de la direction sont absents actuellement de la structure.
Les articles, mais aussi la prise de conscience des membres du bureau qui ont reçu et entendu des parents et salariés permettent donc, nous l’espérons, de remettre l’ADAPEI 63 sur des bases saines.
Un nouveau bureau qui joue l’apaisement
Aussi, dans cet objectif, l’ADAPEI 63 a décidé de se désister des poursuites en référé contre nous. En effet, l’association joue l’apaisement et admet qu’elle a d’autres priorités, dont celui du bien-être des résidents, des salariés et des parents.
Pour ces raisons, nous avons accepté le désistement. Nous ne demanderons pas de dommages et intérêts, seulement le remboursement des frais engagés, soit l’article 700. Car, nous avons payé notre avocate, et des frais d’huissiers.
Aujourd’hui, même si nous étions prêts à nous défendre à la barre, nous sommes heureux et soulagés de cette nouvelle.
En tant que journalistes, vivre ces procédures-baîllons ne sont jamais un plaisir. Il faut nous justifier de faire notre travail, de récolter le témoignage des gens, et entendre que nos témoins ont menti est une violence pour eux autant que pour nous qui avons les preuves de tout ce qui a été dit.
Dévoiler la vérité
Mais, nous devons l’avouer, cette expérience aura permis quelque chose de grand : Dévoiler la vérité n’a pas été une chose simple. Nous nous étions promis que cette affaire ne nous empêcherait jamais de dormir. Nous nous étions trompés.
Pourtant, ce ne sont que des petites gens qui ont permis de faire vaciller les puissants indécrottables de la direction. Des parents, des salariés, des syndicalistes, des anciens cadres, se sont unis, n’ont pas lâché et ont permis que la vérité éclate. Un peu de justice réparée par les petits de ce monde. Parce que la force du collectif a dépassé la politique de terreur mise en place. Notre exemple est un exemple.
De nouvelles perspectives pour l’ADAPEI 63
Aujourd’hui, nous souhaitons que notre journalisme ait de l’impact. Nous espérons que parents, résidents, salariés et administrateurs puissent enfin s’entendre, et ainsi réaliser de belles choses.
Nous n’avons d’ailleurs toujours voulu que ça. Nous avons entendu beaucoup trop de souffrance, de rancoeurs, de tristesse, trop vu de larmes, d’injustices, de violences dans cette histoire.
Aujourd’hui, nous sommes fiers de notre travail. Nous sommes fiers que des gens nous aient suffisamment fait confiance pour que la vérité éclate. Nous sommes fiers que notre média ait permis ça.
Pressions sur les journalistes d’investigation
Le métier de journaliste d’investigation comme nous le faisons est vraiment difficile. On a appris depuis ces 10 dernières années à prendre des coups. De toutes parts.
Rappelez-vous, il y a un an, la droite locale prétendait déposer plainte contre nous, en le clamant jusque sur les plateaux télé, après la révélation d’un membre mineur de Saccage Clermont, auteur des vidéos visant le maire et ses adjoints, et fils d’une opposante sur la liste municipale.
C’était il y a un an. Aucune plainte n’avait été déposée, malgré les communiqués de presse qui disaient le contraire. Ces pressions nous fatiguent mais ne nous découragent pas. Nous continuerons à faire notre métier, à révéler nos informations vérifiées et recoupées.
La diffamation est un délit de presse qui s’abat de plus en plus sur les médias. Notamment indépendants. La vérité dérange. L’enquête n’a plus sa place dans un monde où tout va trop vite. Nous sommes encore trop peu à laisser la parole à celles et ceux qui ne parviennent pas à la prendre. Ce monde veut faire taire celles et ceux qui, pourtant on des choses à dire.
Remerciements
Aujourd’hui, nous célébrons notre victoire, mais nous avons une pensée très émue pour ces parents, salariés qui nous accompagnent depuis le début. C’est pour eux que nous n’avons rien lâché. C’est pour leur parole, et leur vérité. Pour que leurs souffrances cessent.
Nous souhaitons le meilleur à l’ADAPEI 63.
Ce fut un dur combat, mais nous y avons gagné bien plus que perdu : Nous avons rencontré des gens extraordinaires, nous avons appris la force du collectif, et des lanceurs d’alerte. Nous avons compris que nous étions entourés et soutenus sur la place clermontoise.
Nous tenons à remercier tous ceux qui se sont déplacés devant le tribunal, tous ceux qui nous ont écrit leur soutien, qui nous ont pris dans leur bras, qui ont entendu nos confidences, et ont parfois essuyé nos larmes.
Rendez-vous le 8 octobre à la maison du peuple
Nous continuons le combat pour un monde plus juste.
Merci du fond du coeur…
Et nous vous invitons à un repas partagé le 8 octobre de 11H à 14H à la maison du peuple.
PS : Une pensée à nos confrères du Poing, qui doivent se présenter au tribunal pour une procédure-baîllon le 21 octobre.
3 réflexions sur “L’ADAPEI 63 retire sa plainte contre Mediacoop”
Rechercher l’apaisement, d’accord mais à condition de ne pas mettre sous le tapis tout ce qui a pu être amené grâce à l’investigation. Si une enquête interne est souhaitable, les syndicats doivent y être associés. Un tel audit sur le mal-être au travail n’est pas de la compétence des avocats. Il serait plus transparent de faire appel à un cabinet spécialisé comme SECAFI. Les avocats vont défendre une cause, celle de l’employeur.
Les avocats prêtent Serment d’exercer leur fonction avec « Dignité, Conscience, Probité, Indépendance et Humanité », dans tous les actes de leur activité ils doivent respecter ce Serment sous peine de sanction disciplinaire. Ecrire que les « avocats vont défendre une cause, celle de l’employeur » c’est préjuger de leur indépendance et surtout du respect de leur Serment. L’avocat-enquêteur n’était pas l’avocat de l’ADAPEI 63 avant l’enquête, il ne le sera pas après et il doit veiller à l’indépendance et l’impartialité de son enquête celle-ci pouvant être annulée par les Juges si ces conditions strictes ne sont pas respectées.
Bâtonnier Richard DOUDET
Heureux pour médiacoop,
Moins satisfait si cette issue met un terme aux enquêtes extérieures sur les dysfonctionnements dénoncés.
Quel a été le rôle des autorités de contrôle dont l’ars sur cette abandon des poursuites et éventuellement sur l’acceptation de ce désistement par médiacoop.
?????????????????????????????????????