“De toutes façons, dès le mois de février, on a intérêt à se tenir à carreau. Sinon, ils ne vont pas nous reconduire”, soupire Alice (nom d’emprunt). Elle est AED (Assistante d’éducation) dans un lycée, et ce 1er avril, elle répond à l’appel de grève nationale, lancée par l’intersyndicale FSU – CGT Educ’Action – Sud Education – SN-FO-LC. Aujourd’hui, elle se rend donc à la maison du peuple, dans une réunion organisée par la CGT éduc’action 63. “Le but c’est de discuter avec les AED, pour qu’ils puissent s’emparer des revendications, et construire les leurs.” Explique Marie de la CGT, qui siège aussi au CCP (Commission consultative paritaire).
Au niveau de notre académie, la CGT Éduc’action est la seule à avoir appelé à la grève, qui a pourtant été efficace : « Dans l’Allier : Environ ⅓ des vies scolaires étaient fermées ou perturbées, 100% de gréviste au Collège Jean Jacques Soulier, des vies scolaires perturbées au lycée Paul Constans de Montluçon. Dans le Puy de Dôme : 100% de grévistes au Collège de Bellime à Courpière, lycée Desaix à Saint Eloy les Mines, lycée Amédée Gasquet à Clermont-Ferrand. Le Collège Jeanne d’Arc et le lycée Brugière avaient des vies scolaires perturbée. En Haute-Loire : 100% de grévistes Lycée Jean Monnet, au Lycée Simone Weil au Puy-en-Velay. Dans le Cantal : 100% de grévistes au collège du Méridien à Mauriac » annonce la CGT éduc’action dans leur rapport.
Bon nombre de problèmes que subissent les AED sont dus à leur statut. Actuellement, ce sont les chefs d’établissements qui les recrutent, et ceux-là peuvent se montrer cruels. Alice explique ses expériences aux syndicalistes : “Il y a beaucoup de favoritisme au sein de l’équipe. Notamment au niveau des tâches demandées, des horaires […] On nous réclame sans arrêt des heures supplémentaires, parfois non payées” Raconte-t-elle “Mais à cause de cette menace de non renouvellement, on ne peut pas se plaindre, ni faire valoir nos droits.”
Par extension, les syndicalistes et les grévistes sont très mal vus dans le métier “L’année dernière, on a réussi à fermer l’internat d’un lycée pendant 2 jours grâce à la grève ! Aujourd’hui, toute l’équipe a été renouvelée.” Raconte Marie.
Le cas d’Amédée Gasquet
Au total, 12 personnes se sont présentées à la réunion, dont 5 AED. Quatre d’entre eux viennent du lycée Amédée Gasquet. “On a appris pour la grève ce matin. Alors on s’est organisé et on est tous partis ! La vie scolaire est fermée” Racontent-ils.
Le lycée connaît depuis 4 ans une situation difficile, et a fait l’objet d’une grève le mois dernier. Ainsi, l’ambiance générale se répercute contre les AED. “On se sent très méprisés, infantilisés” décrivent-ils unanimement.
Les AED ne sont pas pris au sérieux, souvent décrits comme n’ayant “pas un vrai travail”. À Amédée Gasquet, leurs responsables leur auraient dit qu’ils sont en “cours de professionnalisation”. Cela agace facilement les AED : “On peut régler la plupart des problèmes par nous-mêmes. Mais non ! Il faut absolument tout soumettre à papa et maman, pour qu’ils nous trouvent une solution.”
De ce fait, les AED d’Amédée Gasquet expliquent arriver au travail la boule au ventre, par peur de ce qu’il va se passer durant la journée.
L’enquête du rectorat, lancée suite à la grève du mois dernier, est toujours en cours, le rapport est très attendu. “Le rectorat joue la montre” Estime un professeur d’Amédée Gasquet.
Revendications
“Notre objectif final est d’obtenir un statut de fonctionnaire de catégorie B, ça réglerait pas mal de nos soucis” Explique Arthur de la CGT, AED et siégeant lui aussi au CCP. “Mais on a déjà quelques revendications intermédiaires avant d’atteindre ce statut.”
La première d’entre elles serait de poser un cadre académique, notamment au recrutement des AED. Selon Marie, cela permettrait d’empêcher certains abus comme le chantage au renouvellement. “Comme ils ne peuvent pas se plaindre, ils leur font faire tout et n’importe quoi !” S’énerve Elena, professeure et secrétaire nationale de la CGT. “Dans un collège de l’Allier, ils n’ont pas de CPE. Alors c’est les AED qui les remplacent ! Ils ne sont pas qualifiés pour ça !”, “Parfois, ils font aussi le travail d’employé administratif, ou même d’AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) !” Ajoute Marie.
Ensuite, la CGT revendique l’obtention d’une grille de salaire, inexistante pour le moment. “Je connais une AED en CDI depuis 9 ans. Elle est encore au SMIC ! C’est n’importe quoi !” Raconte Elena.
Enfin, ils réclament que la totalité des horaires nocturnes en internat leur reviennent. “Pour l’instant, on ne leur paye que 3h, pour le soir. Pourtant, on leur demande de rester disponibles pendant l’intégralité de la nuit !” Explique Marie.
A 14h30, la CGT à rendez-vous avec le rectorat. Fred, de la CGT, et secrétaire d’éducation s’adresse aux AED d’Amédée Gasquet : “Vous ne voulez pas faire partie de la délégation ? Vous pourrez raconter directement vos expériences !” Les AED acceptent, et la délégation à laquelle s’ajoutent Marie et Arthur quitte la réunion pour se rendre au rectorat. “Ils vont être surpris de les voir, eux, et pas les vieux routards comme nous !” S’amuse Fred.